François Hollande, vers une politique sécuritaire décomplexée

Afin de barrer l’idée que le Parti socialiste est incompétent à l’égard des questions liées à la sécurité, François Hollande a commencé à révéler les grandes lignes de son programme en la matière lundi dernier à Dijon. C’est notamment en raison d’une faiblesse sur ce dossier que Lionel Jospin n’avait pas réussi à atteindre le second tour des élections présidentielles de 2002 selon les politologues. C’est donc dans l’optique d’éviter un nouveau revers électoral, que le candidat socialiste s’est prononcé sur ce sujet. 

Selon François Hollande, « Même sur ce terrain-là, la droite est en danger aujourd’hui, il faut la chercher sur son bilan et montrer que nous avons les capacités de faire mieux ». « Nous sommes sortis de l’idée qu’il y aurait d’un côté la droite, qui s’occuperait de la sécurité, et de l’autre la gauche, qui s’occuperait de l’économie et du social » .

Son programme s’axe avant tout sur la dissuasion, la protection, la réparation et la sanction. Cela se traduit par une reforme de la pratique judiciaire, exercée par le juge des enfants, qui devra selon le candidat accélérer la rapidité de l’exécution des peines prononcées. Le suivi des mineurs délinquants devra également être rallongé, du « début à la fin ». « Tout acte de délinquance devra trouver une sanction » ont répété les colistiers de l’élu corrézien. Ces projets de réformes font donc directement écho aux 130.000 peines non exécutées en France actuellement, permettant indirectement de dénigrer le bilan de Nicolas Sarkozy (pourtant élu en partie pour son projet à l’égard de la sécurité), malgré le récent rapport Ciotti visant à atténuer cette malfaçon juridique. Les  «centres de vidéo-surveillance» devront également être généralisés selon le PS (sous la surveillance de comités d’éthique veillant aux libertés individuelles).

L’organisation d’une réunion au sein d’un comité de prévention et de sécurité des quartiers fut également jugée adéquate pour le candidat socialiste pour prononcer les grandes lignes de son projet. La proposition d’une mise en place de contrats locaux de tranquillité publique pour prévenir la délinquance a été proposée, ainsi que le retour de la police de proximité et la création de «100 à 120» zones de sécurité prioritaires sur lesquelles seront concentrés les nouveaux effectifs de police . Ces zones de sécurité seront déterminées par le Parlement. L’idée de la création de 5000 postes dans la police, la gendarmerie et la justice fut également soulevée (malgré la récente polémique à l’égard du projet d’embaucher 20 000 postes supplémentaires dans l’éducation par le parti socialiste). « Cela se fera à effectif constant de la fonction publique et dans la limite d’un budget en croissance de 1%« ,  a répété François Hollande. «Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur avait créé 10.000 postes de policiers que Nicolas Sarkozy président de la République a supprimés. Cela illustre son incohérence. Nicolas Sarkozy c’est le va et le vient, le zig et le zag, le hue et le dia » a notamment déclaré le candidat socialiste. L’idée d’une sécurité juste et décomplexée fut donc le mot d’ordre, malgré la volonté contestée d’interdire les peines planchées dans le domaine judicaire.

Cette visite à Dijon fut également l’occasion de mettre en avant François Rebsamen, « chef du pôle sécurité » pendant cette campagne PS et présumé futur ministre de l’Intérieur en cas d’une victoire de la gauche.

De son côté l’ancien ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, a estimé lundi dans un communiqué que le programme sur la sécurité de François Hollande reflétait « le manque total de crédibilité du Parti socialiste en matière de lutte contre la délinquance ». « Par son retour aux vieilles recettes et son absence cruelle d’imagination, le candidat socialiste consacre un retour à l’inaction et la naïveté des années du gouvernement Jospin qui avaient eu pour conséquence directe une explosion de la délinquance en France ». Chacun sait que la police de proximité n’a jamais fait baisser la délinquance dans notre pays. Entre 1997 et 2002, les violences aux personnes avaient même augmenté de 55 % en seulement cinq ans », a-t-il déclaré. Selon cet ancien locataire de la place Beauvau, l’organisation des « zones de sécurité prioritaire » entraineront inévitablement des redéploiements d’effectifs qui se traduiront immanquablement par un véritable abandon de pans entiers du territoire national, notamment dans les zones rurales » a t-il notamment ajouté.

Quant à Eric Ciotti, secrétaire national de l’UMP chargé de la sécurité, il a de son côté critiqué « l’attitude irresponsable et démagogique » de François Hollande. « M. Hollande semble découvrir l’importance de la lutte contre la délinquance des mineurs (…) Je tiens à rappeler que lui et ses collègues parlementaires se sont farouchement opposés à toutes les dispositions que le gouvernement a mis en place pour lutter plus efficacement contre la délinquance des mineurs« ,  a notamment écrit M. Ciotti dans un communiqué.

Quoi qu’on en dise, il est fort probable que la sécurité soit à nouveau un sujet majeur de la présidentielle, comme en 2007. A François Hollande à présent de prouver que la gauche reste crédible sur ce sujet malgré les revers du passé.

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

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