PSA licencie en masse !

PSA licencie en masse !

Hier, PSA a annoncé l’arrêt de la production de ses sites automobiles à Rennes et Aulnay-sous-Bois en 2014. Ce plan de restructuration économique a suscité la panique d’une partie de la classe politique et la colère des salariés.

Le groupe PSA (connu pour ses marques emblématiques Peugeot et Citroën) a donc officialisé la mauvaise nouvelle. Les sites d’Aulnay-sous-Bois et de Rennes seront fermés d’ici 2014, ce qui provoquera la suppression de 8.000 emplois. Des licenciements significatifs seront actés à Rennes, où 1.400 emplois seront supprimés ainsi que le non-renouvellement des 300 intérimaires embauchés récemment, mais plus encore à Aulnay-sous-Bois, où 3.000 contrats vont disparaître.

Cette nouvelle soudaine, immédiate et inattendue pour le gouvernement Ayrault va notamment renforcer l’hypothèse de la désindustrialisation du pays mais aussi celle du manque de compétitivité face aux autres pays industrialisés. De plus, les conséquences de ce plan social ne seront pas négligeables pour l’emploi français car seulement 1.500 salariés seraient reclassés sur l’ensemble des licenciés, ce qui signifie que 7.500 emplois seront définitivement « perdus ».

Le fléau de la désindustrialisation française

Pendant le quinquennat Sarkozy, de nombreux plans sociaux ont été effectués, notamment sur les sites sidérurgiques d’Arcelor-Mittal à Gandrange et Fos-sur-Mer, mais aussi, sur le plan sectoriel, au sein de sociétés liées à l’industrie automobile telles que Continental et Michelin. En outre, l’une des principales entreprises automobiles françaises, Renault, avait inauguré le 9 février dernier sa nouvelle usine géante à Tanger, au Maroc. Une nouvelle qui est venue corroborer la crainte de délocalisations massives des responsables politiques et des salariés de l’ensemble des sites de production automobile français.

La principale cause de cette vague de licenciements que certains jugent « abusifs » est bien évidemment le coût du travail, qui rebute beaucoup de dirigeants de grosses entreprises industrielles. Celles-ci préfèrent dorénavant délocaliser à l’étranger, où les charges sociales et patronales sont beaucoup moins contraignantes/ coûteuses qu’en France, sans que l’État n’agisse. Celle-ci possède la particularité d’avoir un système de protection sociale très étoffé par rapport à ses voisins européens et aux autres pays dans le monde, ce qui implique la nécessité d’inclure de nombreuses cotisations sociales (c.a.d. des charges) pour financer la Sécurité sociale française. Cependant, dans de nombreux autres pays, comme en Chine ou au Maroc, les salaires moyens sont bas, le coût social dérisoire, ce qui permet aux entreprises de maximiser leurs profits grâce à une main-d’oeuvre bon marché.

Le premier gros coup dur du quinquennat Hollande

Depuis son élection à la présidence de la République, François Hollande n’a jamais dû affronter une seule tempête. Le seul séisme fut l’affaire du tweet de Valérie Trierweiler mais celui-ci fut provoqué par la Première dame, et donc de dimension privée. Cette fois-ci, les problèmes sont liés aux entreprises françaises  et ne sont donc pas inhérents, stricto sensu, à l’État. De plus, la tendance politique du gouvernement (Parti socialiste), qui est de défendre les intérêts des salariés, ne peut laisser un plan social d’une telle ampleur se produire.

Aussi, François Hollande avait promis que son quinquennat serait celui de la concertation. Il voulait ainsi mettre un terme à la passivité du gouvernement Fillon sur les plans sociaux déjà effectués dans le pays. Ainsi, les décisions unilatérales prises par les entreprises sur le sol français ne devaient plus voir le jour sous la gouvernance socialiste. Or, le plan social annoncé par PSA montre bien que cette entreprise aurait délibérément refusé d’alerter le gouvernement sur ses agissements dans l’industrie automobile. Le gouvernement Ayrault est aussi visé dans cette absence de concertation car il n’a pu prévenir le plan social conséquent de PSA.

François Hollande avait, en ce sens, remplacé le poste de ministre de l’Industrie par celui de ministre du Redressement productif, en vue d’éviter la désindustrialisation croissante du pays à travers la négociation avec le patronat industriel. Si le gouvernement avait été plus prévoyant, au regard de la jurisprudence Arcelor-Mittal, il aurait pu entamer des négociations plus tôt pour éviter une restructuration brutale qui inflige un désemparement total aux salariés. Le gouvernement Ayrault se retrouve ainsi quelque peu complice de passivité à l’égard de ce plan social, ce qui le contraint à réagir dans l’urgence.

