« Merkozy », cancer de la solidarité européenne ?

Successifs sommets de la dernière chance, réticence à l’allocation de fonds pour la Grèce et aujourd’hui « règle d’or », la crise de l’euro lève le voile sur la soi-disant solidarité européenne.

Mercredi 15 février au Parlement européen Daniel Cohn-Bendit s’exclamait : « les Allemands, qui rechignent à financer un second plan de sauvetage pour la Grèce, devraient se souvenir de tout ce qu’ils ont pillé dans ce pays pendant la Seconde Guerre mondiale. » A travers cette allocution le député EELV ouvre une boîte de pandore du Vieux continent : l’UE est-il un système de solidarité ou le levier de puissance de quelques uns ?

Si aller jusqu’à raviver les braises de la sombre période du nazisme peut sembler dangereuse et exagérée, se plonger dans l’histoire de la construction européenne permet de soulever le caractère ambigu de la solidarité européenne.

L’Union européenne ce fut d’abord la belle idée de maintenir la paix sur le continent. Créer les conditions de cette paix en apprenant des erreurs du passé. Pour ne pas trop culpabiliser l’Allemagne comme il avait été fait en 1918 lors du traité de Versailles, il fallut tirer un trait sur l’histoire et préférer punir les responsables politiques que le pays lui-même. Ainsi, au nom de la paix, on imposa un principe de solidarité qui exonéra l’Allemagne des dettes de guerre contractées à certains pays, dont la Grèce. Rêvant de solidarité tous acceptèrent cet effacement de la dette allemande lors des accords de Londres en 1953.

L’UE, zone d’influence du couple franco-allemand

La paix assurée, l’Europe devint un outil de puissance, une montée en puissance solidaire croyait-on. Le couple franco-allemand se fit le leader de la communauté, là commença l’hypocrisie. Derrière le masque de la solidarité la France et l’Allemagne firent de l’intégration européenne un moyen de se créer une zone d’influence.

L’Europe sous de Gaulle ne fut rien d’autre qu’un outil d’affirmation de la grandeur de la France. Dès les années 60, l’hypocrisie montra son vrai visage à plusieurs reprises. En 1963, le refus de l’entrée de l’Angleterre dans le Marché commun fut avant tout le refus de voir entrer dans l’Europe une puissance qui pouvait faire de l’ombre à la France. De 1965 à 1966 également la France mena une politique de la chaise vide pour refuser le projet d’Europe supranationale qui aurait amoindri sa place dans le processus décisionnel. L’Europe céda au caprice français.

A la faim de « grandeur politique » des deux leaders européens s’ajouta la faim de « grandeur économique ». Qu’est ce que la Politique Agricole Commune sinon une aide profitant majoritairement à la France ? Qu’est-ce que le Pacte de stabilité européenne de la BCE sinon une politique monétaire taillée sur mesure pour l’Allemagne ? PAC et BCE ne sont rien d’autre que des leviers économiques aux consonances solidaires mais avant tout au service des intérêts de la France et de l’Allemagne.

Une alliance d’Etats pour le meilleur, pas pour le pire

Et puis dans les années 80 il y eut ce grand mouvement d’élargissement au cœur duquel la Grèce, l’Espagne, le Portugal. Et là aussi la question de l’hypocrisie put se poser : cet élargissement se faisait il vraiment par esprit de solidarité ou uniquement pour profiter des potentiels de croissance de ces pays alors en développement ?

La question est restée en suspens jusqu’à la crise de l’euro. La réticence de l’UE et à sa tête le couple « Merkozy » à venir en aide à la Grèce ont montré encore une fois les manques de la soi-disant solidarité européenne. Car c’est lors de crise que la consistance de la solidarité doit se révéler, en période de faste le mot « solidarité » n’étant qu’un mot creux, vide de sens.

Prendre dès le mois de septembre la décision d’annuler la dette de la Grèce et d’emprunter au niveau européen aurait prouvé que l’Europe est une alliance d’Etats pour le meilleur et pour le pire. L’Europe a raté un train et l’avide couple franco-allemand ne semble pas prêt de vouloir le rattraper : n’allons pas croire que la règle d’or budgétaire du nouveau traité européen va profiter à l’ensemble de l’Europe !

Romain Halbfisch

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