Oser un protectionnisme et une baisse du temps de travail pour une politique de civilisation

UN PROTECTIONNISME EUROPEEN POUR SORTIR DE L’IMPASSE

Le mirage du modèle Allemand

Le PS et l’UMP font front commun. Le 10 juillet, Jean-Marc Ayrault a conclu la conférence sociale par un objectif : « améliorer la compétitivité de nos entreprises ». Il a, lui aussi, comme le disait Alain Juppé le 28 août dernier, ciblé « le vrai problème de l’économie française » : sa compétitivité. Il y a, dès lors, aucune surprise à ce qu’affirme Le Monde dans son édition du jeudi 4 septembre. Le gouvernement se dirigerait vers une baisse des cotisations patronales de 40 milliards d’euros sur cinq ans pour réduire le coût du travail. Si cette politique se confirme, la France serait en parfaite adéquation avec la stratégie de Lisbonne, qui a pour icône Gerhard Schröder. L’Europe doit devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique. Cette politique, issue de « l’Agenda 2010 » allemand (1) provoque une atonie de la demande. En effet, pour dynamiser les entreprises, les gains en compétitivité-coût se font au détriment du pouvoir d’achat. La cible prioritaire des entreprises devient donc les exportations.

L’objectif de la stratégie de Lisbonne qui promeut la mise en concurrence frontale des systèmes productifs est une fable. Une contraction de la demande à l’échelle européenne provoquerait un grave problème de débouchés et précipiterait l’Europe dans la dépression. En effet, à qui va-t-on vendre nos produits sachant que le premier marché des pays européens est l’Europe ?

Un plan de relance seul ne résout rien

Suite à la crise des subprimes, les pays occidentaux ont essayé de relancer l’économie par de grands plans de relance. Néanmoins, l’exemple du plan américain est probant. L’enveloppe de 787 milliards débloqués par la FED en 2009 a davantage gonflé les importations que la production locale. Selon le cabinet d’analyse financière Ferri, les importations américaines ont augmenté de 759 milliards entre 2009 et 2012 (1559 milliards en 2009 / 2318 milliards en 2012). Ainsi, dans une société du libre-échange, le pouvoir d’achat distribué par les plans de relance file directement dans les pays à bas-coûts pour alimenter leur machine économique.

Un protectionnisme européen pour relancer l’activité

Compte tenu de l’ampleur des dumpings, la solution pour relancer l’activité passe par le recours à des taxes aux frontières européennes. Ce protectionnisme est appliqué par tous les pays du monde. Seul l’Europe se veut encore comme le bon petit soldat du libre-échange. L’ouverture du marché public européen en est un symbole criant : il est le plus ouvert du monde – à hauteur de 90% contre 32% aux Etats-Unis et 0% au Brésil, Chine et Inde -.

Pour sortir des fariboles du gagnant-gagnant (ou plutôt perdant-perdant) promis par le libre-échange, les dirigeants européens doivent s’unir pour lutter contre ce dumping par le biais d’une taxe carbone ou environnemental, d’une taxe en fonction des normes respectées …

A n’en pas douter, la mise en place de mesures protectionnistes, permettrait un net recul du chômage mais peut-on aller plus loin ? Est-il envisageable d’appeler au « plein emploi » ?

AGREMENTÉ D’UNE BAISSE DU TEMPS DE TRAVAIL

Les limites à l’emploi du protectionnisme

Penser que le protectionnisme est une réponse au chômage de masse est une chose. Mais il est tout à fait différent de penser qu’il est une solution pour le plein emploi. Les emplois que doit générer les mesures protectionnistes ont un plafond qui découle du lien étroit entre croissance et productivité. La croissance permet le dégagement de gains de productivité. En France, par la révolution industrielle du 19ème siècle et l’invention du travail à la chaîne (1820 – 1960), la productivité a été multipliée par deux. De 1960 à aujourd’hui, elle a été multipliée par cinq par la robotisation des lieux de production. On produit donc la même quantité mais avec moins d’emplois.

Pour pallier à ce phénomène, jusqu’en 1980, les gouvernements successifs français ont divisé le temps de travail par deux ce qui a permis un plein emploi. Or, depuis 1980, alors que la productivité a explosé nous sommes incapable de faire évoluer notre contrat social : le nombre d’heure travaillé est resté en moyenne à 38,9 heures (source : DARES, Bruyère et alii – 2006). Ainsi, pour tirer pleinement profit d’un protectionnisme européen le débat sur le temps de travail doit être rouvert. Couplée à un protectionnisme, la baisse du temps de travail permet d’envisager un objectif de plein emploi. En effet, selon une étude du ministère du travail en 1997, une baisse du temps de travail pour passer à la semaine de quatre jours permettrait de créer 1 600 000 emplois – à peu près l’équivalent de la moitié du nombre de chômeur en France -. Cette forte réduction du temps de travail serait financée en activant les dépenses de chômage.

Mettre en place un projet de société

Prôner une baisse du temps de travail, pour renforcer le temps libre c’est sortir d’une logique où l’homme est réduit à un être économique : l’homme fabrique pour fabriquer, il n’est qu’un moyen pour des moyens. Selon Günter Anders (2), il faut sortir de ce système néolibéral qui a détourné les hommes du monde qui les entoure. Ils ne sont qu’un moyen de croissance où l’intérêt individuel prédomine. L’homme se représente en un unique sujet alors qu’il fait partie d’un tout interdépendant : le monde. Les hommes ont ainsi perdu leur culture, leur savoir-vivre dans la société qui les entoure. En ne se représentant plus la finalité de leur propre activité, il ne se considère plus comme faisant partie d’une société. Dès lors, la baisse du temps de travail doit être corrélée à une politique culturelle ambitieuse qui promeut l’ouverture au monde par la compréhension de celui-ci et de ses enjeux et par une culture accessible à tous et non marchande. Il faut montrer aux hommes qu’ils font partis d’une entité globale et que toutes ses actions sont intemporelles et inspatiales, qu’ils retrouvent la finalité de ses actions pour agir non plus dans son intérêt mais pour l’humanité. Cette politique culturelle doit passer par exemple par la gratuité des musées, des évènements culturels et des monuments historiques, la décentralisation des grands musées parisiens comme l’ont déjà fait le Louvre à Lens et le centre Georges Pompidou à Metz ou par la promotion de la culture dès l’école primaire par le biais de la multiplication des sorties culturelles, de journées à thèmes.

Ce changement d’organisation du temps social au profit d’un temps libre orienté vers la « vraie culture » peut permettre à l’Homme de se découvrir dans la globalité du monde et d’œuvrer pour le bien être de l’Humanité.

Thomas Schott

(1) Notre article sur le modèle allemand

(2) De l’obsolescence de l’homme – Günther Anders

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