Printemps Arabe Tunisien. Et maintenant ?

C’était il y a 3 ans. Mohammed Bouazizi, vendeur de fruits et légumes à Sidi Bouzid, petite ville au centre de la Tunisie, s’immolait par le feu pour protester contre la confiscation de sa marchandise par les autorités. Son acte désespéré est à l’origine de la révolution du jasmin puis du Printemps arabe. Trois ans après le début de cette révolution, Politique.com vous propose de faire le point.

« Le peuple veut la chute du régime« , « Le gouvernement va tomber aujourd’hui« … Oui, le peuple reprend des slogans qui datent de la révolution de 2010. Non, le peuple n’est pas satisfait… Et pour cause! La Tunisie, cette ancienne perle du monde arabe, pays laïc, progressiste, n’est plus. La révolution a entraîné la chute de Ben Ali mais a conduit à l’élection d’Ennahda, parti islamiste se proclamant « centriste » et « modéré ». Rached Ghannouchi, chef du parti, rafle la majorité des sièges à l’Assemblée constituante (41,7%) lors des élections du 21 octobre 2011.

Depuis, le parti a présenté de nombreuses propositions de constitutions, toutes contestées par l’opposition qui accuse Ennahda de vouloir appliquer la charia de manière rigoureuse. Le parti majoritaire s’est alors engagé à démissionner dès l’adoption d’une nouvelle constitution, de la mise en place de nouvelles élections et de la désignation d’un Premier ministre indépendant. Raté : les négociations avec l’opposition sont gelées suite à un désaccord concernant le choix du premier ministre…

Embrasement

Depuis les élections du 21 octobre 2011 (premières élections libres depuis l’indépendance en 1956!), les crises politiques ne cessent de se multiplier. Les assassinats des opposants Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi survenus respectivement le 6 février et le 25 juillet derniers ont suscité une vague de colère dans le pays. Boubaker Hakim, salafiste extrémiste est le coupable présumé de ces assassinats. Suivent les meurtres de six gendarmes survenus à Sidi Bouzid en octobre dernier suite à des affrontements avec un groupe djihadiste armé.

Le bilan de ces trois dernières années est lourd. L’économie peine à se redresser. Le chômage s’est aggravé, touchant à peu près 16% de la population aujourd’hui. Les touristes désertent le pays, les Tunisiens fuient… Bref : le pays s’essouffle.

Premières victimes de cette descente aux enfers : les femmes. Dans l’un des brouillons de la constitution proposée par Ennahda, l’article 27 stipule que « L’Etat assure la protection des droits de la femme, de ses acquis, sous le principe de complémentarité avec l’homme au sein de la famille et en tant qu’associée de l’homme dans le développement de la patrie ». Egalité devient donc complémentarité. Un bond en arrière pour ce pays qui a autorisé l’avortement 19 ans avant l’adoption de la loi Veil en France! Plusieurs ONG féministes ont alors élevé la voix pour demander le retrait de l’article qui « constitue une violation des acquis des femmes et de leur humanité » selon Ahlem Belhaj, présidente de l’Association des femmes démocrates.

Plus de deux ans après le printemps arabe, la colère gronde toujours en Tunisie. Le parti au pouvoir, Ennahda, est de plus en plus désavoué par le peuple et des milices pro-islamistes se renforcent. A croire que derrière le Printemps arabe se cachait l’Hiver islamiste.

Chahrazade Housni

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Au sujet de La rédaction de Politique.com

Lire tous les articles de La rédaction de Politique.com

Aucun commentaire actuellement

Laisser un commentaire