Quand les extrêmes s’invitent au banc des démocrates

La présidentielle de 2012 est primordiale car ce sera la première élection du XXIème siècle

C’est donc en oubliant qu’une présidentielle avait eu lieu en 2007 que Nicolas Sarkozy a toutefois mis le doigt sur une idée primordiale de la campagne électorale avec cette phrase. En effet, 2012 représente la première élection présidentielle française, qui suit le crash d’une déréglementation financière mondialiste et incontrôlable. La pérennité d’une soi-disante démocratie perpétuelle dans notre pays et «la fin de l’Histoire» annoncée par Fukuyama à la fin de la Guerre froide se sont révélées être des lubies que  personne n’avait auparavant envisagé d’enterrer.

Inévitablement, les grands partis politiques français, symboles d’un bipartisme assumé et déguisé, ne sont pas ressortis indemnes de la crise financière de 2008 ainsi que de la crise de l’euro et de l’endettement public. Car le peuple ou au moins une bonne partie de celui-ci ne semble ne désirer qu’une chose : dépoussiérer l’Hémicycle et surtout, punir les responsables par leurs votes.

Pour la première fois depuis des années, les peuples de gauche et de droite, se rejoignent dans un constat alarmant : changer de société, c’est également changer de monde. Car le concept même de mondialisation, en plus d’avoir montré ses limites, a même fini par entraîner chez beaucoup d’entre nous de la répulsion. Or, comment faire confiance à des partis, qui ont collaboré depuis 1945, à l’élaboration même de ce système : signature des traités européens, vagues d’immigration, capitalisations boursières, privatisations, libre échange, tels sont les cris d’un pouvoir déconnecté des réalités et de la prévision.

Le retour d’un parc industriel, la fin de l’immigration, l’encadrement de la finance sont devenues les revendications les plus courantes de la masse populaire, décidée à en découdre avec les responsables de cette situation fumeuse. Or, les nouveaux messies de cette époque alarmante ne sont d’autres que les extrêmes de tous bords. D’un côté Mélenchon, le « socialo-démocrate » ayant quitté les éléphants du Parti socialiste afin de dénoncer le virage libéral des années 80’s et ce qui serait l’euro-naïveté des socialistes français. De l’autre Marine Le Pen, qui en quelques mois a eu le don de transformer un parti raciste et ultra-libéral, en un parti quasi marxiste et identitaire, ce qui, quoi qu’on en dise, est dans l’air du temps. Leurs programmes sont en effet, sans équivoque : protectionnisme affirmé (et donc conservation de l’industrie nationale), nationalisations, renforcement de la protection sociale … Avec eux, la mondialisation, en plus d’être décriée, est abattue, ce qui n’est pas sans contradictions, pour ces deux politiciens, anciennement internationalistes.

Mais communication oblige, le PS et l’UMP ont fait appel à leurs Jacques Seguela respectifs pour remonter la pente. Cette fois ci, plus de tabou, comme chez d’autres, le baiser mortel de ces partis politiques avec le populisme n’est plus évité ou dissimulé, mais bel et bien adopté. D’un côté l’UMP se lâche davantage sur l’immigration et l’islam : les caciques n’hésitent plus à montrer leurs dents, pour satisfaire les exigences d’un électorat de plus en plus complaisant avec les théories frontistes. Le président sortant, qui reprend sans hésiter sa rhétorique de 2007, en est même allé jusqu’à proposer la modification temporaire d’un acte fondateur de l’Union Européenne (celui instaurant la libre-circulation des personnes, à savoir l’espace Schengen) afin de lutter plus efficacement contre l’immigration clandestine. La sémantique du FN est à nouveau spoliée. L’insistance du président-candidat sur l’importance de la lutte contre « les fraudeurs » de la sécurité sociale et sur la trahison perpétrée par les exilés fiscaux sont des exemples de taille. Cette fois ci, plus d’ambiguïté pour le candidat UMP, « il faut réduire l’immigration». Le constat ne souffre pas de contestation. Nicolas Sarkozy (Nicolas Le Pen selon une certaine presse anglophone) pioche ostensiblement dans le programme du FN.

De l’autre côté, François Hollande, dont la faiblesse des mesures est pointée du doigt, n’hésite plus à renier la part de ses convictions les plus libérales. Sa dernière mesure fiscale (taxer à 75% les revenus au dessus d’un million) est à quelques pourcents près, la mesure proposée par Mélenchon. «Mon ennemi c’est le monde de la finance» : cette phrase prononcée durant son grand « discours du Bourget », ne fait que démontrer la volonté de ce candidat en perte de vitesse de siphonner les thèmes de l’extrême-gauche, afin de devenir plus attractif aux yeux des classes populaires.

Ces deux grands partis, bâtis sur un même modèle technocratique qu’entachent leurs gouvernements respectifs, n’auraient plus qu’une solution : distiller du populisme dans leurs programmes. Or, quand les démocrates s’approprient les thèses des extrêmes, ce n’est pas forcément annonciateur d’une société en bonne santé.

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

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