Montebourg contre Titan, un échange musclé

« Extrémistes », « insultants », « stupéfiants », « ridicules » et « désobligeants » : les propos de M. Taylor, PDG de Titan International, ont choqué. Au centre : l’usine d’Amiens-Nord et ses 1173 salariés toujours en attente de reprise. D’un côté un investisseur américain fruit du capitalisme. De l’autre, un ministre du redressement productif qui défend les qualités de son pays. Des échanges vifs, des réactions nombreuses, et une question : comment en est-on arrivé là ?

Maurice M. Taylor JR, PDG de Titan International, n’y est pas allé de main morte. Sur les rangs pour reprendre l’usine Goodyear d’Amiens-Nord, dans une situation critique, il a « visité cette usine plusieurs fois ». Mais ses conclusions ne sont pas tendres : « les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures », « ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures ».

Le constat est cinglant, mais est-il fait d’un œil objectif ? Et surtout, correspond-il à la réalité ? La France est bien connue pour ses salaires élevés, au regard de la concurrence toujours plus forte (voire déloyale) des pays émergents. Mais on oublie souvent que notre pays est composé des travailleurs les plus productifs d’Europe, devant même l’Allemagne ! « Les salariés français sont les plus productifs au monde » a même déclaré Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste.

Une atteinte aux salariés et à la démocratie

Mais la question ne porte pas seulement sur le fond mais également sur la forme. Comment un homme, qu’il soit PDG ou non, peut-il s’adresser dans de tels propos à un Ministre de la République ? Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a ainsi affirmé que cette lettre était « une insulte non seulement aux ouvriers » mais « à la démocratie ». « Peu importe ce que l’on peut penser du ministre du Redressement productif, on ne peut pas admettre que ce genre d’individus se comporte et s’exprime à l’égard d’un ministre de la République en ces termes », a-t-il ajouté.

Le gouvernement s’est mis en état d’alerte. Il fallait sauver le soldat Montebourg, empêtré dans un problème économique autant que de communication. Et les consignes ont été suivies. Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, a estimé qu’i n’y avait « pas lieu de faire de surenchère » et que la « règle de conduite en la matière » devait être « le respect et le silence ». Et personne n’a répondu. Arnaud Montebourg lui-même, pourtant directement attaqué, n’a lâché que quelques phrases en sortant d’un séminaire sur les investissements à l’Elysée : « Il va y avoir une réponse, ne vous inquiétez pas ! Par écrit c’est mieux ».

Les réactions, très peu nombreuses, ont été feutrées. Harlem Désir a estimé que la lettre de M. Taylor « fait plus honte                 à son auteur qu’aux salariés français qu’elle était censée blesser ». Mais rien de plus sur la lettre en elle-même. La stratégie adoptée a été celle de la défense. M. Taylor attaque le système français ? Défendons-le !

La parole est à la défense

Et Arnaud Montebourg, en bon Ministre du Redressement Productif qu’il est, s’en est chargé. Dans une lettre de réponse au PDG de Titan International, il a énoncé l’ensemble des qualités de la France et de son système productif. « Vos propos aussi extrémistes qu’insultants témoignent d’une ignorance parfaite de qu’est notre pays, la France, de ses solides atouts, comme de son activité mondialement reconnue ».

Ce qu’on peut retenir de la réponse du Ministre est une accumulation de chiffres qui montrent la capacité de notre pays à être attractif : 20.000 entreprises étrangères, 700 installations d’investissements étrangers par an, 4200 filiales d’entreprises américaines représentant 500.000 emplois. Notre pays attire les entreprises étrangères, et cela pour de bonnes raisons.

« Les entreprises étrangères viennent chercher en France des infrastructures de qualité, un cadre de vie apprécié, une énergie parmi les plus compétitives d’Europe, ainsi qu’un environnement très favorable à la recherche et à l’innovation ». Arnaud Montebourg ne lésine pas sur les moyens de vanter un pays en mal de reconnaissance. Il déroule également la liste des réformes et mesures prises pour améliorer la compétitivité : crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, sécurisation de l’emploi, pacte salarial. Il montre que le dialogue social est présent, et parfois tourné vers les intérêts économiques des entreprises.

De même, le Ministre du Redressement Productif prend la défense de l’Administration Obama, également critiquée par M. Taylor dans sa lettre : « le gouvernement américain ne vaut pas beaucoup mieux que le français » écrivait-il. Arnaud Montebourg exprime alors son soutien et son admiration pour le gouvernement américain qui, selon lui, pratique une politique économique très juste : « Et puisque vous faites le choix de critiquer votre propre pays […], je dois vous dire à quel point le gouvernement français admire la politique mise en place par le Président Obama ».

Enfin, après la défense, l’attaque. Alors que M. Taylor avait averti la France d’un échec sur le plan économique, face à des pays pratiquant dumping et pression sur les salaires, Arnaud Montebourg décide de menacer le PDG de Titan International. Se moquant de cette entreprise « 20 fois plus petite que Michelin » et « 35 fois moins rentable », il explique que « Titan aurait pu apprendre et gagner énormément d’une implantation française ». Mais le meilleur est à venir : « Soyez assuré de pouvoir compter sur moi pour faire surveiller par les services compétents du gouvernement français avec un zèle redoublé vos pneus d’importation. Ils veilleront tout particulièrement au respect des normes applicables en matières sociale, environnementale et technique ». Il semble que M. Taylor, PDG de Titan International, ait adopté une mauvaise stratégie, dont il subira les conséquences.

Outre cette passe d’arme musclée, il est tout de même intéressant de constater que les entreprises étrangères cherchent désormais à négocier au maximum leurs implantations en France. Mais cette fois-ci, le repreneur se désiste : « Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers. Titan n’est pas intéressé par l’usine d’Amiens-Nord ». Beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Peut-être un feuilleton qui s’ouvre. Cet échange de lettre aura au moins eu un avantage : montrer que le gouvernement peut être ferme.

CGD

 

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

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