Le « Made in France » : nécessité ou communication politique ?

Depuis plusieurs semaines, les candidats à l’élection présidentielle revendiquent le « Made in France » comme base de leur politique industrielle, au fil d’une actualité relayant tristement l’état de l’industrie française et ses usines : des hauts fourneaux de Florange à l’unité Petroplus de Petit-Couronne, en passant par les réductions de personnel chez PSA. Certes, la désindustrialisation fait peur. Mais n’est-ce pas plutôt une agitation toute électoraliste ?

Le processus de désindustrialisation se fait sentir depuis les années 80 et les conséquences salariales de ce phénomène sont préoccupantes (entre 1989 et 2003, l’industrie a perdu 20% de ses emplois, pour représenter aujourd’hui moins de 19% de l’emploi total dans l’Hexagone). Alors que la France était une puissance industrielle, elle s’inquiète sans cesse davantage de ces destructions d’emplois, par centaines chaque mois.

C’est pourquoi de nombreux candidats à l’élection présidentielle font de la réindustrialisation de la France un thème de campagne. Nicolas Dupont-Aignan, Député-Maire de Yerres, candidat de Debout la République, s’est déplacé dans l’usine du suisse Petroplus. François Bayrou se dresse en redresseur de torts des ouvriers menacés ici ou là. Nicolas Sarkozy s’en est allé chez Rossignol, qui a annoncé vouloir relocaliser sa production en France. François Hollande, lui, se targue d’avoir mis ce thème au devant de la scène. On assiste dès alors à un affrontement vif entre les candidats sur ce thème, rivalisant de promesses plus inatteignables les unes que les autres et dont le coût reste bien sûr à la charge de notre très cher ami le contribuable.

Nicolas Sarkozy se voit ainsi décerné la palme de la décision la plus réactive (et critiquée). Il y a quelques mois, il nous proposait la mise en place d’une « TVA sociale ». Il veut maintenant que cette loi soit votée avant l’élection (ferait-il face à une grogne de plus en plus vive des chômeurs et des ouvriers ?). Le principe de cette TVA sociale est relativement simple : diminuer les cotisations salariales/patronales et augmenter la TVA. Mais les ouvriers risquent de subir une perte de pouvoir d’achat importante. Sans hausse de salaire et avec l’augmentation de 3 points de la TVA, les conséquences seraient catastrophiques pour une population qui touche généralement un salaire faible. Seuls les chefs d’entreprise bénéficient de cette mesure : les exportations augmentent. Le problème est que ces derniers pourraient détourner la mesure pour augmenter leur marge. Il est donc difficile de croire à la recette miracle. C’est pourquoi les français s’inquiètent de cette énième mesure : 2/3 n’y sont pas favorables. Brouillon à revoir …

La TVA sociale est donc une mesure qui rentre dans cette politique de sauvetage du « Made in France ». En effet, il s’agit là de sauvegarder la compétitivité française, mise à mal par la mondialisation et l’émergence des pays à bas coûts, et donc, selon François Lenglet (BFM Business), éviter une aggravation de la dette souveraine. Marine Le Pen a donc choisi la solution radicale : fermer les frontières, voire sortir de l’Europe. Sauf qu’il ne faut pas oublier que notre premier partenaire commercial est l’Allemagne, et que la France subirait une désindustrialisation beaucoup plus grave si ses exportations étaient bloquées à la frontière. Il peut sembler tentant de vivre en autarcie, mais dans un monde où les entreprises se complètent, les filiales s’exportent, les capitaux voyagent, on ne peut se permettre, économiquement, de s’isoler.

Du côté du Parti socialiste, on connait le flou qui entoure le programme de François Hollande. Il a tout de même annoncé cette semaine, sur le plateau du JT de France2, qu’il le dévoilerait avant la fin du mois de janvier. En attendant, en épluchant le programme officiel du PS, on constate que les socialistes souhaitent axer leur programme économique vers le soutien de la recherche et du développement (R&D), de l’innovation. Via une baisse de 33% à 20% de l’impôt sur les entreprises qui reversent leurs bénéfices dans le soutien de sa production, et une augmentation à 40% aux entreprises qui reverseraient trop de dividendes aux actionnaires, il privilégie une politique de long terme qui entrainerait, en principe, un retour de la compétitivité des entreprises françaises. Or celle-ci est bien la base des exportations, qui permettraient une relocalisation sur le territoire national d’une production indispensable pour assurer le maintien des emplois ouvriers. Principalement non-qualifiés, donc exposés à la concurrence des pays émergents, ils représentent une part, certes de plus en plus faible, mais non négligeable de la population (donc de l’électorat).

Langue de bois

Mais il est tout de même étonnant de constater que les candidats se réveillent à quelques mois des présidentielles. Nicolas Sarkozy a eu tout un mandat pour lutter contre la désindustrialisation. Certes, la crise, imprévue (sauf par François Bayrou, qui ne cesse de le clamer), a rendu difficile une prise de décision majeure en matière industrielle. Mais les absurdités fiscales du début de mandat et l’assumée « collusion » avec le pouvoir économique ne l’ont pas poussé à accomplir une politique salariale permettant gains de productivité et compétitivité, donc retour de la croissance et de l’emploi. La proximité de la campagne présidentielle pousse ainsi les candidats à s’opposer sur tous les thèmes, à critiquer les bilans respectifs, à faire une surenchère des propositions. Mais n’oublions pas que les entreprises sont encore et toujours confrontées à une concurrence internationale acharnée et que la situation économique mondiale fait se comprimer la production nationale (le mois de décembre a ainsi connu la récession).

Aujourd’hui, Marine Le Pen fait un score supérieur à 40% dans les catégories ouvrières. Il serait donc temps que les candidats « républicains » mettent de côté leur logique électoraliste pour protéger l’économie nationale.

CGD

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

2 réponses à “Le « Made in France » : nécessité ou communication politique ?” Subscribe

  1. Dedz 2 février 2012 at 19 h 51 min #

    Vous oubliez de dire que les politiques concernant la réindustrialisation sont ILLEGALES du fait des lois de l’Union Europèenne.

  2. Jeremy Hureaux 6 février 2012 at 15 h 49 min #

    La frontière est parfois ténue entre ce qui constitue d’un point de vue « droit de la concurrence » une aide d’Etat et ce qui est toléré par les instances communautaires dans certains cas exceptionnels (pragmatisme occasionnel).

    Mais vous avez raison sur ce point, beaucoup de propositions lancées ici ou là par souci d’affichage bien commode se verraient retoquées sans hésitation par Bruxelles.

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