Quel Premier ministre à Matignon ?

Quel Premier ministre à Matignon ?

Chaque Président de la République s’est fait son (ou ses) idée(s) de ce que doit être l’équilibre entre le Président et son Premier ministre. Rocard, Chaban, Debré ? De quel style se rapprochera le plus le Premier ministre que François Hollande choisira ?

Comme prévu, au lendemain de l’élection présidentielle la valse aux portefeuilles ministériels a commencé. Au centre des tractations le poste de Premier ministre qui sera normalement pourvu le 15 mai après la cérémonie d’investiture. O combien important ce choix donnera  l’orientation que François Hollande veut donner au changement. D’autant plus que dans sa longue tirade  « Moi Président » du débat de l’entre-deux tours le candidat qu’il était alors avait promis qu’il ne serait pas le chef de la majorité. Dès lors on peut imaginer que le futur Premier ministre sera plus qu’un « collaborateur » comme le fut François Fillon précédemment et donc que son poids sur le quinquennat à venir sera d’autant plus important.

L’équilibre Premier ministre-Président de la République n’a jamais été facile à trouver sous le régime actuel tant le Président est un « géant politique » issu du scrutin universel direct et le Premier ministre un « nain politique » nommé par le premier et vivant sur un siège potentiellement éjectable. Par quelques comparaisons entre prétendants à l’Elysée et anciens premiers ministres, essayons de mieux comprendre les enjeux de cette nomination.

  • Manuel Valls, l’ouverture centriste à la Michel Rocard

Si le 15 mai François Hollande nomme Manuel Valls Premier ministre on se retrouvera dans un cas comparable au gouvernement Rocard de 1988. A l’époque François Mitterrand avait nommé Michel Rocard dans un esprit d’ouverture vers le centre. Manuel Valls est non seulement le « fils spirituel » de l’ancien Premier ministre mais surtout sa position à l’aile droite du Parti socialiste serait un gage d’ouverture à l’attention des centristes et de leur chef de fil François Bayrou qui s’était déclarer en faveur de Hollande entre les deux tours.

Pour la Présidence de François Hollande la nomination de Manuel Valls serait un vrai apport politique mais pourrait s’avérer conflictuel au vu des divergences d’idées. En 1991 Rocard quittait son poste de Premier Minsitre suite à des désaccords avec le Président…

  • Martine Aubry, l’indépendance de Jacques Chaban-Delmas

Le choix de Martine Aubry pourrait s’apparenter au choix de Chaban-Delmas fait par Pompidou en 1969. Comme Chaban avait été choisi en tant que « gaulliste historique » pour combler le manque de légitimité gaulliste de Pompidou, la « Dame des 35h » pourrait être nommée pour donner à notre nouveau Président social-démocrate un penchant plus à gauche.

De plus Jacques Chaban-Delmas avait été un des premiers ministres les plus indépendants du Président, un équilibre annoncé par François Hollande durant la campagne et que pourrait bien remplir la maire de Lille au vu de son expérience ministérielle et de son fort tempérament. En 1972 Pompidou avait renvoyé Chaban, celui-ci s’étant trop émancipé du Président en présentant son programme de « nouvelle société ».

Autre point commun : Jacques Chaban-Delmas était à l’époque le favori du parti majoritaire, les parlementaires l’ayant déjà soutenu pour occuper Matignon en 1968 sous la présidence de Charles de Gaulle. Aujourd’hui Martine Aubry se retrouve dans la même position : elle est non seulement la secrétaire nationale du Parti socialiste mais surtout en tête des sondages réalisés parmi les sympathisants socialistes.

  • Michel Sapin, la proximité qu’avait Michel Debré avec le Général

En choisissant Michel Sapin , François Hollande ferait un choix comparable à celui qu’avait fait De Gaulle en nommant Michel Debré. Tous les deux proches de la première heure de leur président, Michel Debré (résistant gaulliste) et Michel Sapin (camarade de classe de François Hollande à l’ENA) sont également des hommes qui ont construit pièce par pièce la victoire du Président, Michel Debré en tant que concepteur de la Cinquième République, Michel Sapin en tant que rédacteur du projet présidentiel.

Nommer un ami Premier ministre ne présente aucun apport politique stricto sensu mais se fait au profit de l’efficacité administrative. En effet l’expérience ministérielle et les compétences de technocrate de Michel Sapin seraient un atout pour les réformes de début de l’alternance comme l’avait fait Michel Debré pour lancer le fonctionnement d’une République naissante.

  • Jean-Marc Ayrault, le « clone politique » que fut Alain Juppé

« Jean-Marc Ayrault Premier ministre », si cette annonce a longtemps parue illusoire, elle se fait de plus en plus probable depuis les résultats de l’élection présidentielle. Si elle venait à se confirmer il y aurait dans la nomination de Jean-Marc Ayrault une certaine proximité avec celle d’Alain Juppé en 1995. En donnant Matignon au maire de Nantes François Hollande ferait le choix de travailler avec un « clone politique », un homme étant sur la même ligne doctrinaire. Ce choix aurait pour avantage d’assurer une certaine cohésion au sein de l’Etat et d’éviter tout conflit entre le Président de la République et son Premier ministre. C’est le choix qu’avait fait Jacques Chirac en 1995 avec Alain Juppé. De plus les deux hommes ont cela en commun qu’ils sont et ont été les leaders de leur majorité : Alain Juppé en tant que président de l’UMP en 1995 et Jean-Marc Ayrault en tant que Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale depuis 1997.

Au final c’est un choix entre deux équilibres que doit faire demain François Hollande. Equilibre institutionnel entre Matignon et l’Elysée en nommant Premier ministre un homme fidèle à la personne et aux idées du Président ou équilibre politique en nommant un(e) Premier ministre qui serait un complément du Président et donnerait des gages à gauche ou au centre de l’échiquier politique.

Romain Halbfisch

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Quand un athlète Alsacien, perdu dans la brousse Sud Africaine pour cause de troisième année de science po se met à divaguer sur la politique!
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2 réponses à “Quel Premier ministre à Matignon ?” Subscribe

  1. jean valjean 14 mai 2012 à 18 h 17 min #

    Le poste de secrétaire général de l’Elysée aurait également été proposé à Pierre Moscovici, le directeur de campagne du candidat Hollande, rapporte Le Figaro. Mais, selon le journal, l’élu du Doubs aurait décliné l’offre, la fonction n’étant « pas à sa hauteur ».

    Un refus qui pourrait lui coûter cher, met en garde l’entourage du président élu dans les colonnes du quotidien : « dans la logique de François, les plats ne repassent pas deux fois. »

    LOLOLOL

  2. Aurélien 15 mai 2012 à 13 h 31 min #

    « Alain Juppé en tant que président de l’UMP en 1995. »
    Point de l’UMP, mais du RPR. L’UMP n’est née que 7 ans plus tard.

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