Nicolas Sarkozy : joue-la comme Schröder

Nicolas Sarkozy vient d’achever son allocution télévisuelle devant des millions de Français. S’il n’est pas encore officiellement candidat,  personne n’est vraiment dupe : il le sera, probablement en mars. En attendant ce jour, il a présenté ce soir aux Français les grandes lignes de son programme. Des grandes lignes qui ressemblent à s’y méprendre à de nombreuses initiatives mises en place par l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder, « l’homme des réformes », cité en exemple à plusieurs reprises dans le discours du Président Sarkozy. Explications.

A écouter le discours fait ce soir, dimanche 29 janvier devant Laurent Delahousse et Claire Chazal, le chef de l’État semble s’être inspiré par la trajectoire de l’ancien chancelier allemand (reçu à l’Elysée le 20 décembre), pour structurer la feuille de route de son futur programme présidentiel. Ce sera la rigueur, la rigueur, la rigueur….. A l’allemande !  En mars 2003, lors de son second mandat, le chancelier allemand avait joué son va-tout en proposant une réforme sanglante du système social allemand. Il avait mis en cause le concept d’Etat-providence, réduit les prestations sociales disponibles ainsi que les indemnisations-chômage et les retraites. Il avait prévu dans son « agenda 2010 », une série de mesures structurelles destinées à améliorer la compétitivité et « sauver le système » allemand parmi lesquelles figurait  la « réforme des retraites relevant l’âge de départ en préretraite de 60 à 63 ans ». Non sans rappeler la réforme des retraites « à la française » considérée comme l’une des mesures essentielles du premier quinquennat de Nicolas Sarkozy.  Le chancelier allemand allait même plus loin en 2003 dans la sévérité économique qu’il prévoyait d’imposer à son pays avec ces recommandations : « baisse de l’impôt sur le revenu de 15 milliards d’euros », mais aussi « réforme du marché du travail : durcissement pour l’obtention d’allocations et baisse des prestations » et surtout  « réforme du système public de santé avec participation directe des assurés via un abonnement trimestriel et un forfait journalier de 10 euros »…

Même si elle n’est pas tout à fait comparable stricto sensu, la TVA dite « sociale » souhaitée par Nicolas Sarkozy reprend les mêmes principes fondamentaux de Schröder :  remise en cause du dogme de l’Etat-providence et réforme « appuyée » du système social actuel.

Influencé depuis longtemps

Est-ce pour mieux faire passer la pilule en France ou une manière de faire passer un message de soutien au pays de Goethe ? En tout cas, un mois après avoir reçu l’ancien chancelier allemand à l’Élysée, le Président de la République n’a pas manqué l’occasion ce soir de saluer l’ex-chancelier allemand, « un homme remarquable ». Déjà lors de ses vœux au monde de l’économie, le président sortant avait cité deux fois Gerhard Schröder.  Il avait d’ailleurs déjà largement flatté le « Premier ministre socialiste Schröder » au sujet des accords de compétitivité en déclarant « mon devoir, c’est d’examiner de près les solutions qui ont marché ailleurs ».

Que doit-on y comprendre ?

Qu’il s’agit là de remèdes jugés crédibles par Nicolas Sarkozy pour sortir « le moins mal possible » de la présente crise économique. La « Rigueur », véritable ignominie économique pour les « hommes de gauche ». Rien, pas même les propositions sociales faites par Nicolas Sarkozy, que certains jugent étonnamment proches du programme socialiste (banque d’investissement public, favoriser l’emploi des jeunes, taxe sur les transactions financières…) ne saurait empêcher aux yeux du Président sortant une urgence d’austérité. Après tout, l’Allemagne de Schröder l’a fait et affiche aujourd’hui les meilleurs résultats économiques de la zone euro.

Alors pourquoi pas la France ? Le prix à payer serait-il trop lourd ? Nicolas Sarkozy a des raisons de le penser. Après la mise en place du « régime Schröder » en 2003, près d’un million et demi d’Allemands sortirent dans les rues, Schröder battit des records d’impopularité (sondages qui montraient le Chancelier rejeté par 75% des répondants – juin 2004). Nicolas Sarkozy peut-il se le permettre ? S’il est élu en mai prochain, il n’aura plus grand chose à perdre de se retenir un traitement à la machette. Calcul ambigu que de celui de louvoyer entre une politique clairement impopulaire à trois mois de l’élection présidentielle et la carte d’une relative transparence.

Jordan Allouche

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Autoproclamé "meilleur d'entre nous". Et si j'étais jaloux de M.Juppé ?

2 réponses à “Nicolas Sarkozy : joue-la comme Schröder” Subscribe

  1. Serge 1 février 2012 at 21 h 23 min #

    Bien sur qu il est candidat. Cela ne fait aucun doute. Lui non plus ne prononce jamais le nom de Francois Hollande et personne ne le force a lui faire dire. Il a fait un lapsus en parlant des francais qui decideront a la maniere de « stop ou encore »: Cela laisse a penser qu il envisage la defaite. Bonne chose, et puis les plus inquiets sont les deputes de droite qui pour la plus part, vont aussi perdre leur poste. Tres bon article, merci Monsieur Allouche

  2. Jeremy Hureaux 10 février 2012 at 9 h 16 min #

    Plus qu’un scénario « tardif » à la Mitterrand 1988 (22 mars), Giscard 1981 (2 mars), ou, a contrario du scénario « hâtif » à la Chirac 2002 (11 février), la candidature de Nicolas Sarkozy devrait intervenir aux alentours du 20 février tant pour des raisons organisationnelles (préparatifs logistiques difficiles à accélérer davantage) que pour répondre plus rapidement à une urgence de positionnement dans la campagne, ce qui n’était pas prévu au Château.

    Devrait suivre un cortège de meetings dont le point final sera à Paris (Versailles ou Villepinte ?) le 18 ou le 25 mars.

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