Les modalités du plan d’aide à la Grèce

Les modalités du plan d’aide à la Grèce

La Grèce doit accomplir ses devoirs pour devenir compétitive, que cela passe par un nouveau plan de sauvetage ou par une autre voie que nous ne souhaitons pas prendre

Le Produit intérieur brut (PIB) grec s’est contracté de 7% au quatrième trimestre 2011, sur un an, selon les premières estimations publiées ce mardi 14 février par l’Autorité des statistiques grecque. Cette baisse survient après une contraction de 5 % au troisième trimestre, toujours sur un an, tandis que le budget de l’année en cours table sur une récession « finale » de 5,5% en 2011. L’année 2012 constituera la cinquième année consécutive de récession, un long bail qui n’est pas terminé. Les « sans-emploi » n’ont jamais été si nombreux, avec un taux de chômage de 20,9% de la population active (13,9% l’année précédente) et les jeunes les plus touchés (48% sont sans emploi). Désespérance…

En parallèle, après des négociations acharnées avec la Troïka (Commission européenne, BCE et FMI), un plan d’aide de 130 milliards a minima doublé d’un effacement de 100 milliards d’euros de dette privée devraient être accordés à la Grèce, en état de quasi-banqueroute.

Le vote du Parlement grec tard dans la nuit de dimanche a certes mis le feu aux poudres dans les rues d’Athènes mais constitue surtout une véritable bulle d’oxygène pour une économie asphyxiée. Se voit ainsi avalisé par les autorités du pays et ses principaux leaders de partis (hors l’extrême-droite orthodoxe du Laos de Georgios Karatzaferis, qui a préféré quitter le gouvernement) un plan de rigueur additionnel de 325 millions d’euros pour le budget 2012.

Les ministres des Finances de la zone euro en avaient fait un prérequis au versement des aides prévues par le plan, indispensable à la Grèce pour pouvoir honorer des remboursements de dette échue en mars. Ce supplément d’économies budgétaires vient s’ajouter au plan de rigueur évalué à 3,3 milliards d’euros pour 2012 déjà adopté par le Parlement grec dimanche 12 février.

Le Commissaire européen en charge de ce dossier, Olli Rehn, a estimé qu’il s’agissait là de « l’expression de la détermination persistante dans le pays à mettre un terme à la spirale des finances publiques insoutenables et à la perte de compétitivité ». Il ajoute qu’un défaut grec (incapacité à rembourser les dettes contractées) aurait « des conséquences dévastatrices pour la société grecque et toute l’économie de la zone euro ».  Il s’est enfin montré extrêmement critique du « modèle » économique en vigueur en Grèce jusqu’en 2009, le qualifiant de « vie au dessus de ses moyens ». Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances a lui emboîté le pas à Nellie Kroes (vice-présidente de la Commission européenne) et Mark Rutte (Premier ministre des Pays-bas), prévenant, à peine sibyllin : « La Grèce doit accomplir ses devoirs pour devenir compétitive, que cela passe par un nouveau plan de sauvetage ou par une autre voie que nous ne souhaitons pas prendre… ».

Parmi les principales mesures concrètes d’austérité retenues :

  • Réformes structurelles (retraite à taux plein après 40 années de cotisation ; âge effectif de la retraite relevé de 63 à 65 ans ; indemnités de licenciement baissées de 50% ; ouverture à la concurrence de près de 150 métiers autrefois « protégés » ; réduction de moitié du nombre d’élus, aujourd’hui près de 31.000),
  • Salaires et emplois publics (150.000 fonctionnaires en moins ; réduction de 35% des salaires des fonctionnaires ; baisse du salaire minimum de 22% et diminution de 15% des retraites dans les entreprises d’Etat),
  • Dépenses publiques (abaissement du seuil d’imposition de 12.000 à 5.000 euros ; 3,4 milliards de baisse des montants versés au titre des retraites et prestations sociales ; +20% d’augmentation de la TVA, augmentation de 33% des taxes sur les carburants, alcools, cigarettes…).

Toutes ces mesures ne passeront bien entendu pas sans heurts (incendies, manifestations/ protestations diverses, grèves…), comme le montre l’actualité récente. La rue considère, non sans quelques raisons, que la classe politique grecque se comporte depuis des décennies comme une oligo-ploutocratie de connivence, se payant « sur la bête », ce qui entraîne un profond sentiment d’injustice sociale et économique, qui n’est encore qu’à ses prémices. En effet, même après l’application de ce plan d’austérité, le niveau de la dette publique grecque rapportée au PIB restera équivalent à celui de l’Italie (120%), pourtant loin d’être un modèle. Mais cela fera l’objet d’un prochain article, le sujet est vaste :)

Jeremy Hureaux

En complément, deux billets d’il y a quelques mois que j’ai retrouvé sur l’ancien forum (liens défectueux possibles dans l’attente de la refonte dudit forum) :

Quelles réformes pour une Grèce en faillite ?

