Quand la fission n’est pas que nucléaire

A l’heure où le froid touche la société française, les pouvoirs publics s’inquiètent des récents pics de consommation électrique, qui montrent les forces et les faiblesses de notre production énergétique. Ce qui relance le débat sur le nucléaire, qui représente une part majeure de notre production d’électricité.

100.500 mégawatts : c’est le pic de consommation électrique enregistré jeudi 9 février 2012. Les Français, loin d’être des épargnants d’électricité, ont montré l’importance d’avoir une production viable et efficace. Or, en France, 75% de cette production sont assurés par le nucléaire, objet de débats farouches entre ses partisans et adversaires.

C’est « la moins chère des plus sûres » sources d’énergie, selon Eric Besson, ministre de l’Industrie, un danger selon les écologistes. Mais, dans une période de déficits extérieurs sans précédents, l’importation d’énergie est devenue inabordable.

Revenons un peu en arrière : après les fameux chocs pétroliers des années 1970, la France a décidé de se doter de cette nouvelle forme de production d’électricité pour ralentir l’importation de pétrole et autres énergies fossiles. Le but étant de réduire l’addition au maximum. La question de la dépendance énergétique est devenue cruciale. 58 réacteurs nucléaires se sont alors construits, et la France est même devenue l’un des experts du nucléaire dans le monde avec Areva. Mais la donne a changé. L’accident de Fukushima a montré à quel point cette source d’énergie était dangereuse.

Les candidats à la présidentielle se sont alors livrés à une vraie joute médiatico-verbale pour exprimer leur intention de conserver, de réduire, de supprimer ou de remplacer le nucléaire par les énergies plus propres et moins problématiques. On a d’ailleurs assisté à un vrai cafouillage sur la question du MOX (question ignorée par la plupart des Français) au moment de la signature du traité de coopération entre Europe-Ecologie-Les Verts et le Parti socialiste. Nicolas Sarkozy a profité de sa visite à Fessenheim la semaine dernière pour tacler François Hollande sur sa décision de réduire la part du nucléaire en France, arguant que ce dernier n’avait même pas le courage de se déplacer dans cette usine, objet de toutes les préoccupations et de tous les débats.

Mais réfléchissons-y un peu : nous avons besoin d’énergie, nous sommes des leaders reconnus du nucléaire, et, à moins de planter des éoliennes à chaque kilomètre, nous n’avons pas de source alternative assez efficace pour le remplacer. Ces derniers jours, 55 des 58 réacteurs français étaient en fonctionnement, et on s’inquiétait de ne pas pouvoir produire assez d’électricité pour alimenter l’ensemble des foyers. Le coût de l’électricité en France est l’un des moins élevés d’Europe, bien que son prix risque d’augmenter dans les prochaines années. On nous explique d’un côté que la rénovation de nos centrales en coûtera aux consommateurs, de l’autre que le démantèlement sera pire encore. L’heure des choix a sonné.

Un autre problème se pose : par quoi le remplacer ? Certes, il existe des sources alternatives dites « vertes ». Mais ces sources ne sont que très peu produites en France, donc ne rapportent pas grand chose à l’Etat, et leur exploitation représente moins d’emplois que le nucléaire. Sans compter que leur efficacité est encore bien moindre.

Ainsi, une vraie question surgit aujourd’hui : en dehors du danger que le nucléaire représente (catastrophe naturelle, attaque terroriste principalement), a-t-on vraiment le choix ? Si l’on ne veut pas revenir au temps des bougies, les autorités devront se pencher sur cette question rapidement, sans quoi il sera trop tard.

CGD

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.
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2 réponses à “Quand la fission n’est pas que nucléaire” Subscribe

  1. Jeremy Hureaux 12 février 2012 à 14 h 32 min #

    Merci Corentin pour l’article, très instructif.
    Je suis moi-même natif d’un département qui a la « chance » d’abriter une centrale, et ne me suis jamais réjoui à cette idée, mais il faut bien reconnaître que tout changement d’orientation dans la politique énergétique de la France serait comme se tirer une balle dans le pied dans les circonstances économiques que nous connaissons.

    Le nier est une folie.

    Pour compléter ton propos, il faut évoquer très vite l’attractivité pour les investissements, notamment étrangers, d’une électricité peu chère comparée à d’autres voisins européens. Un de nos rares avantages compétitifs qui puisse emporter une décision « go/ no go » !

  2. Hugues 14 février 2012 à 23 h 34 min #

    La question de l’énergie est l’une de celle qui ne nous laissera jamais en repos. L’énergie nucléaire a des avantages bien connus à court terme et tant qu’il n’y a pas d’accident majeur. Il est cependant indispensable d’organiser la sortie du nucléaire, mais cela prendra du temps et exigera des efforts de chacun. En effet, la vraie solution est dans une double action : la réduction de la consommation d’électricité et d’énergie fossile d’une part, l’investissement massif dans d’autres formes d’énergie renouvelables d’autre part. Cela suppose de changer tous nos comportements, de les réinterroger et d’être prêt à financer avec nos impôts une recherche coûteuse.

    Réduire notre consommation énergétique polluante et dépendant de ressources limitées et extérieures est possible techniquement, de même que de développer d’autres formes d’énergies renouvelables, mais cela suppose une volonté politique et un consensus populaire sur cette question. Cela nécessite un travail d’explication et une action aussi déterminée que constante dans la durée. Or, les effets bénéfiques et maléfiques des choix énergétiques sont longs à se faire ressentir. Ceci ne plaît guère à nos politiques spécialistes du court terme.

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