Vers une nouvelle guerre de Crimée ?

Quel avenir en Crimée ? Après des semaines de manifestations sur la place Maïdan, et une valse d’officiels à Kiev, le « combat du peuple ukrainien » (dixit le secrétaire d’Etat américain) a pris un nouveau tournant le 22 février dernier.

Par un soubresaut inattendu de la Rada, le président Viktor Ianoukovitch a été chassé du pouvoir. Direction : fuir vers la Russie et ainsi échapper aux charges qui pèsent désormais contre lui.

Aussi, face aux velléités d’indépendance à l’égard de Moscou et de rapprochement vers l’Ouest, qu’annonce l’arrivée au pouvoir des pro-occidentaux menés par Arseni Iatseniouk, la riposte russe ne s’est pas fait attendre.

Depuis le 27 février, la petite péninsule de Crimée s’est retrouvée propulsée au cœur des préoccupations internationales. Forte de 2 millions d’habitants à 70% russophones, cette « république autonome » a connu, depuis lors, un bouleversement politique rocambolesque digne d’une tragédie grecque, avec la prise en main des institutions par des milices pro-russes et la mise sur agenda d’un référendum d’indépendance.

En l’espace d’une semaine, la Russie a perdu l’Ukraine. Elle ne compte certainement pas lâcher la Crimée. Outre l’enjeu géostratégique que représente l’enclave navale de Sébastopol, qui concentre la majorité de la flotte russe en mer Noire, la Crimée reste aussi un objectif territorial symbolique à ne pas exclure. Accepter que l’Ukraine bascule, c’est accepter une ingérence occidentale aux portes de la Russie et cela, Vladimir Poutine n’est pas prêt à l’autoriser.

Une chose est sure : les volontés d’autonomie des républiques de l’ex ère soviétique ne coïncident pas vraiment avec les objectifs révisionnistes de Moscou concernant son étranger proche.

Le projet d’union douanière et l’opposition systématique à toute forme de rapprochement avec l’OTAN ou l’UE sont là pour nous rappeler que la Russie compte bien préserver sa sphère d’influence historique, quitte à intervenir économiquement ou militairement s’il le faut. En témoignent les précédents conflits qui raisonnent à nos oreilles : les événements géorgiens de 2008 en Abkhazie et en Ossétie, ceux de Transnistrie au courant des années 1990…

Cela fait déjà longtemps que Moscou joue sur le levier Criméen pour déstabiliser Kiev, mais cette fois-ci l’enjeu est déterminant pour les Russes. Ainsi Poutine n’hésitera pas à attiser les conflits locaux, à les instrumentaliser contre Kiev, de manière à s’assurer le contrôle de la péninsule comme ce fut le cas pour l’Ossétie en 2008.

Même s’il dispose de 14 000 hommes sur place, tout prête à croire qu’il privilégiera ici des manœuvres indirectes de déstabilisation, comme l’ont montré les récents événements orchestrés via des milices armées sans uniformes et dont Moscou se désolidarise officiellement.

Outre une préservation frénétique de la zone d’influence post soviétique, les événements récents sont une occasion inespérée d’infliger une défaite symbolique aux Etats-Unis, dont la manière de gérer la crise ne cadre pas avec  les logiques à l’œuvre, comme l’a soulevé l’analyste stratégique Fiona Hill.

Par conséquent, la conjoncture actuelle en Crimée ressemble fortement à la mise en œuvre d’une doctrine Brejnev édulcorée visant à rappeler les prétentions de puissance russes, sous couvert de la « défense de leurs compatriotes et citoyens », comme l’a évoqué l’ambassadeur russe en Ukraine, véhiculant ainsi les éléments de langages dictés par Moscou.

A l’heure de la coopération internationale, de la multiplication des plateformes de dialogue, et 25 ans après la fin de la Guerre Froide, cette politique moderne de la canonnière constitue un dangereux anachronisme.

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