Non, la presse écrite et politique n’est pas (encore?) morte!

Beaucoup pensent que la « presse écrite est sur le point de mourir », à l’instar d’un Franck Louvrier, le conseiller en communication du Président, pour qui la campagne présidentielle se fera surtout « grâce à Internet et aux chaînes d’info continue ». Une erreur ?  N’allons pas jusque là. Mais une chose est sûre : il faudra (encore ?) compter sur la presse écrite comme fer de lance média pour chacune des forces en présence. La victoire pourrait bien se jouer entre les lignes de notre bon vieux papier imprimé, celui dont on se tâche amoureusement les doigts d’encre encore fraîche…

Lundi, c’est Le Figaro qui ouvrait le bal. Serge Dassault, sénateur UMP et propriétaire du journal proposait ses vœux annuels au moyen d’un édito haut en couleur fustigeant les rivaux de « Sarkozy-le-sauveur ».  Nul besoin d’attendre longtemps avant que la « riposte sémantique » ne se mette en place. Dès le lendemain, François Hollande répliquait dans Libération : une « Une-affiche » comme on dit à Libération, sans photo, avec, en gros caractères, le début de la tribune de François Hollande, « le changement, c’est maintenant ». Puis six pages à la gloire du candidat PS, dont un édito flatteur de Nicolas Demorand.

Une entrée « en campagne » assumée pleinement par Nicolas Demorand,  directeur de la rédaction de Libération avant de se vanter d’avoir décroché avec ce texte un scoop « que beaucoup d’autres auraient aimé avoir« .  Et c’est un fait : la politique fait vendre. Surtout en période d’élection nationale. Les journaux multiplient leurs ventes  pour deux raisons principales : la première, c’est grâce aux  curieux, aux férus d’actualité chaude, pour qui piocher dans tel ou tel journal est une souce d’information dont on ne peut se passer. La seconde, et la plus importante, c’est grâce aux « habitués ». Beaucoup de lecteurs achètent un journal pour ce qu’il représente ; sa mise en page, ses journalistes-phares, ses photos et bien-sûr… sa ligne éditoriale.

Ainsi, selon Le dictionnaire du vote de Pascal Perrineau et Dominique Reynié (PUF, 2001) les lecteurs du Figaro ont voté à 73% pour le RPR-UDF aux législatives de 1997 et ceux de Libération à 51 % pour le PS, tandis que le lectorat du Parisien est très composite avec un fort pourcentage de vote FN (20%). Ainsi, les lecteurs du Figaro ont voté à 73% pour le RPR-UDF aux législatives de 1997 et ceux de Libération à 51 % pour le PS, alors que le lectorat du parisien est très composite avec un fort pourcentage de vote FN (20%).
Si les journaux influent sur les lecteurs, les journaux influent également sur les personnalités politiques. Explications : les experts désignent ce phénomène ainsi : « Théorie de la communication à deux étages » (« Two step flow of communication » en anglais). Une théorie conceptualisée en 1955 par deux sociologues américains, Paul Lazarsfeld et Elihu Katz et perfectionnée depuis.  En clair, tous les électeurs ne sont pas directement influencés par la presse mais plutôt par certaines personnes (famille, amis, enseignants, figures médiatiques). Or ces « leaders d’opinion », eux, continuent de lire assidument la presse payante. De l’influencer dans un sens et de s’en inspirer de l’autre. Certes, les ventes de la presse écrite payante baissent semble-t-il inexorablement, mais sa triple influence se maintient : sur les hommes politiques, sur les lecteurs, et… sur les médias eux-mêmes. Car si la télévision et la radio sont bien plus en vogue dans les foyers, les JT (journaux télévisés) ne sont d’une certaine manière que « des mises en scène des journaux » que les rédactions de France Télévision, TF1 et autres BFM lisent assidûment/ avidement. De facto, les Français lisent la presse par « procuration ».

Aux oiseaux de mauvais augure qui proclament la mort clinique de la presse écrite, chassée qu’elle serait par l’irrésistible émergence des « nouveaux médias », sachez donc qu’elle a de beaux restes, et de la volonté à revendre !

Jordan Allouche

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