Quand Henri Pena-Ruiz traite David Pujadas de « chien de garde » !

 Alors qu’Henri-Pena Ruiz le philosophe encarté au Front de Gauche présentait sa vision de la crise économique actuelle [1], critique à l’égard des politiques d’austérité en Europe, il n’a pas pu s’empêcher d’adopter face aux médias un discours du « tous pourris » qui n’est pas sans rappeler celui que tient parfois Marine Lepen quant elle estime que son avis n’est pas assez relayé. David Pujadas est nommément pris en exemple pour illustrer cette déviance.

 

Henri Pena Ruiz contre les journalistes

 Evidemment, toute critique du capitalisme se devait d’être élargi, comme d’habitude, à la critique du « système », c’est-à-dire tous ceux qui favoriseraient l’exploitation des travailleurs en propageant la doxa libérale. Ainsi, Henri Pena-Ruiz s’en prend aux journalistes devant la cinquantaine de personnes présentes, l’air grave ; comme si les locaux de l’EDMP où se tenait la conférence du Front de Gauche abritait un groupe d’irréductibles résistant au Big Brother de Georges Orwell.

 L’appel au « camarade Jean-Luc » fait office d’incantation. Chez Pena Ruiz, on commence par critiquer « l’idéologie dominante », tous médias confondus ! « Regardez aujourd’hui le rôle que joue les médias pour toujours valider l’approche que font les libéraux de l’économie, c’est hallucinant ! ». Donc les journaux comme Libération ou Minute, et tous les sites internets alternatifs, hétérodoxes, d’extrême droite ou d’extrême gauche auxquels les citoyens peuvent accéder sont priés d’arrêter leur propagande libérale. On notera ici que Pena-Ruiz propose une vision binaire du champ politique et journalistique propre aux extrêmes. C’est « eux » contre « nous ».

 

Le philosophe et Pujadas

 Pena-Ruiz ne résiste pas à l’envie de donner comme exemple de cette déviance du système politico-médiatique le cas de Davis Pujadas, journaliste et présentateur du journal télevisé de 20h sur la chaine publique d’information France 2. Il nous adresse auparavant un bref rappel de ce qu’il pense lui, philosophe d’inspiration communiste, des journalistes : « beaucoup de journalistes fonctionnent comme ce que Paul Nizan appelait les chiens de garde [2]  de l’idélogie dominante. On appelle chiens de garde les gens qui au lieu de réfléchir sur les causes reproduisent de façon passive et servile l’idéologie dominante. »

 Puis il enchaîne sur David Pujadas, coupable pour avoir critiqué le camarade Jean-Luc Mélanchon : « Ce n’est pas trop étonnant de la part des grands jounalistes  qui- par leur salaire- ont des revenus apparentés à ceux qu’ils défendent. Quand M. Pujadas fait la leçon ou prétend la faire à Jean-Luc parce que Jean Luc a mis en cause effectivement des niveaux de richesses excessifs qui sont confrontés à de tels niveaux de misères, c’est le chien de garde qui monte la garde sur le système dont il est lui-même bénéficiaire ». Henri Pena Ruiz fait preuve ici d’une certaine propension à la calomnie en taxant ce journaliste de profiteur, et ne définira d’ailleurs jamais au cours de cette réunion le « système » dont il parle.

 Rappelons quand même quelques chiffres intéressants pour démontrer à M. Pena-Ruiz que son parti, le Front de Gauche, et son allié, le PS, ne subissent pas de discrimination en matière de temps de parole dans les médias. Lors des dernières présidentielles de 2012 [3], si Nicolas Sarkozy a totalisé 59h 23m  et 17s de parole soit 28.9 % du temps de parole de l’ensemble des candidats, François Hollande a débattu pendant 58h 09m et 09s (28.3 %) tandis que Marine Le Pen s’est adjugé 26h 49m et 23s (13.1 %) et son principal rival Jean-Luc Mélanchon 19h 34m et 05s (9.5 %). Ainsi l’addition de la droite culmine à 42 % de temps d’écoute et la Gauche à 37,8 %.

On ne peut donc évidemment pas conclure que des « chiens de garde » du « système » empêcheraient les idées de gauche et d’extrême gauche de trouver un relais dans les médias. Des lois garantissent des temps de paroles et permettent ainsi à tous les candidats de s’exprimer. Il n’y a finalement qu’une seule certitude : c’est que tous les membre de partis politiques pensent que « les médias » ne diffusent pas assez leurs idées.

 

Edouard d’Espalungue

 

Notes

[1] La conférence a eu lieu le 27 juin 2013, dans les locaux de l’EDMP, 8 impasse Crozatier, 75012, Paris.

 [2] Le livre : «Les chiens de garde » de Paul Nizan, Réédition Agone, 2012 préface de Serge Halimi. Un film, pour comprendre par l’image, « Les nouveaux chiens de garde » de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat.

 [3] Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a dressé un bilan des temps de parole des candidats, comptabilisés entre le 1er janvier et le 19 mars 2012.

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