Nicolas Sarkozy, son positionnement et l’impossible équation

Le positionnement est clair, nous l’avons vu et entendu : Nicolas Sarkozy serait le fier capitaine d’un navire en proie aux mers froides et menaçantes, tandis qu’en face n’existerait qu’un officier d’opérette.

Un jour, on nous annonce le retour de la retraite à 60 ans. Le lendemain, on nous dit qu’il fallait comprendre autre chose. On ne sait toujours pas quoi et on se demande même s’il y avait quelque chose à comprendre.

Toujours au meeting de Marseille, le Président-candidat a poursuivi : « laisser filer les déficits », affaiblir la réforme des retraites en cours, octroyer le droit de vote aux étrangers, « compromettre l’avenir » du nucléaire, c’est « affaiblir la France ».  Et de conclure : « laisser croire que l’on peut affaiblir la France sans risque pour les Français, c’est mentir aux Français »

Tandis que François Hollande entonne la complainte des sans-grades et de la France qui souffre, Nicolas Sarkozy se drape lui dans les atours d’une « France forte », tout aussi bien bouclier du Peuple contre un destin de tragédie grecque que personnalité politique soucieuse de se tourner vers l’extérieur en réponse aux défis de la mondialisation. Exercice périlleux que celui de tenter de marier les deux notions, au risque de rendre chacune des deux postures branlantes.

Il faut bien reconnaître que la situation impose une prise de risque accrue : les sondages semblent montrer une défiance presque « personnelle » d’une grande partie de l’électorat qui le tient pour principal responsable du marasme économique actuel dans lequel se débat la « France d’en-bas ». Ce problème a été bien identifié comme tel par les équipes du Président : l’urgence est donc de déminer le terrain. Les médias proches du pouvoir et les caciques de l’UMP ont battu la campagne pour rappeler la quasi-universalité de la crise (que peu contestable objectivement parlant) et que Nicolas Sarkozy serait la seule figure crédible qui soit à même d’aider la France à y faire face (plus contestable cette fois). Ainsi se verraient escamotés au mieux un bilan somme toute mitigé, du propre aveu de l’intéressé et un début de mandat très « bling-bling ».

Outre la promesse d’un recours accru au référendum, les principales propositions strictement politiques (flattant l’électeur tous azimuts ?) qui viennent d’être annoncées :

– clin d’oeil aux petits partis, et au MoDem et au Front national notamment, le souhait d’incorporer un doigt de proportionnelle aux élections législatives : « il me semble qu’on pourrait corriger à la marge pour que tous les grands courants politiques puissent avoir des parlementaires »,

– aussi, la réduction du nombre de députés, dont l’importance numérique rapportée à la population fait un peu « armée mexicaine » comparé à ce qui existe dans les autres pays développés.

Tout comme François Hollande, Nicolas Sarkozy parie sur l’opinion publique telle qu’elle pourrait être en mai prochain, opinion qui semble donc tiraillée entre un puissant anti-sarkozysme et une inquiétude croissante face à la sourde angoisse du chômage et du déclassement.

Le Président et son entourage estiment que les Français sont prêts, en raison des déflagrations grecques, à entendre un discours de « vérité » sur les mesures douloureuses à réaliser. Que les questions sur les dettes publiques ou sur l’Euro ne sont toujours qu’imparfaitement comprises, mais que l’électeur lambda se rend désormais compte confusément de leur importance sur son quotidien et celui de ses enfants. Nicolas Sarkozy mise sur une France qui refuse de céder aux avances d’un statu-quo rassurant sur le court-terme au profit de réformes difficiles, mais supposées modernes et structurantes.

Or il n’est pas impossible que ces considérations ne suffisent pas à contrer le rejet qu’inspire actuellement Nicolas Sarkozy. Nombreux sont, même parmi les citoyens se réclamant « de droite », à estimer que le changement doit se faire coûte que coûte, fusse au prix du choix d’un candidat plutôt falot, surgi d’une improbable matinée de démence newyorkaise (« DSKgate »).

Le « Dieu opinion » est versatile, gageons que d’ici mai il nous réserve encore bien des surprises, ainsi que des sueurs supplémentaires sur le front des conseillers élyséens.

Jeremy Hureaux

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Passionné de la vie publique et ses méandres, coordinateur du site Politique.com Twitter : @politique

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