Le paradoxe allemand

Alors que l’Europe semble s’enfoncer peu à peu dans une crise qui ne laisse personne indemne, l’Allemagne continue d’étonner par une vitalité qui parait sans faille. Pourtant, la politique économique allemande est loin d’être parfaite. Son modèle subit également la crise européenne. Retour sur un paradoxe économique.

Il y a quelques mois, nous avions déjà publié un article sur les imperfections du modèle allemand, du point de vue socio-économique. Désormais, c’est sa croissance qui laisse pantois. Alors que la première puissance européenne semblait esquiver la crise avec une nonchalance frisant l’arrogance, la voilà rattrapée par la manche.

Une économie en trompe-l’œil

Après avoir connu une année 2009 difficile, avec une chute de son PIB (Produit Intérieur Brut) de 5,1%, l’économie allemande repartait sur les chapeaux de roue en 2010 (+4,2%) et en 2011 (+3%), des taux de croissance à faire pâlir de jalousie ses voisins. Mais 2012 n’a pas fait partie de la série : « seulement » 0,7% de croissance.

Le modèle économique allemand a des avantages reconnus dans le monde entier : des entreprises tournées vers l’international, des PME familiales, souvent de taille moyenne, des dépenses en R&D (Recherche et Développement) toujours plus importantes, un environnement bancaire favorable au développement et un dialogue social évitant paralysie et permettant sécurité et croissance.

Mais ce modèle a un défaut : il est tourné, le plus souvent, à l’exportation et fait donc fi de la demande intérieure. Or c’est justement ce qui pose problème. La population allemande a subi une perte de pouvoir d’achat considérable avec la précarisation des emplois. Et la demande extérieure se contracte de plus en plus avec la crise.

Retour de bâton

En tant que première puissance en Europe, l’Allemagne impose ses choix en matière de trajectoire économique. Imposant l’austérité pour sauver ses taux d’emprunt, elle a provoqué une paupérisation sans précédent des nations européennes. Et la chute de la croissance outre-Rhin est considérée comme un logique retour des choses par beaucoup.

Bien que la plupart des exportations allemandes joue sur la compétitivité hors prix de ses produits haut de gamme, grâce à une demande relativement inélastique au prix, notre voisin compte tout de même beaucoup sur ses clients européens. Et la cure d’austérité qu’elle a imposée en Europe empêche ceux-ci d’importer massivement, faute de demande.

De nombreux analystes reprochent ainsi à l’Allemagne de fonder son modèle économique sur la demande extérieure, ce qui peut avoir deux inconvénients principaux. Le premier est que, sans demande intérieure stimulée, le pays risque de connaitre un déséquilibre impossible à résorber à court-terme : l’augmentation de ses importations, nécessaires pour assurer l’approvisionnement en biens de consommation, devra entrainer obligatoirement l’augmentation de ses exportations, afin d’éviter de trop grandes pertes de liquidité. De même, le pouvoir d’achat risque de continuer à chuter, au prix d’une paupérisation croissante, source d’un malaise social. Cette dangereuse fuite en avant devra donc être prise en compte par la chancelière Angela Merkel.

La deuxième conséquence, non des moindres, est celle de toute dépendance en matière économique : fonder sa croissance sur la demande extérieure fait prendre le risque d’un retournement brutal et grave. Si ses pays-clients viennent à réduire leur demande intérieure, donc leurs importations, c’est le système productif allemand qui va tourner au ralenti. Et la croissance en pâtira.

Consciente de la dangerosité de son système, l’Allemagne cherche à rassurer : « Il y a toutes les raisons d’être confiant » a annoncé le ministre allemand de l’Economie, Philipp Rösler, ajoutant que « l’Allemagne sera encore en 2013 à la pointe de l’Europe en terme d’économie et de marché du travail ». Il est vrai que son modèle n’implosera pas de sitôt. Mais combien de temps survivra-t-il encore ?

Le faible taux de chômage (6,8%, au plus bas depuis la réunification) est dû à des mesures drastiques de précarisation de l’emploi. Son excédent public de 2,2 milliards d’euros et les excédents de ses comptes sociaux de près de 18 milliards d’euros se font au prix d’une paupérisation galopante. Un modèle en bout de souffle ?

Des solutions à minima

Face à la prise de conscience de son modèle, le gouvernement allemand a décidé de réagir. Il va de nouveau assouplir son dispositif de chômage partiel, afin d’éviter une hausse du chômage. 200.000 emplois bénéficieraient de ce dispositif de maintien de l’emploi alors que 88.000 chômeurs sont toujours en attente d’un poste.

De même, les cotisations retraites ont été diminuées, permettant aux entreprises de compenser les hausses de salaires à venir, sans perte de compétitivité. Ces augmentations vont offrir aux salariés une hausse du pouvoir d’achat, ce qui stimulerait quelque peu la demande intérieure.

A l’aube de nouvelles élections, pour lesquelles Angela Merkel et son parti ne sont pas en situation favorable, le gouvernement allemand a décidé de réagir en stimulant brièvement et parcimonieusement la consommation intérieure.

Critiquer l’Allemagne, en bien ou en mal, est devenu un sport national, voire européen. Face aux puissants, les pays en difficulté n’ont d’autres choix que de se plier, au prix du désordre social et d’une contraction brutale de leur économie. Combien de temps encore l’Allemagne imposera-t-elle ses choix ? Personne ne le sait. Mais une chose est sûre : l’Europe s’en sortira mieux si les décisions économiques ne sont pas prises que par un seul pays.

CGD

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

2 réponses à “Le paradoxe allemand” Subscribe

  1. visiteur 8 mars 2013 at 9 h 26 min #

    oui enfin qd on voit la situation francaise par rapport a lallemagne et le poids que celle-ci a desormais sur la moindre decision communataire il est difficile de lui donner des lecons de gouvernance !

  2. Melaine 25 avril 2013 at 18 h 40 min #

    Les autres au lieu de critiquer peut-être qu’il fallait y penser avant non? Chaque pays actuellement essaye de sortir de la crise et des sacrifices il faut en faire pour que les rentrées d’argent se fassent et pour le moment tout le monde passe en récession.

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