Plaidoyer pour les petits candidats

Plaidoyer pour les petits candidats

Comme à l’accoutumée, les « petits candidats » à l’élection présidentielle ont laissé leurs perspectives électorales au vestiaire au profit des ténors de l’Hémicycle. Depuis l’accession surprise de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, l’électorat hexagonal s’impose un impératif : le vote utile ou rien. Afin d’éviter l’éparpillement des voix, source de division et qui serait favorable au vote frontiste, les votes PS ou UMP sont devenus aux yeux des intellectuels et leaders d’opinion la seule réelle solution aux problèmes d’une France devenue décadente.

Or, depuis quelques années, le rapprochement idéologique entre les deux grands partis français est indéniable. La politique plus sociale de Jacques Chirac (1995) et l’adoption du modèle capitaliste par François Mitterrand (1983) en sont des exemples frappants. La « feuille de papier à cigarette » qui sépare ces deux courants dans le domaine économique a laissé perplexe beaucoup de ces électeurs attirés par des lignes plus radicales.

Ceux de droite accusent leurs représentants d’avoir dénigré leurs valeurs nationalistes et gaullistes (notamment par rapport au sujet de l’indépendance française face à l’Union européenne, l’emprise des marchés financiers et les flux migratoires), alors que ceux de gauche reprochent aux barons du socialisme d’avoir embrassé un capitalisme totalement contraire à leurs visions nationales.

La consanguinité politique entre les politiciens de ces deux bords (Eric Besson en figure de proue) et les appels au vote « incongrus » (tels Chirac et Amara favorables à Hollande) ne font qu’appuyer cette situation. L’abstention grimpante depuis quelques années (en particulier à l’occasion des élections locales) démontre l’extrême lassitude du peuple à l’égard de cette alternance continue entre la prise du pouvoir d’un parti républicain, puis d’un parti démocrate ou encore d’un parti capitaliste et conservateur à une social-démocratie libérale. Le vote blanc et les non-inscrits sont devenus les étendards d’une France blasée et le succès indéniable de la candidate du Front national dimanche dernier l’illustration métastasée d’une France affaiblie.

La piètre qualité de ces dernières campagnes (surtout cette année) s’explique notamment par ce phénomène. Les insultes et les problèmes de personnes ayant remplacé les idées de fond sur les programmes, et les grands partis se refusant à participer à des débats télévisuels poussés démontrent la volonté de la caste dirigeante de ne pas se voir confronter aux dissidents de cette politique aseptisée.

Seul un élan de civisme pourrait lutter efficacement contre cette propagande bourgeoise, orchestrée par les partisans d’une politique de métier, que représente le « vote utile ». Cette notion n’est d’autre que l’altération d’une conscience politique au profit d’un vote de masse. Tout particularisme sur le plan des opinions est pointé du doigt par une élite avide de faire passer pour des candidats loufoques, ceux qui ont l’audace de sortir des sentiers battus (Dupont-Aignan et Cheminade).

Il serait utile à notre démocratie et pour la qualité du débat d’idées que ces candidats n’aient pas comme seule protection un temps de parole égalitaire, mais bel et bien une projection médiatique suffisante leur permettant de survivre à leurs traversées du désert quinquennales. Le dénigrement persistant des journalistes et des « grands » partis à leur égard n’est que le symbole d’un pays en proie à une idéologie dominante dangereuse. La valorisation de ces votes marginaux permettrait aux Français désabusés de s’affranchir des codes électoraux afin qu’ils puissent approfondir leur socialisation politique au profit d’un bien-être intellectuel indispensable pour la cohésion sociale. Mais quoi qu’il en soit la France ne semble pas en prendre le chemin…

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky
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Une réponse à “Plaidoyer pour les petits candidats” Subscribe

  1. Masquetaire 3 mai 2012 à 22 h 14 min #

    Et encore, les candidats dont vous parlez sont déjà une sélection par vraiment démocratique par les médias, qui choisissent qui parmi les candidats à la présidentielle ils parlent, et ensuite qui ils vont laisser parler en fonction de leurs fameux 500 parrainages.

    C’est bien regrettable que des gens comme François Asselineau soient interdits de médias, et tout simplement oublié de cette formidable offre « démocratique » qu’est la présidentielle. On voudrait nous présenter que les candidats adoubés par les élites qu’on ne si prendrait pas autrement. et encore même dans les 10, le mépris des chroniqueurs ca et là contre Philippe Poutou est proprement scandaleux et devrait être un motif de licencement au même titre que les humoristes qui n’ont plus le droit de faire des blagues de mauvais goût sur les personnages influents.

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