Mariage gay : coup d’envoi à l’Assemblée

Après les batailles de slogans dans la rue et les querelles sur les chiffres de participation aux manifestations, le dossier du « mariage pour tous » est entré, mardi 29 janvier 2013,  dans la bataille parlementaire à l’Assemblée. Les 577 députés français ont jusqu’au 12 février, date du vote, pour examiner le projet de loi d’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

A droite, l’UMP est bien décidée à jouer pleinement son rôle d’opposition, notamment en déposant plus de 5 000 amendements et trois motions de procédure, dont une réclamant un référendum. Dans les rangs de la majorité, il s’agit désormais d’apparaître unis, et de faire oublier les hésitations et les maladresses de son camp sur le sujet.

Christiane Taubira ouvre le bal

Pour cette première journée d’hostilités, les rangs de l’Assemblée sont quasi combles et le spectacle des joutes oratoires, retransmis en direct sur LCP, est relayé activement sur Twitter. Aujourd’hui, les protagonistes ne s’appellent plus Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT, ou Frigide Barjot (présente dans l’hémicycle), mais Christiane Taubira (ministre de la justice), Erwann Binet (rapporteur du projet de loi), Christian Jacob (président du groupe UMP) ou Henri Guaino.

La garde des Sceaux ouvre la séance avec un discours technique mais clair, qu’elle proclame sans aucune note. Elle y rappelle les évolutions historiques du mariage et s’inscrit dans une démarche pour l’égalité, s’attaquant parfois directement à l’opposition : « vous refusez des droits à des enfants que vous choisissez de ne pas voir », « vos objections n’ont pas de fondements sauf une réelle difficulté à inclure dans vos représentations la légitimité de ces couples de même sexe ». Et de finir sur une note poétique, citant Léo Gontran-Damas, écrivain métis et homme politique français proche de Césaire et de Senghor : « l’acte que nous allons accomplir est beau comme une rose dont la tour Eiffel assiégée à l’aube voit enfin s’épanouir les pétales, il est grand comme un besoin de changer d’air, il est fort comme le cri aigu d’un accent dans la nuit longue ». Standing ovation de la gauche dont les applaudissements couvrent les huées de l’opposition.


Retrouvez l’intégralité de l’intervention de… par LCP

Force est de constater que la garde des Sceaux a bien négocié l’ouverture des débats, plaçant haut la barre pour les autres députés. Sur Twitter, Thomas Wieder, journaliste politique au Monde salue le brio oratoire de la ministre et Frédéric Martel va jusqu’à la comparer à Simone Veil ou à Robert Badinter.

 

 

La motion référendaire d’Henri Guaino rejetée

Si les prises de parole de Dominique Bertinotti, ministre déléguée des affaires sociales, et d’Erwann Binet sont tout autant saluées par les députés favorables au projet de loi, la droite ne se décontenance pas et répond par une motion de rejet préalable réclamant la tenue d’un référendum, défendue ici par Henri Guaino. Le député des Yvelines brandit la protection de l’enfant et le respect des lois de la nature comme arguments contre le mariage pour tous, affirmant que « seul le peuple souverain a le droit de prendre cette décision ». Sur Twitter, on s’amuse de l’intervention du député, comparant son accent à celui de Malraux et moquant ses qualités oratoires.

 

 

 

Dans l’hémicycle, les députés socialistes ont du mal à tenir en place, à tel point que la présidente de séance doit les rappeler à l’ordre : « souffrez que Monsieur Guaino finisse ! ». Le double-sens du mot employé soulève l’indignation à droite, Christian Jacob formulera d’ailleurs un peu plus tard une vive critique à la présidente. La motion référendaire sera finalement rejetée à la majorité, tout comme celle réclamant un renvoi en commission.

Une Assemblée divisée, à quelques nuances près…

Cette première journée d’examen du projet de loi d’ouverture du mariage s’est donc déroulée dans une atmosphère tendue, reflet d’une Assemblée divisée. D’un côté ceux qui se réclament du progressisme, de l’autre, un conservatisme dénoncé par Noël Mamère dans sa réponse au député Guaino.

Pourtant, cette unité affiché par chaque camp ne doit pas dissimuler les nuances qui peuvent exister au sein-même des groupes parlementaires sur le thème des droits accordés aux homosexuels. A droite, si Roselyne Bachelot avait été la seule en 1998 à se prononcer pour le PACS dans un discours mémorable où la députée était apparue émue aux larmes, en 2013, pour le mariage, l’idée a fait son chemin dans les rangs de l’UMP. Benoist Apparu, Frank Riester ou encore Sébastien Chenu ont d’ores et déjà clairement pris position pour le texte de loi, les deux derniers allant même jusqu’à participer à la soirée de soutien organisée au Théâtre du Rond-Point le 27 janvier, sur l’initiative de Pierre Bergé et Jean-Michel Ribes. Egalement présents à cette soirée côté UDI, Yves Jégo et Rama Yade, dont on se souvient qu’elle avait porté en 2008 à l’ONU la dépénalisation universelle de l’homosexualité, se sont exprimés en faveur du mariage pour tous.


Mariage pour Tous Dailymotion par mariagepourtous
(à partir de 2h01)

Mais que les députés socialistes ne se félicitent pas trop vite de ces prises de position qui perturbent l’unanimité de la droite. Ils doivent aussi faire oublier leurs propres maladresses, et d’abord celle de François Hollande qui évoquait en novembre une « liberté de conscience » pour les maires dans la célébration des mariages. Le Parti Socialiste devra aussi faire face aux points de vue divergents de ses députés sur la question de la PMA (Procréation Médicalement Assistée), sujet finalement reporté à la loi sur la famille qui sera discutée en mars prochain.

Raphaël Moreaux

 

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