Mélenchon va-t-il tuer la gauche ?

Mélenchon va-t-il tuer la gauche ?

Quoi qu’on en dise, Mélenchon a eu le mérite de non seulement ressusciter un parti moribond et presqu’achevé par les aléas de l’histoire, mais également de l’avoir dopé au point que le communisme fait « à nouveau peur » en France, comme il en terrorisait quelques-uns il y a encore trente ans.

L’impression d’authenticité et son ancrage dans le peuple perçues par l’opinion ne peut que faire rougir un candidat socialiste, dont la retenue et la pudeur à l’égard de ses promesses électorales ne peuvent qu’entraîner que des ricanements dans l’aile de l’ultra-gauche, dégoutée par une social-démocratie, trop complaisante, selon elle, avec le pouvoir et la bourgeoisie.

Malgré tout, le champagne reste au frais rue de Solferino, car en effet, la salive ne manque pas chez les « enfants de Rocard », à l’évocation même du futur « report de voix » au second tour. Lequel, inévitablement, ne ferait que gonfler le corps socialiste, à tel point que notre gourmand corrézien serait contraint de reprendre rendez-vous chez le fameux docteur Dukan.

Mais rappelons que même les plus grands crus peuvent mal tourner, et n’oublions pas que Mélenchon ne fait que vomir, meetings après meetings, contre une gauche qu’il juge « collaborationniste », endormie par le virage libéral de 1983. Une gauche qui aurait perdu de sa morale, de son courage, une gauche libérale dont l’ultra-capitaliste DSK (ou DSQ pour les plus intimes) serait le pire symptôme.

François Hollande se devra alors de choisir entre une radicalisation de son discours (et donc de son parti) ou de l’immobilisme, ce qui explique notamment la présence assumée de Montebourg et de Hamon dans ses rangs, dont les coucheries discrètes avec l’armada communiste ne sont étrangères à personne. Ces « lois spectacles », ces effets d’annonce telle la proposition de taxer à 75% les revenus au-dessus d’un million, ne sont que les timides grumeaux d’une gauche fâchée avec elle même. On peut en être sûr, Mélenchon va faire en sorte que le PS tire au centre.

Car entre la remise en cause et le confort, ce dernier reste de mise. Le chemin était déjà tout tracé pour ce parti, dont les dernières grandes figures avaient décidément décidé de délaisser une fois pour toute l’électorat ouvrier, au profit des plus sensibles à certaines questions sociétales. « Bingo », s’écria alors notre sans-culotte moderne, qui ne pouvait alors sans tarder, changer sa laque pour un bonnet phrygien, afin d’emprunter la place laissée vacante d’une classe sociale trop humaniste pour voter en la faveur des ducs de Saint-Cloud.

Si les reports de voix sont loin d’être illusoires, il sera difficile pour ces héritiers revendiqués de la Commune de voter pour un candidat hostile à la régularisation des sans-papiers, au principe de « VIème République » ou pourquoi pas même aux 100% d’imposition. Dans une époque où le «poing levé » est à la mode, il est difficile de se rallier par dépit. Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas seulement stimulé la gauche, mais, tel un Constantin du socialisme, aurait mis au grand jour le schisme qui se crée d’avec une gauche plus centriste. Mais dans une époque ou le morbide fait rage, quoi de mieux qu’un fossoyeur ?

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

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