Racisme : la polémique sur un plateau d’argent

« La guenon mange ta banane ! » criait en octobre dernier une fillette qui tendait une banane à Christiane Taubira en déplacement à Anger. Aïe. Puis, la Une de Minute. C’est parti. Les médias s’emballent et la polémique est lancée. Pourtant la majorité s’est saisi très mollement d’un sujet avec lequel elle est traditionnellement à l’aise.

Sarkozy : « Un fait divers, une loi »

« Un fait divers, une loi », voilà le principe majeur de la communication de l’ancienne majorité. Voire même une loi, un fait divers, avec l’affaire Merah qui semblait venir illustrer, a postériori la nécessité du fort virage à droite de la campagne présidentielle.

Se saisir des journalistes pour livrer une certaine conception du réel

Pour la gauche française, le mandat de Nicolas Sarkozy est marqué par la stigmatisation des musulmans. L’existence d’un ministère de l’identité nationale de 2007 à 2009, l’interdiction du voile intégral sur la voie publique, la sur-médiatisation des descentes de police chez des présumés terroristes islamistes. La démarche était la suivante : se saisir des journalistes et de l’actualité pour présenter une certaine conception du réel : celle d’un pays en perte d’identité. Identité rongée par la montée de l’Islam et sa radicalisation.

Hollande et les médias, une relation plus dépassionnée

Au contraire, Hollande semble souvent arriver trop tard, et de façon maladroite. Pensez à Léonarda ! Comme une forme de froid entre le Président et les médias. Selon Denis Pingaut, en voulant prendre le contre-pied avec l’ère Sarkozy, François Hollande aurait « jeté le bébé de la communication avec l’eau du bain sarkozyste”. C’est-à-dire qu’en voulant rompre avec son prédécesseur, Hollande s’est interdit d’en conserver les bons cotés. L’actuel chef de l’Etat aurait pu reprendre cette attention quotidienne donnée aux médias, qui faisait de Nicolas Sarkozy un homme politique à l’aise avec la modernité.

Le saint graal : l’agenda politique

Plus spécifiquement, Hollande ne maîtrise pas l’agenda politique. Contrairement à son prédécesseur, il ne parvient pas à dicter les sujets médiatiques aux journalistes. C’est d’ailleurs l’opinion de Jacques Gerstlé, professeur de Science Politique à Paris-1. Selon-lui, le problème consiste justement dans la maîtrise de l’agenda politique : « Celui qui contrôle cet agenda fait une grande partie du travail essentiel lié à l’exercice du pouvoir. Or François Hollande a encore du mal à se faire entendre et sa majorité ne lui facilite pas la tâche ».

La léthargie de la classe politique

Mais le plus étonnant, c’est que la polémique sur le racisme était une occasion en or pour reprendre la main sur ce fameux « agenda ». Christiane Taubira, la ministre insultée, s’étonnait qu’aucune « belle et haute voix » ne se soit levée. Certes, le Premier ministre et le Président ont tous les deux donné leur soutien lors du conseil des ministres suivant l’événement. Mais c’est vraiment en douceur que la polémique s’est soulevée dans la classe politique.

Les médias : un relais autonome

Finalement, les meilleurs relais de ce sujet auront été les médias. Pour preuve, un mois après les événements d’Anger, FranceTVinfo publie un article qui titre « La France de 2013 est-elle raciste ? ». Quelques jours plus tôt, le journal Le Monde publie un papier intitulé « le racisme progresse-t-il en France ? ». Et quelques semaines plus tôt, c’était à Libération de titrer en une « Injure raciste, incitation à la haine, ASSEZ ! ». Et la liste n’est pas exhaustive.

Le cadeau de minute.

La délicatesse veut que l’on ne refuse pas un cadeau. Mais le gouvernement a balayé d’un revers de la main cette polémique que Minute lui offrait sur un plateau d’argent. Ni intervention présidentielle, ni projet de loi. Pourtant ce ne sont pas les idées qui manquent. Alors qu’au contraire, lors de l’affaire Léonarda, l’intervention télévisée avait quelque chose de clownesque. Réduisant la figure présidentielle à un interlocuteur qui intervient pour des faits divers sans parvenir à proposer une réelle solution politique.

Il ne s’agit pas de faire le procès en amateurisme du gouvernement. Mais plutôt de constater que dans ces tempêtes médiatiques qui bousculent quotidiennement le monde politique, l’art de saisir les bonnes fenêtre d’opportunités semble échapper à l’actuelle majorité. La polémique sur le racisme va finalement se désamorcer, sans qu’aucune solution politique ne soit trouvée pour ce sujet d’une importance pourtant majeure.

Manque de volonté politique ou maladresse? Un peu des deux probablement.

Samuel Bernard

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Au sujet de La rédaction de Politique.com

Lire tous les articles de La rédaction de Politique.com

Aucun commentaire actuellement

Laisser un commentaire