Les principaux enseignements des Législatives 2012

Au lendemain du second tour des élections législatives, plusieurs remarques sont à signaler au niveau de l’évolution de la vie politique française.

L’issue du second tour des élections législatives a confirmé la victoire du PS à la dernière élection présidentielle. Le PS remporte ainsi 314 sièges en « collaboration » avec les supplétifs du Parti radical de gauche, et donc la majorité absolue à l’Assemblée nationale. L’UMP est nettement distancée avec 228 sièges, ce qui confirme leur défaite à l’élection présidentielle. Europe Écologie-Les Verts dispose lui de 17 députés, ce qui lui permet de réussir son pari en obtenant le premier groupe parlementaire écologiste de l’Histoire de la Vème République grâce à l’accord passé avec le PS qui leur a attribué une soixantaine de circonscriptions.

Quant au Front de Gauche, il obtient 10 députés, ce qui est trop peu pour créer un groupe parlementaire qui était leur objectif premier afin de favoriser l’émergence de leur nouveau parti. Le Front national fait son retour au Parlement avec 2 députés. Le Modem n’obtient quant à lui qu’un résultat famélique, avec lui aussi 2 députés.

Le PS sur la dynamique de la Présidentielle

Après la victoire de François Hollande, le PS s’est retrouvé en situation idéale pour obtenir une majorité confortable à l’Assemblée nationale. La disposition temporelle des élections législatives permet ainsi au parti vainqueur de la Présidentielle de confirmer sa légitimité car les législatives sont placées à seulement un mois d’intervalle. De plus, dans l’exécutif de la Vème République, le Président doit disposer d’une majorité claire à l’Assemblée pour effectuer ses réformes, c’est pourquoi le résultat des législatives en faveur du parti présidentiel est fort probable.

Enfin, tous les ministres du gouvernement Ayrault ont remporté leur circonscription, ce qui prouve la confiance manifestée par les Français dans le nouveau gouvernement. Pour finir, le PS a remporté la majorité absolue à l’Assemblée sans même compter sur les députés du Front de gauche et de EELV, ce qui témoigne d’une grande puissance parlementaire.

La régression de l’UMP

Pour l’UMP, l’affront est énorme. L’ancien parti de la majorité présidentielle passe ainsi de 314 députés en 2007 à 228 aujourd’hui. La chute vertigineuse subie par l’UMP témoigne ainsi d’un désaveu général envers ce parti mais aussi d’une défaite logique au vu de l’organisation de l’Exécutif. L’UMP n’a ainsi pu relever la tête après la perte de l’élection présidentielle et a été mis en difficulté dans certaines circonscriptions par le Front national. L’UMP a donc été l’otage du parti frontiste dans certaines circonscriptions comme a pu l’être Nadine Morano dans la 5ème circonscription de Meurthe-et-Moselle. Là-bas, elle a fait des appels du pied prononcés aux électeurs du Front national afin de remporter la circonscription alors que la tradition républicaine du parti aurait pu l’inciter à ne pas se laisser tenter par cette extrémité.

De plus, la crise identitaire traversée par l’UMP a été révélée par le retrait de Roland Chassain de la triangulaire concernant la 16ème circonscription des Bouches-du-Rhône, afin de permettre à la candidate FN, Valérie Laupies, de bénéficier du soutien de l’UMP face au socialiste Michel Vauzelle. Le clivage naissant entre les droites républicaine et populaire au sein de l’UMP va probablement accentuer la crise des valeurs et de gouvernance du parti dont la recomposition s’annonce délicate.

Le Front national : troisième force politique de France

Avec l’élection de deux candidats frontistes, le Front national peut se targuer, après sa troisième place à l’élection présidentielle, de retrouver l’Assemblée nationale alors qu’il est considéré comme un parti anti-républicain. En effet, les élections de Marion Maréchal-Le Pen et de Gilbert Collard vont permettre au FN d’effectuer une percée politique et de faire prendre conscience à l’ensemble du paysage politique français que, désormais, il va falloir composer avec eux. De plus, le FN a été le facteur déterminant du déroulement de certains scrutins.

Par exemple, à Tourcoing dans le Nord, où Gérald Darmanin (UMP) a terminé premier grâce au report de voix du FN, qui avait terminé troisième au premier tour. De plus, le Front national est désormais capable de réaliser des scores importants jusqu’à faire fortement chanceler les principaux partis. À Hénin-Beaumont, par exemple, où Marine Le Pen a certes fini deuxième mais a réalisé le score de 49,89% des voix contre 50,11% à son adversaire socialiste, Philippe Kermel (qui l’emporte donc d’une très courte tête). Le FN peut ainsi espérer à l’avenir poursuivre son ascension et compter sur d’éventuelles déceptions liées au quinquennat Hollande.

La quasi-disparition du Modem

Le Modem a quant à lui subi une défaite monumentale caractérisée par le très faible nombre de députés obtenus (qui est désormais de deux) tandis qu’il était l’arbitre de l’élection présidentielle de 2007. Le symbole même de ce camouflet retentissant est la défaite de son leader François Bayrou dans la 2ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques. Son classement est ainsi symptomatique de l’effacement presque total du Modem dans le paysage politique français. Bayrou a ainsi été battu dans son fief par la socialiste Nathalie Chabanne alors qu’il en était le député depuis 1986, soit 26 ans de mandat !

Bayrou a notamment payé sa prise de position en faveur de François Hollande lors du deuxième tour de l’élection présidentielle où pour la première fois, il donna une consigne de vote bien précise. Les électeurs traditionnels du Modem ont ainsi été déstabilisés par cette annonce et n’ont probablement plus trouvé d’intérêt à donner leur confiance à un candidat qui a « trahi » leur famille politique. Après avoir été devancé à la Présidentielle par les deux partis populistes, FN et Front de Gauche, le Modem va devoir se pencher très sérieusement sur la nouvelle ligne idéologique à adopter afin de fédérer à nouveau et de récupérer ses électeurs sous peine de subir prochainement une éradication électorale.

Le droit à l’erreur n’est plus permis

Avec une domination politique totale sur tous les organes politiques du pays (Assemblée nationale, Sénat, conseillers généraux, régionaux, communes, Présidence de la République), le PS n’aura aucune excuse pour ne pas décevoir ses nombreux électeurs. Le PS a ainsi toute latitude pour mener à bien ses réformes sans quoi le risque d’un retour en grâce de l’UMP ou d’un vote populiste massif pourrait avoir lieu à l’avenir. L’inquiétude doit être prise au sérieux par le PS étant donné l’abstention record qui a caractérisé ces élections (43,71%) et qui prouve que malgré une forte mobilisation à la présidentielle, les Français attendent très rapidement des résultats concrets et sont de plus en plus tentés par un vote sanction.

Nordine Khouane

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.
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