Megaupload : fermeture approuvée, Nicolas Sarkozy désavoué ?

La nouvelle a catastrophé tous les accoutumés du téléchargement illégal. Comme dans un sombre cauchemar, les amateurs du site MegaUpload se souviendront de ce jeudi 19 janvier 2011, date à laquelle le site, « leur site », a été fermé par le FBI américain. Une décision dont s’est félicité Nicolas Sarkozy en personne. Une prise de position étonnante de la part du chef de l’Etat qui n’a, selon l’opposition, « rien fait contre le streaming ».

La décision de la justice américaine est intervenue alors que les Etats-Unis vivent au rythme d’un débat nation autour de l’Internet et de la défense des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle afférents. En cause : deux textes, le projet de loi SOPA (Stop Online Piracy Act) et le projet PIPA (Protect IP Act). C’est donc dans ce contexte de débats, et ce malgré les menaces du désormais très célèbre groupe « Anonymous » qui promet de « tout faire pour réactiver MegaUpload », et l’anathème de Neelie Kroes, Commissaire européenne en charge des nouvelles technologies, que le FBI a décidé de « shut down » le site MegaUpload. Une décision saluée par Nicolas Sarkozy dans la nuit de jeudi à vendredi dans un communiqué fait à la presse. Il y déclare notamment que « La lutte contre les sites de téléchargement direct ou de streaming illégaux, qui fondent leur modèle commercial sur le piratage des oeuvres, constitue une impérieuse nécessité pour la préservation de la diversité culturelle et le renouvellement de la création ». Etonnant quand on sait où a abouti la lutte contre le streaming que devait incarner la loi Hadopi… 

Streaming, une lutte manquée

 En effet, la loi Hadopi votée en 2009 visait selon ses promoteurs à réduire et punir les téléchargements illégaux de films, de musique ou encore de séries… Les architectes de cette loi avaient omis le streaming, faute des capacités intellectuelles nécessaires pour ce faire.

Il ne restait qu’aux amateurs de culture en ligne qu’à se rabattre sur le streaming, lequel n’est pas illégal sur le plan technique puisque l’utilisateur ne partage rien stricto sensu, comme l’explique Benjamin Ferran sur Technote. Il affirme ainsi que le bilan de l’Hadopi «  peut en effet être rapproché de la percée des sites de streaming et de téléchargement direct, dont le trafic augmente », avant de poursuivre que le couple MegaVideo/MegaUpload « qui met à disposition des internautes un catalogue inépuisable de films et de séries, est ainsi devenu le troisième site de vidéo en France, derrière YouTube et Dailymotion ».  Et même si Nicolas Sarkozy avait bien décidé de résoudre ce qu’il considère certainement comme un « problème » avec la loi « Hadopi  2 », cette dernière fut partiellement censurée par le Conseil constitutionnel. Dommage.

Nicolas Sarkozy montré du doigt

Proposée devant l’Assemblée, adoptée puis jugée insuffisante, la loi « Hadopi » aura donc été un échec partiel pour Nicolas Sarkozy et le gouvernement. Une lutte contre le streaming mal menée à son terme que ne manque pas de pointer du doigt l’opposition, Aurélie Filippetti en tête.  Invitée ce vendredi 20 janvier au micro de France Inter,  la députée socialiste et proche de François Hollande n’a pas manqué d’enfoncer le clou en déclarant « Quid de MegaUpload, fermé par le FBI ? L’Élysée s’en félicite, mais ils n’ont rien fait contre le streaming ! ». Avant de faire lumière sur ce que le  député de Corrèze ferait s’il accède à l’Elysée : «nous ce qu’on veut faire c’est renforcer précisément la lutte contre ce genre de sites totalement illégaux qui font de l’argent sur le dos des artistes » affirme-t-elle. On demande à voir cependant, dans un contexte technologique très compliqué.

Après la semaine des couacs socialistes, voilà peut-être de quoi renverser la tendance. A chacun sa semaine, et celle qui commencera dans quelques jours pourrait bien être celle du Président Sarkozy…

En complément :

Anonymous vient de frapper fort et piratant le site officiel de l’Elysée et en y insérant dans la barre « http » un message particulièrement menaçant…  Jugez plutôt :

Jordan Allouche

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Autoproclamé "meilleur d'entre nous". Et si j'étais jaloux de M.Juppé ?

