Référendum sur le chômage : votons le droit à la paresse

Référendum sur le chômage : votons le droit à la paresse

En proposant un référendum sur l’obligation des chômeurs à accepter un emploi, Nicolas Sarkozy semble alimenter le mythe du chômeur-profiteur et montre à nouveau l’égarement de notre système qui fait du Travail un nouveau Graal.

Il est de ces hypocrisies devenues si structurelles qu’il devient difficile de les percevoir. Le mythe du travail comme moyen d’émancipation de l’Homme est bien de celles-ci. Aujourd’hui le travail est sacralisé, le chômage devient ainsi le poison de la société et le chômeur un parasite social. Si le chômeur est en difficulté sociale est-ce  vraiment parce qu’il a perdu son travail ou parce que l’image qu’on lui renvoie de sa position est dégradante ? Allons, rêvons un peu et déconstruisons ce mythe.

Commençons par relativiser. Non le travail n’est pas une valeur sacrée inscrite dans la nature humaine mais un postulat érigé en valeur cardinale par notre société christiano-capitaliste. Une chose est sûre, ce mythe du bonheur du travail n’est pas intemporel. Les Romains le rangeaient parmi les Sordidae Artes, les « arts sordides », quant aux Grecs antiques ils considéraient le chômage comme un bien, une condition de leur citoyenneté. Pour être un animal social le citoyen grec devait se concentrer de tout son être à la chose publique, à la philosophie, à l’Art… Tant d’activités incompatibles avec le Travail mais qui permettaient à l’Homme de se réaliser.

Malheureusement les justes pensées des Grecs se heurtaient à un problème matériel : si l’Homme doit passer son temps à paresser, qui lui fait son pain ? La grande trouvaille de l’époque fut de répondre à cette équation par l’exclusion d’une partie de l’Humanité du statut de citoyen, la réduisant en esclavage.

Nous condamnons la paresse et choisissons l’esclavage

Aujourd’hui nous avons une solution à cette équation : la machine pourrait prendre la place de l’esclave et nous libérer ainsi tout le temps nécessaire à la réalisation de notre nature humaine. Le progrès technique pourrait nous offrir à tous la citoyenneté (cf. au sens grec de « liberté »), la magnificence d’une vie de paresse consacrée à la joie et à la réflexion. Au lieu de cela nous condamnons la paresse et choisissons de tous devenir esclaves.

L’origine de cet échec philosophique de notre Société est l’image véhiculée du chômage. Déconstruisons deux des arguments brandis par ceux qui expliquent que le chômage est la misère de l’Homme et que rien ne vaut plus que le travail.

Le premier consiste à dire que le chômage est une cause de désocialisation. En effet aujourd’hui perdre son emploi est bien souvent vécu comme un malheur par l’individu, non parce qu’il lui évite de se tuer à la tâche mais parce que le chômeur est traité comme un pestiféré par son entourage. Si sa femme le quitte, ce n’est pas parce qu’elle ne supporte pas de l’avoir physiquement à la maison mais parce qu’elle a honte de dire à ses copines que son mari a perdu son activité professionnelle. Si ses amis se détournent de lui c’est qu’ils estiment qu’il est devenu un fardeau, un vampire vivant du bénéfice redistribué de leur travail.

Ce n’est donc pas l’absence de travail en soi qui est à l’origine de la désocialisation du chômeur mais bien l’image que « les gens » se font du chômeur et qu’ils renvoient comme une claque à la face de celui qui a « perdu » son travail.

« Le chômage abîme l’Homme », nous marchons sur les mains !

Le second argument consiste à dire que le chômage est terrible car il abîme le capital humain (belle et cruelle expression). Plus l’hypocrisie est grande mieux elle passe ! Le travail occupe une place tellement centrale dans la vie de l’Homme qu’on en vient à considérer que l’on s’abime plus dans la paresse qu’en travaillant à la chaine !

Le chômeur s’étiolerait en perdant toute estime de soi car il ne se sentirait plus utile à la société. C’est peut-être le cas aujourd’hui mais ne serait-ce-t-il pas parce qu’on n’explique pas aux citoyens que le travail n’est pas seul utile à la société : prendre le temps d’élever ses enfants, s’engager dans le milieu associatif, comprendre la chose publique et faire de la politique sont autant d’occupations utiles à la société auquel le chômeur pourrait se livrer.

Le chômeur s’abîme encore, en oubliant, avec la paresse, son « savoir-faire » proclament certains. Mais de quel savoir faire terrible pour l’humain parle-t-on ? Celui du plombier qui se casse le dos les mains dans la fange ? Celui du peintre en bâtiment qui inhale son cancer dans les pots de peintures ? Celui de la caissière dont l’aliénation et l’abrutissement sont le quotidien ? Tout ces soi-disant savoir-faires ne sont rien de moins que des tâches d’exécution dont la machine pourrait se charger. La vérité c’est que le chômage pourrait offrir le temps de développer de nouveaux savoirs : l’écriture, l’art, la réflexion…

En changeant la perception du chômage, en désacralisant le travail l’Homme aurait l’occasion de réaliser le rêve d’un vieux barbu nommé Karl Marx : que l’homme moderne soit celui qui arrive à se détacher de l’aliénation du travail.

A condition bien sur d’augmenter toujours plus la taxation du capital et d’éduquer les citoyens tout au long de la vie l’heure ne sera plus à obliger aux chômeurs d’accepter des boulots sous-payés et dégradants mais à décréter le « Droit à la paresse » !

Romain Halbfisch

Tags:, , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Quand un athlète Alsacien, perdu dans la brousse Sud Africaine pour cause de troisième année de science po se met à divaguer sur la politique!
A lire aussi :

Pas de commentaires encore.

Laissez une réponse