Pierre Rhabi, la révolution verte

On parle beaucoup depuis une dizaine d’années de la pensée « verte », comme solution à nos problèmes environnementaux : réchauffement, dérèglement, changements, et tout autre mot rimant avec ceux là pour désigner un phénomène planétaire. En résumé : cela chauffe, et pas seulement à la surface de notre planète. L’échec chronique des sommets environnementaux ont mis en exergue l’incapacité de la classe dirigeante à s’accorder sur une politique environnementale supranationale. Et si la résolution du problème ne se faisait pas par le haut ? A la surface du globe, des hommes s’activent à l’ombre des scènes internationales pour proposer des solutions concrètes. Et révolutionnaires.  Aux paroles, beaucoup de ceux-là ajoutent les actes. Pierre Rhabi est de la bande. Portrait.

Voilà un homme qui donne la pêche. Ou la banane. Ou la patate. C’est au choix. En tout cas, quelque chose de vitaminé qui mêle l’humain et la terre. Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, Pierre Rhabi est un des pionniers de l’agriculture biologique.

Curieux mot pour désigner une chose d’une simplicité insultante : Pierre Rhabi défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous, tout en préservant notre terre.  En clair, cet agriculteur Ardéchois prône à qui veut l’entendre qu’il n’y a pas de fatalité. Pas de fatalité à la crise, cette hydre artificielle à moult têtes (économique, écologique, sociale, morale…) qui nous intoxique, nous déstabilise, nous pompe toute notre énergie. Pas de fatalité non plus à l’autre crise, naturelle cette fois, qui ravagent nos villes. Une seule chose à faire : on peut (on doit?) résister, s’affranchir des pleins pouvoirs de l’argent-roi et trouver un sens à la vie en cultivant son jardin, au propre comme au figuré. Et vous verrez : vous respirerez mieux, promesse d’un homme heureux.

 

 

Heureux, Pierre Rabhi affirme l’être. Né en 1938 dans le sud algérien près d’un oasis, le jeune garçon est confié à un couple français dès sa plus petite enfance, qui s’installera en France dès les années 50.

Pierre Rabhi a vingt ans lorsqu’il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation « moderne » que les Trente Glorieuses a dessiné. L’appel des champs était plus fort que celui des villes. A l’ « abri » du monde,  l’écolo avant-gardiste s’est mis à penser, constaté, analysé.  La société ? Un organe fait d’hommes aliénés par l’argent et le travail. L’économie ? Il critique une « pseudo-économie » qui, au lieu de répartir les ressources communes à l’humanité,  s’est contentée d’élever la prédation au rang de science. La nature est loin : elle n’est plus qu’un gisement de ressources à exploiter … et à épuiser.

S’impose alors à l’homme, qui fait penser à Stéphane Hessel version « Engagez-vous! » plutôt que « Indignez-vous! », une évidence : seul le choix de la modération de nos besoins et d’une production locale permettra de rompre avec cette « immondice » aussi appelée « mondialisation ». En clair : remettre l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations. Vaste programme. Vaste portée.

Un cri du cœur devenu mondial

Qui aurait pu le croire ? Si ses mains travaillent toujours amoureusement la terre de sa ferme ardéchoise, elles tiennent désormais aussi les micros des salles de conférences archi-combles, où « l’éveilleur de consciences » est copieusement ovationné.

Devenu l’un des pionniers de l’agro-écologie en France, « bien plus qu’une simple alternative agronomique » selon lui, l’homme s’est fait connaitre à l’extérieur de nos frontières. Croyez-le ou non, son enseignement plein de bon sens et de poésie, de sérieux et d’humour a fait des miracles dans le désert burkinabé, a séduit les moniales roumaines et les châtelaines bretonnes, a inspiré des entrepreneurs et a passionné des milliers de stagiaires et de bénévoles sur l’ensemble de la planète. Rien que ça.

Notre cultivateur d’espoir, à la fois paysan et écrivain, a semé les graines d’une véritable philosophie de la Terre, une belle moisson qui inspire des personnalités aujourd’hui comme Nicolas Hulot ou Coline Serreau. L’ONU l’a même désigné expert en sécurité et en salubrité alimentaire, au point d’avoir contribué à faire « pousser » une convention contre la désertification. Des idées qu’il sème aussi à travers des associations comme Terre et Humanisme, Oasis en tous lieux ou Colibris.

A propos du colibri, controns sa légende : la forêt brûle, l’oiseau prend de l’eau dans son bec pour éteindre le feu. Le tatou se moque. « Je fais ma part », répond le colibri. Pierre Rhabi fait la sienne.

 

 

 

La légende du colibri, par Pierre Rabhi

Jordan Allouche

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