Une réponse à “Megaupload : fermeture approuvée, Nicolas Sarkozy désavoué ?” Subscribe

  1. Istaria 21 janvier 2012 at 1 h 48 min #

    Dans la série « c’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule » c’est un sans faute.
    Alors petit rappel historique à destination de notre président béha d’admiration devant le coup de force du FBI:
    Internet a été crée en dans les années 60 en plein guerre froide, par les américains. A cette époque, ces derniers redoutant la destruction d’infrastructures stockant des informations par des missiles soviétiques (ou cubains), ou par des actes de terrorisme, ont décidés de multiplier sur un réseau les informations.
    De cette manière, la perte d’un serveur de stockage ne détruisait pas les informations qu’ils contenaient. Celles ci, répartis de part le monde, devenaient invulnérables.

    50 ans plus tard, ces mêmes américains pensent faire un coup de force en frappant un des 160 hébergeurs de ce type (pour ne parler que des officiels et que de ce procédé de mise à disposition).
    Ensuite, il serait bon de préciser le contexte de cette affaire.

    Il ne s’agit pas là pour les autorités américaines, de « juste » faire valoir les droits de tels ou tels major company, mais de légitimer une véritable surveillance de l’internet telle qu’elle est définit dans le SOPA (Stop online piracy act).
    Bien sur, cela n’étant pas viable au niveau national, le gouvernement américain à déjà entamer des pressions sur ces partenaires pour étendre son champs d’application.
    Ces partenaires, dont la France figure en bonne place avec M Sarkozy (Gaulliste, … mais pas trop), ont donc entamer leur législation dans ce but (hadopi).
    Il est curieusement plus rapide et facile de mettre au niveau mondial ce type de règlementation pourtant très complexes et technique que les taxes sur les transactions financières …
    Ensuite, M Sarkozy, qui semble avoir un avis bien tranché sur la question, s’est il demandé ce qui, sur le fond, justifiait de prendre des sanctions à l’égard des contrevenants ?
    Car qui protège t on par ces mesures ?
    Ces entreprises qui, d’un coté, produisent des films, de la musique et autres divertissements et, de l’autre, mettent à disposition tous les produits nécessaires à la copie ?
    Pour ne cité qu’un exemple français, Vivendi:
    Société mère de Canal+ (producteurs de films) et d’Universal music, est également propriétaire de SFR qui, outre le fait de fournir un accès internet très haut débit et la télévision, se fait fort de permettre l’enregistrement sur toute ses box contre espèce sonnante et trébuchantes. La boucle est bouclée … ou presque.
    En effet, le fichier téléchargé est maintenant à stocker quelque part. Et voila que l’histoire est belle puisque, depuis des années maintenant, chaque support de stockage pouvant permettre de stocker des biens d’auteurs, est taxé pour « copie privée » (environ 1.5€ sur le prix d’un dvd soit 800 fois le coût de revient).
    L’origine de cette taxe ? Souvenez vous à l’origine des cd et dvd lorsque ces mêmes majors nous sortaient :
    « Mais que va t on devenir si, lorsqu’on vend une cassette VHS, le client la copie de lui même sur dvd ?? On perd le prix du DVD !! »
    Logique imparable selon laquelle on taxe le support et non le contenu.
    Dès lors, le méchant pirate qui avait téléchargé sur megauplaod, le film quinze fois diffusé à la télévision cette année, pour le graver via son graveur Sony sur son DVD taxé de droit d’auteur pour le regarder dans son salon plutôt que dans son bureau, est il toujours un pirate ?
    Ce même pirate qui a gravé, à toute sa famille, ses photos de vacances depuis un son téléphone portable avec APN (taxé « copie privé ») via son disque dur (taxé « copie privé ») sur des CD ou DVD (taxé « copie privé ») paye à Copie France ou SORECOP (traduisez: SACEM) des droits d’auteurs sur ses propres compositions.
    A noter au passage, puisqu’il s’agit, pour notre président, d’un sujet important, qu’il serait bon, dans un esprit de « convergence européenne » selon ses propres termes, d’aligner cette taxe avec son homologue allemande presque 6 fois plus basse.
    Donc résumons :
    – Des taxes payé abusivement et préventivement sur d’éventuelle copie et non rembourser dans le cas contraire
    – Des majors qui gagnent en produisant des films (ou musique), en fournissant les services nécessaires à leur diffusion et en fournissant le matériel nécessaires à leur copie.
    – Un coup médiatique du FBI démontrant moins leur force que l’absolue nécessité de mettre en place un ministère de la culture aux Etats Unis.
    – Un président français « gaulliste pro-américain » convoitant les voix à sa droite
    = En 2012, je vote Anonymous.

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