La difficile rentrée de Hollande !

Depuis le début du mois de septembre, François Hollande doit faire face à de nombreux problèmes qui minent le pays tels que le chômage, l’éducation et la crise de confiance dans l’exécutif mais aussi d’identité du PS.

François Hollande doit donc s’atteler à la dure tâche qui lui incombe depuis qu’il a été élu Président de la République : le redressement du pays. Or, à part une loi sur le harcèlement sexuel, une loi de finance rectificative et la réduction des salaires du Président et de ses ministres, la majorité présidentielle n’a pas encore mis en place de mesures significatives capables de redonner espoir à tout un pays. De plus, le Président du « changement » se sait attendu au tournant par une opinion publique attendant beaucoup de lui en ces temps de crise, c’est pourquoi il a décidé de passer à l’action et d’annoncer quelques mesures censées redorer son début de quinquennat.

Des mesures d’urgence

François Hollande l’avait promis dans la 34ème proposition de son programme présidentiel. Il va mettre en oeuvre en janvier 2013, 100.000 emplois d’avenir. Ceux-ci concerneront les jeunes âgés de 18 à 25 dotés d’une faible expérience ou n’en ayant aucune. Ces derniers seront alors embauchés durant un an en CDD renouvelable pendant 3 ans avec possibilité de pérenniser leur emploi. Hollande veut ainsi remédier à la hausse importante du chômage intervenue en juillet où pas moins de 40.000 chômeurs sont venus grossir les rangs du Pôle emploi, soit 1,6% de chômeurs en plus. Les futurs signataires des contrats d’avenir seront répartis dans des secteurs en forte demande tels que le médico-social, l’animation ou encore l’environnement.

De plus, le même type de contrat sera mis en vigueur dans l’enseignement. En effet, Vincent Peillon a annoncé que 6.000 emplois d’avenir « professeur » seront créés dès 2013 pour permettre aux étudiants boursiers en 2ème année de licence de bénéficier d’un emploi à temps partiel à condition qu’ils s’engagent à passer un concours de l’enseignement. Le contrat tablera sur une rémunération de 900 euros mensuels pour des postes dans une structure éducative allant du soutien scolaire à la surveillance. Cette mesure va permettre de relancer la filière de l’enseignement, en berne ces dernières années, où le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite a amputé l’Éducation nationale d’un grand nombre de professeurs. De plus, ces contrats permettront d’encourager les jeunes à épouser de nouveau l’enseignement.

Des ajustements insuffisants 

En effet, la durée reste le principal problème des contrats d’avenir. Une fois les trois dernières années de contrat effectuées, le jeune peut se retrouver au mieux pérenniser ou au pire au chômage. Le point négatif de cette mesure met ainsi cruellement en avant la précarisation de ces contrats, ce qui prouve que le gouvernement souhaite pour le moment colmater les brèches du Pôle emploi afin de limiter un tant soit peu le nombre de chômeurs. De plus, le nombre de ses contrats d’avenir révèle le manque de conviction de l’exécutif car seulement 100.000 de ces contrats entreront en vigueur dès janvier. Or, le taux de chômage des jeunes s’élèvent à 22,5% soit 471.700 jeunes sans emploi, ce qui prouve bien l’absence d’impact de ces contrats car pas moins de 300.000 jeunes ne pourront pas y accéder.

Ensuite, ces contrats seront destinés en priorité aux jeunes issus des zones urbaines sensibles alors que les jeunes chômeurs sont aussi majoritairement présents dans les campagnes et les centres urbains. De plus, le niveau d’études requis pour obtenir un contrat d’avenir pose évidemment débat car 1/3 des jeunes diplômés dans l’enseignement supérieur en 2011 n’ont occupé aucun poste depuis la fin de leurs études. Or, ces contrats d’avenir ne concerneront que les jeunes sans diplômes ou titulaire d’un CAP ou BEP.

Cependant, pour ce qui est des emplois d’avenir « professeur », l’avantage d’obtenir un emploi à temps partiel dans une structure éducative permettra à nombre d’étudiants d’obtenir un complément à leur bourse d’étude ainsi qu’une pratique continue dans le milieu éducatif. Le gouvernement souhaite ainsi insérer plus de jeunes sur le marché du travail car la signature de ces contrats permettra d’augmenter le nombre de jeunes actifs.

Le gros point noir reste l’obtention du concours car aucun des signataires ne sera avantagé lors du concours, ni ne bénéficiera d’une aide à la préparation du concours. Ainsi, si l’appât du gain encouragera certains étudiants d’entreprendre la filière éducative, le problème de la réussite au concours restera entier et sans solution, et les futurs échecs des candidats viendront renforcer les 23.000 professeurs vacataires de l’Éducation nationale, déjà plombés par les échecs au concours et les suppressions de postes.

La stratégie de gestion de crise se retourne contre Hollande

En cette rentrée, Hollande doit notamment faire face à une popularité en chute libre. En effet, avec 59% de mécontents, Hollande se retrouve face à la plus grande perte de confiance populaire envers un Président de la République depuis 1995. Il a ainsi perdu 11 points d’opinions favorables. Cette chute peut s’expliquer par la gravité de la crise et donc la nécessité d’action publique qu’elle nécessite. De plus, l’arrivée d’un Président de gauche au pouvoir poussait à l’optimisme car elle signifiait l’interventionnisme budgétaire à travers des mesures sociales significatives.

Or, François Hollande reste empêtré dans ses contradictions car son principal objectif reste la réduction des déficits et l’assainissement des finances publiques. Il doit en effet réduire le déficit budgétaire à 4,5% du PIB fin 2012 puis à 3% fin 2013. De plus, avec le vote prochain du nouveau pacte budgétaire européen que tous les parlementaires socialistes vont  voter positivement, Hollande sera désormais dans l’obligation de respecter son engagement budgétaire sous peine de sanctions budgétaires. Hollande prévoit notamment de nouvelles hausses d’impôts à hauteur de 20 milliards d’euros comme il l’a annoncé hier soir au 20h de TF1.

Cependant, Hollande ne s’est pas attaqué au fléau des plans sociaux qui s’accumulent notamment depuis l’été dont les plus marquants restent PSA et Doux, ni imposé des mesures sociales d’envergure attendues pour enrayer le chômage. Son déficit de popularité réside donc en grande partie dans le manque de dépenses publiques en matière sociale et l’attachement à la rigueur budgétaire, or l’identité même du PS est de corriger les effets négatifs de la mondialisation à travers l’État considéré comme le pôle d’impulsion principal à toute politique sociale. Pour le moment, François Hollande a fait le choix de la soumission à la rigueur budgétaire européenne avec quelques petits ajustements au niveau de la réduction des inégalités.

Hollande face au problème conjugué du temps et de la crise

En ces temps de crise, les Français attendent d’un chef d’État une capacité d’action rapide et radicale. Or, François Hollande a réagi hier soir au 20h de TF1 en annonçant qu’il allait organiser le changement en deux ans. Cette annonce ne sera pas idéale pour composer avec l’opinion publique. De plus, avec une croissance en berne (de l’ordre de 0,8% en 2013) et un engagement budgétaire européen à tenir, François Hollande va devoir résoudre une problématique de taille : comment organiser la rigueur tout en respectant les fondements du socialisme à la française ?

Nordine Khouane

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.

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