La France enfin à l’heure de l’Open data ?

Après la mise en activation de l’adresse data.gouv.fr en décembre dernier par la mission intergouvernementale Etalab destinée à ouvrir davantage l’accès et l’exploitation des données publiques, quatre concours viennent d’être créés pour récompenser les projets jugés les plus innovants, le premier prévu pour avril.

Un « frémissement français » de plus en plus prononcé, il était temps d’en finir avec ce paradoxe qui faisait du pays qui compte les arbres au bord des routes depuis le siècle de Louis XIX un traînard numérique.

Pourquoi l’Open data ?

Les enjeux socio-économiques sont réels : une fois refondues sous la forme plus digeste d’un site internet ou d’une application mobile, des informations statistiques auparavant éparses ou sous-exploitées vont pouvoir créer de la valeur sur l’ensemble de la chaîne. Le contribuable voit ici une part de son investissement (impôts, taxes…) lui revenir en pouvant bénéficier de nouveaux services inconnus jusqu’alors tout en créant un écosystème dont il bénéficie indirectement (emplois, impôts sur les sociétés…). Pour l’Etat, l’avantage est, outre d’afficher une transparente modernité au niveau de ce qui existe ailleurs, d’une part de mieux connaître ses administrés/ territoires et d’autre part de toucher un public plus large que le microcosme administratif qui les détenait, partiellement ou en totalité.

Sont concernées principalement les données relatives aux horaires d’ouverture de différents services publics, les chiffres de la délinquance, la répartition géographique des accidents de la route… mais il y en a d’autres parfois dignes d’un inventaire à la Prévert.

Les études les plus récentes évaluaient un marché européen de la réutilisation des données à 70 milliards d’euros environ en 2011. L’objectif, soutenu par les autorités communautaires conscientes de l’importance du sujet, est de faire aussi bien que ce qui existe aux Etats-unis (data.gov), au Canada (data-donnees.gc.ca) ou même au Royaume-uni (data.gov.uk). Sur les portails open data actuellement disponibles ici et là, seraient déjà proposés, avec des degrés d’intérêt variables, 400.000 jeux de données aux Etats-unis, 350.000 en France, 272.000 au Canada, 8.000 au Royaume-uni et 1.800 en Nouvelle-Zélande. Le processus d’ouverture est bel et bien lancé.

Pour le meilleur souvent, et pour le « moins bon » aussi.

Exemples concrets

Open DataParmi les applications à distinguer, celle britannique qui inventorie chacune des dépenses supérieures à 500 livres engagées par les près de 330 collectivités locales. Autre « appli », toujours britannique, celle de Whoslobbying qui recense tel un agenda les entretiens entre les ministres et différents groupes de pression ou assimilés (avocats, industriels, organisation professionnelles). Plus « particulière », cette application américaine qui permet de localiser sur son smartphone les adresses présentes dans les registres publics de délinquants sexuels.

On peut imaginer de manière très concrète le développement rapide d’applications permettant par exemple à l’usager de récupérer en temps réel les données d’affluence des musées, distinguer que le Louvre est bourré à craquer, et de partir en covoiturage vers le château de Versailles à l’aide d’un service participatif associé. Pourquoi pas non plus une application définissant un parcours de marche en ville spécialement adapté à certains handicaps, tels ceux qui affligent les sourds ou non-voyants. Aussi une autre qui permettrait de récupérer rue par rue des données liées au tri sélectif (taux de collecte, poids des déchets…) ou encore sur un tout autre sujet un service de « cartographie » du débat public, qui autoriserait le suivi des discussions législatives et les réactions d’opinion correspondantes, en recevant une alerte dès qu’un sujet favori de l’usager est traité.

Des motivations  variables

La volonté de développer l’Open Data obéit à des principes politiques parfois opposés dans leur principe. Ainsi le gouvernement de Barack Obama vise à établir une vision plus progressiste de l’initiative citoyenne, une sorte de tableau à double-entrée « citoyen -> administration » et réciproquement. Du côté du gouvernement conservateur de David Cameron, la volonté est d’établir un quasi court-circuit d’avec les services publics, supposés inefficients.

Quelle que soit l’arrière-pensée idéologique, le dénominateur commun des initiatives est l’intelligence collective. Certains la considèrent comme la ressource économique la plus primordiale. En irriguant l’activité des territoires de cette intelligence, qui plus est articulée autour de statistiques et modélisations précises, on contribue à créer un espace de valorisation du savoir, ou mieux, des capabilités. Un mot qu’il faudra retenir à l’aube de ce siècle.

Jeremy Hureaux

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Passionné de la vie publique et ses méandres, coordinateur du site Politique.com Twitter : @politique

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  1. Open-data: 4 concours lancés pour plus d’intelligence collective en France | IT for BUSINESS Forum 2012 - 1 mars 2012

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