Pourquoi Nicolas Sarkozy peut gagner et pourquoi la démocratie en pâtira

Un sondage rendu public par Libération, qu’on ne saurait accuser de complaisance à l’égard de Nicolas Sarkozy, a montré que l’écart entre François Hollande et le président sortant au premier tour n’était plus que de deux points. Cet écart réduit est le signe d’un travail de reconquête de Nicolas Sarkozy et qui rend plus qu’envisageable une réélection quand nombre de commentateurs l’avaient jugé « fini ». Pourtant cette possible victoire ne serait pas une bonne nouvelle pour la Démocratie et c’est pourquoi il serait nécessaire que l’opposition propose enfin une véritable alternative plutôt que miser sur un « anti-sarkozysme primaire » dont on voit bien la volatilité.

Nicolas Sarkozy a eu un mandat compliqué par la crise et par sa propre personnalité. Ses manières ont en effet choqué une partie de son électorat plus encore que certaines de ses décisions les plus controversées. Sa nuit au Fouquet’s lui colle à la peau tout comme son « casse-toi pauv’ con ! », écarts difficilement excusables pour un électorat conservateur, aux yeux duquel De Gaulle reste la figure tutélaire de la droite. Sa personnalité explique en partie sa perte de popularité, or depuis un an, rompant avec la rupture et revenant à la posture présidentielle chère à Chirac ou Mitterrand, la parole du Président s’est faite plus rare. Le Neuilléen effectue un voyage par semaine dans les départements français, tentant de compenser là son manque de racines rurales. Sarko devient le président Sarkozy. La crise est là, elle a touché et touche encore nombre de Français qui avaient cru à l’ancien « travailler plus pour gagner plus ».

Mais son action est perçue comme énergique et est lié à son rôle international puisqu’il semble que la crise doive être réglée au niveau européen. Or, sur la scène internationale, Nicolas Sarkozy a, depuis la présidence française de l’Union européenne en 2008, effectué un quasi sans-faute, au moins dans la forme. Se donnant l’image d’un acteur fort qui résout les problèmes. Aussi est-il fort possible que les Français finissent par juger qu’il est le plus à même pour négocier à l’échelle européenne afin de terrasser la crise.

A cela s’ajoute le fait que la « concurrence » semble s’essouffler, après avoir hurlé cinq ans durant, leur voix porte moins. Dominique de Villepin n’est plus que l’ombre du candidat qu’il aurait pu être, Hervé Morin est un candidat virtuel, Jean-Louis Borloo s’est ravisé. Ne reste au centre que l’inamovible Bayrou dont la cote remonte mais dont le destin semble limité à une éventuelle place de troisième homme. François Hollande, amaigri, investi, n’a pas encore la « présidentiabilité » que sa victoire aux primaires aurait pu/du lui conférer. D’autre part, il semble avoir (momentanément ?) perdu sa capacité à mener la campagne en tête et la presse semble moins complaisante à son égard, suivant en cela la douce pente déclinante des sondages. Jean-Luc Mélenchon est plus dans une candidature de témoignage mais il peut avoir cet « effet Chevènement » qui nous offrirait un nouveau 21 avril en dix ans. Eva Joly est à peu près dans la même situation que Morin, tout juste peut-elle gêner François Hollande. La plus dangereuse, au moins au premier tour, pour Nicolas Sarkozy reste donc Marine Le Pen. L’extrême-droite, dont on lui sait gré d’avoir dérobé sans trop de frais son fond électoral, a repris du poil de la bête durant son mandat. Pourtant, Marine Le Pen n’est pas un danger aussi grand qu’on le croit. Tant que l’UMP refusera toute alliance avec le FN alors cela restera un parti dont la menace n’est que virtuelele. Incapable de gagner les présidentielles ou les législatives, il semble n’être qu’un exutoire pour le vote de citoyens excédés ou trompés par une ignorance des causes profondes des problèmes du pays. Il faut donc parier sur la prédominance de l’esprit démocratique sur la volonté de conserver le pouvoir au sein de l’UMP. La force de Droite Populaire augure mal de l’avenir.

La victoire de Nicolas Sarkozy est donc possible, la droite retrouve le sourire. Malheureusement pour elle, la victoire du président sortant n’est pas souhaitable. Sa politique et son verbe instillent doucement en France des graines qui sont profondément contraires à la façon dont la République s’est pensée depuis sa création. Lorsque Nicolas Sarkozy se rend à Latran et affirme que le pasteur est plus qualifié que l’instituteur pour l’éducation des enfants, il renie l’une des missions fondamentales que s’est donnée la République. Il n’est jamais inutile de rappeler que l’école n’a pas pour mission de préparer les enfants au monde du travail mais à la vie d’adulte et citoyen. L’école doit faire son éducation, lui apprendre sur quels principes ce pays se fonde. Les « hussards noirs de la République » avaient cette mission de former des citoyens, il est regrettable de voir comment le président semble considérer, tant dans ses discours que dans sa politique, que l’éducation est plus une charge qu’une mission. Nicolas Sarkozy semble ignorer un certain nombre d’autres principes républicains, comme le fait que la France soit une et indivisible et qu’aucune différence de traitement entre les citoyens français ne saurait exister. Son discours de Grenoble restera à cet égard comme une tâche dans ce quinquennat.

Mais au-delà de la seule personne de Nicolas Sarkozy, la France a maintenant vécu dix ans sous un gouvernement de droite et, si l’on considère l’ensemble de la cinquième, la droite aura gouverné le pays durant à peu près quarante ans, si l’on tient compte des différentes cohabitations. Sur six présidents, cinq de droite. La démocratie ne peut se résumer au monopole d’un parti sur le pouvoir, il est salutaire pour le pays comme pour ce parti de pratiquer l’alternance. En effet, le degré de corruption du personnel politique tend à augmenter avec le nombre d’années qu’il reste sans discontinuer au pouvoir, d’où les « atmosphères de fin de règne » au terme des mandats de Giscard, Mitterrand ou Chirac et déjà de celui de Sarkozy.

La Démocratie a besoin de cette respiration mais la gauche ne doit pas pour autant se reposer sur cette seule volonté d’alternance et proposer un projet crédible tenant compte des réalités économiques et sociales du pays et proposer une véritable alternative aux années grises sous la droite.
La France a besoin d’une respiration démocratique si elle veut s’éviter un mouvement de contestation d’une ampleur comparable à celui des Indignés, qui l’entraverait dans son mouvement vers la sortie de crise.

Etienne Viniane

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

Une réponse à “Pourquoi Nicolas Sarkozy peut gagner et pourquoi la démocratie en pâtira” Subscribe

  1. Félicité 16 janvier 2012 at 22 h 53 min #

    Autant j’étais perplexe avant, mais autant maintenant j’ai envie de vomir.

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