Mariage pour tous, un débat gauche-droite

Le mardi 29 janvier 2013 est une journée à marquer d’une pierre blanche. Le mariage pour tous est débattu à l’Assemblée nationale. Après le débat public, qui a fait l’objet de deux manifestations différentes, le débat parlementaire est acté, en vue d’une adoption rapide qui devrait mettre fin aux nombreuses tensions autour du sujet. Un sujet de controverses, qui révèle une fracture gauche-droite, malgré quelques exceptions et une fausse idée commune : celle d’un sujet qui dépasserait les clivages politiques.

C’était la 31ème promesse de campagne de François Hollande. Certes, pas la plus attendue, ni la plus urgente, mais certainement la plus symbolique. Elle n’a d’ailleurs pas manquée de susciter d’ innombrables réactions divergentes et houleuses sur ce thème. Il fallait remonter à 1998 et l’instauration du PACS pour retrouver pareille opposition. De la sphère politique à la sphère médiatique, en passant par la société civile, tout le monde a participé de près ou de loin à l’élaboration de cette mesure controversée. Les champs politiques, médiatiques et sociaux ont même été associés lors, par exemple, des deux grandes manifestations sur le mariage pour tous.

L’une,  contre le mariage homosexuel,  s’était tenue le 13 janvier 2013 dernier. Comme une réponse directe aux contradicteurs, l’autre, en faveur du projet de loi, a envahi la rue le 27 janvier dernier, attirant plusieurs centaines de milliers de manifestants, principalement de gauche, comme le Maire de Cherbourg, Jean-Michel Houllegatte, et l’ancienne ministre des affaires sociales de Mitterrand, Georgina Dufoix.

On peut cependant d’ors et déjà anticiper que le PS va probablement reculer sur l’inclusion de la PMA, avec notamment l’autorisation des mères porteuses, suite aux nombreuses réactions négatives sur la question de la filiation. Le projet présenté par Christiane Taubira renfermera donc le mariage entre couples du même sexe, l’adoption mais non plus la PMA, même si des élus EELV vont tenter de faire passer un amendement pour son acceptation.

Opposition frontale de l’UMP

Les députés UMP, déjà très présents sur le front de l’attaque médiatique contre le mariage gay, avec, notamment, les prises de position d’Henri Guaino, meneur de la fronde, vont absolument tout faire pour retarder l’adoption de la loi. Ils ont  déposé plus de 5.000 amendements en vue de leur examen en séance parlementaire, afin d’utiliser à outrance l’obstruction parlementaire. Cette technique consiste à retarder l’adoption d’un projet de loi en éternisant les séances par des amendements, cette stratégie aura l’effet escompté car, au vu du nombre d’amendements, le débat va durer deux semaines, soir et week-ends compris.

Ce nombre extravagant est symbolique de la volonté de l’UMP de contrecarrer les plans du PS, conformément à leur rôle d’opposition, sur un sujet sensible qui divise beaucoup de Français. L’UMP veut ainsi profiter de l’avis mitigé de la population pour réaffirmer leur présence politique en se présentant comme les leaders d’opinion à l’Assemblée nationale.

De plus, après le duel Fillon-Copé qui a empoisonné le climat interne au parti, cette loi controversée devient  le moyen de présenter une unité autour de valeurs communes. Le consensus politique est total car les valeurs traditionnelles de la droite sur le plan sociétal (comme le respect de la structure familiale, de la hiérarchie, et plus largement du maintien de l’ordre social) l’oblige à s’opposer fermement à cette loi. Les lignes de fracture entre fillonistes et copéistes disparaissent donc momentanément.

Une mesure inéluctable dans le processus parlementaire

Mais on peut dire que le PS a d’ores et déjà gagné la bataille parlementaire. Même les gesticulations de l’UMP n’y pourront rien. Le PS, dans sa composition parlementaire actuelle, a juste à attendre la fin des discussions autour des amendements pour procéder au vote et ainsi, s’il obtient la majorité, adopter la loi. Aux dernières élections législatives, le PS avait obtenu la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale. Sur les 577 députés, 296 sont étiquetés PS, ce qui donne, dans tous les cas de figure, un pouvoir parlementaire total au parti socialiste, qui verra donc ses lois potentiellement toujours adoptées.

Cet avantage parlementaire peut donner au PS l’avantage de mettre fin, au plus vite, à l’interminable débat autour du mariage pour tous. Et il en était temps : la scène politique a été le témoin ces dernière semaine d’une unité disloquée par l’intervention de certains, notamment au sujet de la PMA.  A ce sujet,  le député Olivier Faure a affirmé que « les esprits ne sont pas suffisamment mûrs. Il faut renvoyer cette question-là à la révision des lois bioéthiques elles-mêmes » et Pouria Amirshahi, représentant de l’aile gauche du PS, a jugé « plausible » que l’amendement soit renvoyé à un autre texte et de dire, en guise de conclusion  :  « ce n’est pas plus mal ».

Hollande impose sa patte et masque ses carences

Le Président de la République marque ainsi de son empreinte son début de quinquennat avec cette mesure symbolique, comme Mitterrand l’avait fait avec les lois Badinter de 1981 et 1982 sur l’abolition de la peine de mort et la dépénalisation de l’homosexualité. Comme son prédécesseur socialiste, François Hollande manœuvre pour frapper « un grand coup » sur le plan politique et sociétal pour marquer les esprits et faire décoller son mandat. Jusqu’à présent, aucune mesure phare n’était encore entérinée. Seules deux lois de finances rectificatives ont été adoptées : la suppression des exonérations patronales et l’instauration du crédit d’impôts pour la compétitivité et l’emploi. Trop maigre pour certains, qui avaient donné leurs voix à un candidat « normal », certes, mais aux propositions « choc ».

Cependant, cette mesure symbolique n’est que positive sur le court-terme car, lorsque cette loi sera votée et que le débat public aura disparu, la crise et l’actualité économique reprendront leurs droits. François Hollande aura notamment fort à faire avec les salariés de Virgin Megastore et de PSA, toujours en grève. Quand l’euphorie des grands soirs et des victoires sera derrière lui, le Président de la République sera confronté au petit matin frileux des conséquences de la crise. Délocalisation, chômage, fermeture d’usine…. la route est encore longue.  Le compromis trouvé il y a peu entre les syndicats sur la réforme du marché du travail ne sera donc pas suffisant pour apaiser les tensions. Et il y a fort à parier que la flexibilité introduite par ce pacte voté de justesse ne va pas satisfaire les salariés mécontents.

Nordine Khouane

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.

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