Nicolas Sarkozy : une dent contre Le Monde ?

Ministre, il s’était insurgé devant les caricatures de Plantu. Président, il avait tenté d’éviter la reprise du quotidien par des actionnaires jugés trop « de gauche ». Candidat, il estime que Le Monde fait campagne pour François Hollande. Mais qu’a donc notre président contre ce journal ? Est-il vraiment de gauche ? Quelques indices et éléments pour débattre.

Tout commence ici, au détour d’un article sur un meeting à Nantes auquel participait Bernadette Chirac, fervente soutient de Nicolas Sarkozy ces dernières semaines. Le Figaro, en bon journal politique (et je n’ai pas dit « politisé ») se déplace. Le journaliste dépéché sur place rapporte les moindres détails des coulisses du meeting.  «Il sera réélu, il sera réélu», tel est l’oracle de Bernadette Chirac dans les rues de Guérande, en Loire-Atlantique. L’heure est à la narration.

Quand soudain, une bombe est lâchée par Le Figaro :
« Quant aux allégations concernant le financement de sa campagne de 2007 par Liliane Bettencourt, qui font la une du journal Le Monde, le président sortant n’a pas voulu commenter sur le fond. Il s’est contenté de faire allusion au Monde «qui fait campagne pour François Hollande» avant d’ajouter  «S’ils font cela, c’est qu’ils doivent être inquiets» rapporte-il.

Erreur. C’est  pourtant bien le Journal du Dimanche qui s’est procuré et a publié des extraits de l’ordonnance du juge Gentil faisant état de ces suspicions de financement illégal. Avant même que l’article du Monde ne soit publié. Un quiproquo qui met le doigt sur une veille rancune qu’aurait le président-candidat à l’égard du quotidien. Mais pourquoi Nicolas Sarkozy semble-t-il obsédé par ce journal ?

Ce n’est pas la première fois
Cette provocation aurait pu passer inaperçue. Seulement… Le Président de la République n’en est pas à son premier coup d’essai. En témoigne ce billet  du blog du correspondant à Paris de Sud-ouest, compte-rendu d’un échange peu amène entre le chef de l’Etat et la rédaction en chef du Monde, rapporté ce matin par le site internet et politique d’ Europe 1 :

« Le directeur du Monde, Erik Izraelewicz, a également passé un sale quart d’heure. Visiblement, le président en veut au Monde. Et a rongé son frein ces cinq dernières années.
Se sentant « en liberté » dans son costume – sec – de candidat mardi après-midi, il s’est lâché.

« Cher Erik Izraelewicz » a-t-il martelé dix ou quinze fois pour bien appuyer sa différence avec ces « observateurs qui se regardent dans le miroir ».
« Dans le vrai monde, le mien, on ne parle pas de la mondialisation comme dans le vôtre. Mais avec la boule au ventre dès lors que son emploi est délocalisé » a-t-il asséné, entres autres politesses, au patron du journal du soir.

Et ce n’est pas terminé. En 2010, Nicolas Sarkozy avait fait tomber la tête de l’ancien patron du Monde, Eric Fottorino, révoqué par le conseil de surveillance du journal en décembre 2010. En cause, le rachat du quotidien par un trio d’actionnaire Pigasse-Bergé-Niel jugé par l’Elysée comme étant « trop à gauche ».

Nicolas Sarkozy s’était alors immiscé dans l’affaire en faisant pression sur son directeur pour tenter d’éviter la reprise du journal en raison du soutien affiché des deux premiers au PS, Pigasse et Bergé. Un Libération, c’est déjà suffisant non ? Louis Dreyfus est alors nommé à sa place, directeur de la publication puis Erik Izraelewicz est choisi comme directeur du journal en février 2011. Plus tard, devant l’AFP, le journal confirmera que le chef de l’État a bel et bien exercé une pression sur la direction du Monde concernant l’imprimerie, le point noir du dossier de reprise, avec notamment une menace de suspension des aides publiques allouées par l’Etat.
Avant même d’être élu, Nicolas Sarkozy s’était également plaint auprès de Plantu d’être caricaturé comme Jean-Marie Le Pen ou en petit chien.

Le Monde, à gauche ?

Et si Nicolas Sarkozy avait raison, que le Monde est bien à gauche sur l’échiquier politique ? Cela n’excuserait toujours pas de tels agissements, si tant est qu’ils soient exacts, qui vont à l’encontre de la liberté de parole et de publication. Mais la question aura le mérite d’être posée. Si quelques-uns placent le quotidien au centre-droit, surtout depuis le départ d‘Edwy Plenel, la caution « gauche » du journal, quelques éléments pourraient nous faire croire le contraire…

En 2007, un édito de Jean-Marie Colombani intitulé « Impératif Démocratique » se prononçait pour Ségolène Royal. Plus d’ailleurs en souhaitant un duel Sarkozy-Royal que pour la victoire de cette dernière. Mais qu’importe : Le Monde la soutenait ouvertement et ce, malgré le papier, dont l’extrait se trouve ci-dessous, qui n’était pas tendre avec la candidate socialise, n’hésitant pas à souligner son « incompétence » en gestion économique à la suite de ses propos sur Airbus.

« Au-delà de la posture démagogique de Mme Royal, il y a plus grave, c’est l’incompétence que ces déclarations mettent en évidence. Comme le note Eric le Boucher dans le Monde, la seule politique industrielle que connaît la candidate socialiste se limite à l’annonce d’un moratoire sur les licenciements. Aucune analyse sur le manque d’investissement des entreprises françaises, aucune réflexion sur la hausse du coût du travail (liée peut-être aux 35 heures, qui sait ?) et l’insuffisance de sous-traitance pour maîtriser les coûts. Mme Royal est en train de nous démontrer qu’elle serait complètement incapable de gérer la politique économique de la France, ce qui n’est pas une mince information. »

A gauche, pas à gauche ? Nous vous laissons le soin de vous faire votre propre avis. Quoi qu’il en soit, le journal, lui, ne choisira pas son camp, c’est Mathieu Pigasse qui l’affirme, le quotidien du boulevard Blanqui ne soutiendra aucun candidat. Du moins…. Officiellement.

Jordan Allouche

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