Le scénario de la sortie de l’euro

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Passionné de la vie publique et ses méandres, coordinateur du site Politique.com Twitter : @politique
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4 réponses à “Les modalités du plan d’aide à la Grèce” Subscribe

  1. Hugues 14 février 2012 à 23 h 13 min #

    La question est de savoir qui est responsable de ce désastre. Certes, les citoyens grecs y sont pour quelque chose, les régimes politiques sont le reflet des peuples. Mais aujourd’hui, leurs dirigeants passés sont partis, ou se canent en attendant des jours meilleurs. Les réparations exigées par cette Europe de pays riches sont d’une arrogance qui n’a d’égale que son évidente inefficacité. Depuis quand suffit-il de brutaliser un peuple de l’extérieur, par des menaces, pour qu’il retrouve confiance, force et sérénité ? Depuis quand une technocratie qui ne représente qu’elle-même serait-elle capable de remettre en marche un pays qui fut le berceau de la civilisation occidentale ? La violence destructrice que l’on voit à l’oeuvre est la seule réponse possible du peuple grec désespéré. Ce n’est pas cela qui permettra le retour de l’économie grecque sur les rails de la vertu voulue par la très vertueuse Allemagne. Ce qu’une vraie Europe solidaire devrait faire, c’est aider le peuple grec, l’aider à se relever, à tourner la page de dépenses publiques excessives, à se mettre au travail à travers de nouvelles petites et moyennes entreprises créatrices de main-d’oeuvre. Mais cette politique là reste à inventer, à imaginer, à mettre en oeuvre dans le cadre d’une collaboration étroite avec tous les acteurs de l’économie grecque. C’est plus difficile à faire que de donner des leçons inutiles.

  2. Jeremy Hureaux 16 février 2012 à 13 h 32 min #

    Merci de ce message Hugues, très intéressant.

    Je suis à titre personnel un grand amoureux de la Grèce et me considère comme un éternel débiteur de ce pays rien que pour les concepts de société qu’elle a pu construire et faire partager en des temps anciens.

    L’Humanité telle que nous la connaissons lui doit beaucoup, aucun doute là-dessus.

    Pourtant, et au risque de choquer ceux qui connaissent mal le dossier, il me semble par exemple que la Grèce a déjà bénéficié d’une certaine « mansuétude », de longues années durant, de la part des démocraties européennes. En effet, Athènes a par exemple MAQUILLE lourdement, à de NOMBREUSES reprises, ses comptes publics, en trichant sur les statistiques, et Bruxelles a parfois préféré ne pas « investiguer trop dans le détail » sur ce plan.

    Autre argument que je réfute en ce qu’il me paraît subjectif : « Les réparations exigées par cette Europe de pays riches sont d’une arrogance qui n’a d’égale que son évidente inefficacité ».

    La vérité est souvent bien plus « grise » que « blanche ou noire ». Je m’explique.

    Partager une monnaie commune ou signer des pactes/ traités internationaux implique des obligations : tenir à jour une comptabilité publique fiable comme indiqué il y a quelques lignes, s’astreindre à une discipline budgétaire qui fait que les déficits d’un pays ne soient pas supportés en totalité par un autre, adopter une logique économique responsable de long terme. Le problème de la Grèce est surtout lié à une absence généralisée de conscience civique (toutes classes sociales confondues). Essayer de payer en autre chose que du liquide est souvent compliqué dans le pays, si vous le connaissez. A part les hôtels et encore…

    Autre petite anecdote illustrant ce souci de mentalité : je me souviens d’articles de la presse athénienne parus il y a deux ans environ signalant l’incroyable différence entre le nombre de piscines qui étaient déclarées au fisc grec par leur propriétaire de celui « réel », photographies aériennes à l’appui. Le « gap » statistique était impressionnant et je vous passe les détails comme l’utilisation massive de bâches « de camouflage » etc. Simple illustration de couloir certes, mais ô combien révélatrice. Idem pour le dossier dit « des retraités fantômes », la non-imposition des revenus de l’Eglise orthodoxe…

    Entre système D et fraude fiscale érigée en sport national, la différence est parfois mince. Cependant, il y a du pain sur la planche. Les réformes structurelles me semblent certes compliquées pour les populations, mais justifiées lorsqu’on regarde les choses avec les yeux de ceux qui « payent » pour les autres depuis de nombreuses années, les « pays du Nord » notamment. La Grèce elle-même mérite de marcher sur deux jambes bien à elle plutôt que de devoir demander l’obole à ses voisins. Faire l’économie de réformes vigoureuses ne serait finalement pas aider les Grecs à redonner un avenir à eux-mêmes et à leurs enfants.

    Après qu’on me dise que c’est normal parce que l’image d’un coucher de soleil sur les cheveux d’une naïade du Cap Sounion est bien plus attractive que celle d’un touriste teuton suant en chaussettes-sandales dans les rues de Provence, je peux encore le comprendre ^^

  3. BALL MICHEL 17 février 2012 à 15 h 51 min #

    Ce qui m’interresserait c’est de connaître le coût par banque en France.
    Ex: la Société Générale a provisionné: XXX miards d’€
    qui représentent 70% ou 75 ou autres de la dette.
    Idem pour le C.A., la BNP et coetera….
    Je viens de parler de DETTE, ce n’est le terme correct pour les banques françaises : c’est le montant des prêts
    accordés à la Grèce et non remboursés.
    Michel B.

  4. simon75 21 février 2012 à 15 h 58 min #

    Tu trouveras un début de réponse ici Michel. Il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles, bonne lecture ;)
    http://www.ifinance.fr/article-dettes-souveraines-les-banques-fran-aises-menacees-76831497.html

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