Le gouvernement Ayrault demande des explications

Lors de son interview du 14 juillet, François Hollande avait jugé le plan de PSA « inacceptable » et à « renégocier ». De plus, il a annoncé que « l’État ne se laissera pas faire ». Cette fois-ci, François Hollande se retrouve dans l’obligation d’agir au regard d’une perte massive d’emplois qui aura un rejaillissement direct sur le chômage, lequel grimpera encore un peu plus. Or, Hollande avait précisé durant sa campagne sa volonté d’enrayer le chômage et la désindustrialisation. Il a ainsi pris certaines mesures en vue de remédier à la fermeture des usines PSA mais aussi afin de maintenir sa crédibilité sur la politique sociale du pays.

Le gouvernement a ainsi mandaté un expert, l’ingénieur des Mines Emmanuel Sartorius, afin d’analyser les comptes de PSA. L’objectif visé par Matignon est de vérifier si un plan social de cette envergure est nécessaire et si l’entreprise a réellement des comptes suffisamment négatifs pour justifier la fermeture de plusieurs de ses sites. Ensuite, Arnaud Montebourg a annoncé un plan de soutien à la filière automobile lors du Conseil des ministres le 25 juillet prochain. La volonté du gouvernement est donc ici d’agir dans l’urgence et de limiter les dégâts suite à un plan social qui l’aurait totalement abasourdi le jour de son annonce.

En outre, Matignon veut ainsi réinstaurer un dialogue social avec l’ensemble des partenaires sociaux, objectif que la direction de PSA a visiblement ignoré. Montebourg recevra ainsi les délégués syndicaux de PSA mardi prochain, et le président du directoire de PSA, Philippe Varin, mercredi prochain, afin d’obtenir des explications « plausibles » sur le plan social et d’en trouver des solutions de sortie de crise industrielle.

La marge de manoeuvre reste très étroite

En effet, contrairement à Renault, où l’État est actionnaire à 15% du capital, PSA est une entreprise entièrement privée qui possède une liberté d’action totale sur la direction commerciale de son entreprise et sur les choix stratégiques à opérer dans l’intérêt de son groupe industriel. PSA n’est ainsi pas tenu de rendre des comptes à l’État sur les décisions prises par son groupe, ni même d’accepter les propositions du Gouvernement.

Cependant, des mesures de coercition existent même si elles sont de faible portée. Le Crédit impôt recherche pourrait ainsi être retiré à l’avenir à PSA si une solution satisfaisante n’est pas trouvée. De plus, si le rapport d’expertise remis à Matignon par Sartorus révélait une situation économique honorable pour PSA, le Gouvernement pourrait ainsi remettre ledit rapport aux représentants du comité d’entreprise afin de soutenir la demande d’annulation du plan social devant le Tribunal de grande instance.

Des mesures simples d’ajustement sont évidemment les plus crédibles telles que le chômage partiel et un dispositif de formation professionnelle. Ces mesures permettraient de laisser un sursis aux futurs chômeurs, en leur laissant un revenu décent et une possibilité de bénéficier d’une formation, ce qui leur permettrait de se reclasser dans d’autres secteurs à l’avenir. De plus, François Hollande avait assuré qu’il engagerait des dépenses uniquement dans les secteurs de l’éducation, la justice et la sécurité, ce qui implique que des dépenses dans l’industrie sont exclues.

Ainsi, l’État ne pourra intervenir qu’avec des moyens exceptionnels, au vu de la gravité de ce plan social, mais en parallèle très limités pour enrayer ce plan social puisqu’il ne faut pas compromettre la réduction du déficit public à 4,5% du PIB fin 2012. En l’état actuel des choses, sauf si des irrégularités présentes dans le rapport montre une volonté de licenciements abusifs/ inutiles, le plan social aura malheureusement lieu et l’État ne pourra se limiter qu’à un simple rôle d’infirmier pour les salariés dans le plan social de PSA.

Nordine Khouane

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.

One Response to “PSA licencie en masse !” Subscribe

  1. Expert en licenciement pour faute grave 12 août 2014 at 12 h 48 min #

    On peut effectivement considérer cela comme abusif. Même si le fameux coût du travail en France est bien évidemment un handicap pour nos industriels. Cela va être très compliqué pour le gouvernant d’inverser la courbe du chômage et de limiter au maximum les licenciements.
    De plus en plus d’entreprises prévoient de nombreux licenciements. PSA n’est qu’un exemple parmis des milliers d’entreprises.

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