Non, le modèle allemand n’est pas idéal !

Pendant des mois, voire des années, le gouvernement français nous a vanté les mérites du modèle allemand. Plus compétitif, plus productif, moins cher et plus stable, il paraissait être un remède sans faille à la crise économique et financière que nous connaissons. Mais cet exemple de fonctionnement parfait recèle en réalité des défauts passés sous silence. Rétablissons une autre vérité.

  • Un cadre idyllique ?

L’Allemagne est aujourd’hui la première puissance européenne. Un des « meilleurs » exportateurs mondiaux, elle dispose d’une capacité de production à faire pâlir tous ses voisins et concurrents. Compétitive comme aucun pays ne l’a été depuis l’éclatement de la crise, admettons que ce modèle rende jaloux. Ses dépenses sont d’un niveau inférieur à celui de la France de 9 points du PIB en 2008. Ce qui explique sa bonne santé financière. Alors que la France dépense 18,3% du PIB rien que pour le fonctionnement de l’Etat, l’Allemagne, elle, n’en consacre que 11,1%. On sait l’Etat français dispendieux (et c’est peu dire), mais son modèle n’est-il pas l’un des plus sûrs et des moins douloureux socialement ?

Outre des fonctionnaires moins nombreux, un découpage en Länder plus efficace et une certaine « sobriété fonctionnelle », l’Allemagne a également les « transferts sociaux en nature » (c’est-à-dire la redistribution de produits achetés par l’Etat lui-même) les plus élevés au monde après les Pays-Bas. On se demande alors comment Berlin réussit à tenir ses finances et son économie dans une forme aussi « arrogante » pour ses voisins.

  • L’envers du décor

Et c’est maintenant que l’image se ternit. En effet, loin d’être une population vivant sans nuages, les Allemands ont souffert de dix ans d’austérité sans précédent en Europe. Le gouvernement Schröder a en effet participé à une vaste vague de réformes (quatre exactement) : les fameuses réformes Hartz. Cela explique pourquoi l’Allemagne est le seul pays où les dépenses publiques ont diminué depuis 10 ans (-1,4% du PIB chaque année entre 2003 et 2008). La plus violente (et non la moins critiquée) est Hartz 4. Tandis que le marché du travail commençait à être flexibilisé progressivement, c’est un coup de massue « indemnitaire » qui a frappé les Allemands.

Les allocations-chômage sont désormais versées sur une période de 18 mois au lieu de 32. Après ces 18 mois, le chômeur est considéré comme un chômeur de longue durée et voit ses indemnités diminuer. De plus, chaque chômeur qui refuse un emploi, même en dessous de ses qualifications, est soumis à une baisse de ses indemnités. C’est pourquoi l’Allemagne connait une explosion des emplois précaires, parfois rémunérés 1€ de l’heure.

Ce tour de vis budgétaire et social a porté ses fruits. Malgré des semaines de heurts à la fin de l’été 2004, les critiques parfois virulentes, comme celle de Götz Werner qui considère ces réformes contraires aux Droits de l’Homme (car elles conduiraient au « travail forcé »), l’obéissance allemande aux règles d’orthodoxie financières a transformé un Etat défaillant en leader économique.

Ce modèle, bien qu’attractif sur le papier, est donc, dans un sens, dangereux pour un pays qui souffre déjà. L’austérité allemande est tombée pendant une période de croissance. L’appliquer maintenant en France conduirait à une véritable catastrophe économique, avec des années de croissance nulle voire négative.

De plus, les conséquences sociales, facilement oubliées par les hommes politiques, sont loin d’être négligeables. L’Allemagne compterait 11,5 millions de « pauvres », alors qu’ils étaient 8 millions il y a 10 ans. C’est l’un des pays européens (si ce n’est LE pays) qui aurait connu la plus forte augmentation des inégalités. Economiquement efficaces, ces réformes seraient un désastre social pour les plus démunis.

Enfin, le système scolaire pré-primaire a été sacrifié, ce qui a de graves conséquences sur l’équilibre entre sphère familiale et sphère professionnelle. C’est l’un des facteurs expliquant la baisse de natalité (inquiétante) outre-rhin. De plus, les taux d’accès et de diplômés de l’enseignement supérieur restent largement inférieurs à ceux de ses voisins. Et ce sous-financement du système scolaire risque de porter atteinte au modèle allemand à long-terme. L’éducation est en effet un élément indispensable pour assurer la croissance future. La santé financière présente se fait donc au détriment d’une prospérité longue et assurée.

  • En conclusion

L’Allemagne est donc loin d’avoir un modèle idéal pour la France. Les mentalités et les structures économiques sont différentes. Il faut donc que les hommes politiques français cessent de considérer le modèle allemand comme parfait et entièrement importable. La nation française a déjà fait assez de sacrifices pour éviter d’en assumer d’autres. En choisissant leur Président, les Français l’ont bien compris. Nicolas Sarkozy, fervent admirateur d’Angela Merkel, est parti. Espérons que François Hollande sache s’imposer, sans quoi une France aux œillères trop étroitement fixées resterait profondément ancrée dans une crise sans solutions.

CGD

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.
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2 réponses à “Non, le modèle allemand n’est pas idéal !” Subscribe

  1. romain 2 juin 2012 à 13 h 04 min #

    Un recadrage qui fait vraiment plaisir!

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  1. Le paradoxe allemand | Politique .comPolitique .com - 4 mars 2013

    [...] y a quelques mois, nous publiions déjà un article sur les imperfections du modèle allemand, du point de vue socio-économique. Désormais, c’est sa croissance  qui laisse pantois. Alors que la première puissance [...]

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