La révolution n’aura pas lieu

« François Hollande voulait rassembler le pays. Il a réussi, mais contre lui. » ironisait Xavier Bertrand jeudi 28 novembre dernier sur I-Télé. Difficile a priori de ne pas donner raison à l’ancien ministre : après les nombreuses manifestations contre le mariage gay, c’est maintenant à la Bretagne de s’insurger. Faut-il y voir un contexte « pré-révolutionnaire » ? Si certains mettent ces mobilisations dans le seul panier d’une insurrection anti-hollandiste, rien n’est moins évident : ces mouvements n’ont franchement pas grand chose à voir. Décryptage.

« C’est la décadence, la colère de Dieu va s’abattre sur la France ! » disait l’an dernier une militante anti mariage gay, trahissant ainsi l’assise quasi-exclusivement religieuse du mouvement des « anti ». Plus tard, en mai dernier, Frigide Barjot en tête de gondole scandait le slogan « un papa, une maman ! » avec les élus UMP. Et à Jean-François Copé de souhaiter faire de cette mobilisation une « manif anti-hollande » en appelant vivement son parti à manifester. Mais après le départ de Frigide Barjot et quelques « couacs » au sein de l’ancienne majorité, la tentative de récupération politique de l’UMP s’est en effet soldée d’un échec. La lettre ouverte adressée à Jean-François Copé de Ludovine de La Rochère en témoigne. La présidente du collectif la manif pour tous y dénonce les renoncements du président de l’ancienne majorité vis-à-vis de la cause « anti ». « Les citoyens électeurs sauront se souvenir de ce reniement » dit-elle, consciente de l’intérêt de son mouvement pour la droite conservatrice.

Un mouvement « catho ».

Le collectif « la manif pour tous » est en fait le nouveau porte-drapeau de la communauté catholique française. Il a permis aux « cathos » de trouver une voix dans le paysage médiatique français et le profil de la nouvelle présidente du mouvement en est la merveilleuse illustration. Avant son engagement, Ludovine de La Rochère était chargée de communication de la Conférence des évêques de France. « Tradi, non. Disons plutôt “classique”, portée par de très fortes convictions chrétiennes, avec, parfois, un certain dogmatisme », souligne un proche de cette catholique pratiquante mère de quatre enfants.

En Bretagne, avis de tempête.

En Bretagne, c’est autre chose. Les plans sociaux se sont succédé chez Doux, Marine Harvest, Gad et Tilly-Sabco. Des abattoirs et des usines ferment avec plus de 7 000 emplois perdus dans la région. L’agroalimentaire est dans le rouge et les poulets en prennent pour leur grade. La police aussi d’ailleurs. Du coup, les licenciements s’ajoutant à l’écotaxe, les routards coiffés de bonnets rouges ont été rejoints par les salariés licenciés. Evénement qui a fait de l’écotaxe le sujet sur lequel asseoir un mécontentement global ; et du bonnet rouge, le symbole de la grogne bretonne.

Un mouvement composite et corporatiste.

A l’inverse des militants anti-mariage, le mouvement des bonnets rouges est très disparate : selon Stéphane Allies, l’envoyé spécial de Médiapart, « on croise aussi bien l’anticapitaliste Philippe Poutou que le député UMP Marc Le Fur ou des élus socialistes de la ville. » mais aussi… des paysans, des salariés et des patrons ! Bref, un joyeux bordel. En fait, il faut plutôt voir dans ce mouvement un soulèvement fondamentalement corporatiste : les bonnets rouges ne partagent ni religion, ni situation sociale, ni conviction idéologique mais sont réunis par les intérêts de leur profession et leur identité bretonne.

Comparer le rose et le rouge, un grand écart malaisé.

Ces deux mouvements sont donc tout simplement antagonistes. D’un coté, les « anti » sont en effet engagés dans un combat idéologique structuré par des convictions religieuses. De l’autre, les bonnets forment un mouvement régional et corporatiste qui s’organise autour de l’exaspération contre le « pouvoir jacobin » jugé déconnecté des réalités. Les soulèvements dans le pays protestent certes contre le gouvernement. Mais pour des raisons très différentes. A tel point que la perspective de les voir se rejoindre parait franchement saugrenue.

« Tout n’est qu’anti-hollandisme », voilà le discours qui cède à la polémique, souvent opportune. Mais non monsieur Bertrand, le grand soir c’est pour plus tard !

Samuel Bernard

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