Rififi familial dans le clan Le Pen ?

Vont-ils éclipser Marine Le Pen ? Voilà la question que tout le monde se pose. Le Front national va entrer à l’Assemblée nationale. Une première depuis le 16 mars 1986 après le passage au scrutin proportionnel pour les législatives, promesse de campagne de François Mitterrand, avec un FN disposant alors de 35 sièges.

Marine Le Pen, la chef de file du Rassemblement Bleu Marine avait prévenu : « Un député, ce serait déjà une victoire». Elle ne pensait pas si bien dire, puisque non pas un, mais deux frontistes siègeront au Palais Bourbon, sans compter Jacques Bompard, ex-Front national qui est lui aussi élu. Pari réussi donc pour la fille de Jean-Marie le Pen, mais pas forcément celui attendu. Marine le Pen a été battue sur le fil dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, défait par le socialiste Philippe Kemel. Mais une Le Pen fera bien son entrée à l’Assemblée nationale. Dans la famille, on demande cette fois la nièce.

La jeune Marion Maréchal-Le Pen, 22 ans à peine, est élue dans la 3e circonscription du Vaucluse et devient la plus jeune députée de toute l’histoire de la République française, succédant à Saint-Just, élu à 24 ans en 1791. Gilbert Collard, qui a présidé le comité de soutien de Marine le Pen pendant la Présidentielle, aura lui aussi son siège. Mais alors qu’il est déjà connu comme étant un « grand agitateur » de la vie publique, que Marion Maréchal-Le Pen fait ses premiers JT, peuvent-ils éclipser celle qui a été leur mentor durant la campagne ? Alors qu’elle avait promis de devenir « le porte-parole de la nouvelle droite française », Marine Le Pen aura moins de légitimité à s’exprimer dans les médias. Pour une raison simple : si les deux élus frontistes n’auront quasiment aucun pouvoir décisionnel (la gauche étant majoritaire, et le Front national n’ayant au final que deux élus), ils devraient, s’ils veulent exister véritablement sur la scène médiatico-politique, prendre la parole, et essayer d’exister par le verbe.

Cela tombe bien pour l’avocat Gilbert Collard, un habitué des phrases chocs, des invectives et des déclarations tonitruantes. Souvenons-nous de « l‘avocat des enfants d’Izieu » au procès de Klaus Barbie ou bien lorsqu’il défendait Laurent Gbagbo après sa chute et quand, d’après ses dires, il négociait en secret avec des émissaires du colonel Kadhafi dans un hôtel de Djerba. Au soir de son élection, il n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler qu’il serait un « casse-couille démocratique ». On ne peut pas être plus clair. Une aubaine pour les médias, qui, sans Nadine Morano, Claude Guéant, ou encore Valérie Rosso-Debord, tous battus aux législatives, ont peut-être trouvé en lui le nouvel agitateur politique dont ils sont friands. Les caméras vont inévitablement se tourner vers le personnage, sans parler des incidents de séance qu’il ne manquera pas de provoquer au vu de son « historique ». Quant à la benjamine de l’Assemblée nationale, Marion Maréchal-Le Pen, nul doute qu’elle veuille ses preuves au plus vite. Même si, pour l’instant, elle reprend le discours semi-policé de sa tante, insistant par exemple sur le thème fédérateur du pouvoir d’achat lors de son intervention au journal télévisé de France 2, elle ne manquera pas de trouver ses marques dans ce qui constitue la ligne d’expression du parti.

Se faire entendre de manière « très vocale », voilà ce qui semble être la seule solution pour exister politiquement sur le flanc droit de l’échiquier politique comme l’ont illustré ses aînés avant elle. Bien coachée par sa tante et surtout par son grand-père, venu la féliciter le soir de sa victoire, la jeune Marion ne manquera de se perfectionner. Celle qui découvrait hier dans le journal ce qu’étaient les responsabilités d’un député est la favorite de son grand-père qui n’aurait, disent certains, pas supporté que sa fille lui fasse de l’ombre, voire ce qui serait un véritable lèse-majesté familial : qu’elle change le nom de son parti politique. Avant tout, elle porte un nom qui fait vendre, dans une circonscription plutôt favorable aux thèse du parti d’extrême-droite. Nous ne saurons pas, pour l’instant, qui de Gilbert Collard, de Marion Maréchal-Le Pen ou de Marine le Pen elle-même, sera finalement le porte-voix du Front national.

Mais une chose est sûre : avec la victoire de la petite dernière, c’est selon certains toute un comportement clanique qui pourrait imploser. Le grand-père soutenant corps et âme sa petite-fille, Marine souhaitant coûte que coûte faire table rase des idées véhiculées par son père, et Gilbert Collard jouant les trouble-fêtes, voilà les ingrédients parfaits d’un scénario à la Dallas. Un remake du Congrès de Marignane, qui, les 23 et 24 janvier 1999, avait marqué la scission entre les lepenistes et les mégretistes  ?  La victoire pourrait donc bien faire place à une « guerre interne », le Front national, comme d’autres, est ainsi fait. Marion Maréchal-Le Pen a-t-elle les épaules assez solides pour prendre la relève ?

Jordan Allouche

  • Liens utiles :

L’analyse de Libération.fr

Portrait de Marion Maréchal le Pen, par le JDD

Résultats de la 11ème circonscription du Pas-de-Calais, où Marine le Pen a été battue

Résultats de la 3ème circonscription du Vaucluse, où Marion Maréchal le Pen a été élue

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