Rentrée universitaire pour le PS !

À La Rochelle, le Parti socialiste a effectué sa rentrée sur fond de solidarité gouvernementale mais aussi d’orientation politique à suivre pour le parti durant le quinquennat. Cependant, quelques dissensions internes subsistent, malgré la « puissance présidentielle » du PS.

Le Parti socialiste s’est donc écarté de la gouvernance du pays l’espace de quelques jours pour se projeter vers le renouvellement de la direction du parti et la nouvelle ligne de conduite afférente à adopter. En effet, depuis la victoire de François Hollande à la dernière Présidentielle et la mainmise totale du PS sur tous les organes politiques du pays (communes, départements, régions, Sénat, Assemblée nationale), l’organisation même du parti a été finalement occultée depuis près de quatre mois. Ainsi, les principaux ténors socialistes étaient présents pour débattre de l’avenir du parti, maintenant que celui-ci se trouve dans le rôle d’acteur principal du pouvoir en place et non plus de l’opposition.

Le problème nouveau du costume présidentiel

Le Parti socialiste se trouve donc dans une position très différente de celle du congrès de Reims de 2008, où il se retrouvait dans une configuration post-défaite à l’élection présidentielle de 2007. De plus, le parti se devait de mettre en place un projet cohérent en contradiction avec celui de l’UMP, alors au pouvoir. Une véritable stratégie d’opposition devait être mise en place en vue de déstabiliser l’UMP et d’être en mesure de remporter les élections présidentielles de 2012.

La réflexion aujourd’hui est tout autre car le PS est au pouvoir et donc l’ensemble de ses membres sont logiquement soumis à la politique de François Hollande et ses logiques, puisque désormais membre le plus « éminent » du PS en tant que Président de la République. Le PS est donc à la croisée des chemins quant à la nouvelle ligne à suivre, et doit désormais se résoudre à cette simple équation : doit-il poursuivre le débat d’idées ou se soumettre sans mot dire aux ordres de l’Élysée ?

Bilan flatteur pour Aubry

Martine Aubry a également annoncé qu’elle quitterait son poste de Premier secrétaire du PS, après quatre années de gestion couronnées de succès. À la tête du parti, elle peut se targuer d’avoir remporté toutes les élections intermédiaires et, cerise sur le gâteau, aider à gagner la Présidentielle. De plus, à son arrivée au sommet du parti en 2008, elle a hérité d’un parti déchiré qui ne possédait pas de leader naturel et qui manquait donc d’une autorité claire et permanente.

Aubry a également réussi à rassembler l’ensemble des différentes tendances du parti afin de lui permettre de posséder, en 2012, ce qui lui avait fait défaut en 2007 : l’union. De plus, elle a mis son ego de côté après sa défaite aux primaires en 2011 pour se ranger aux côtés de François Hollande et lui permettre de devenir Président de la République, malgré les inimitiés avec celui-ci. Sans oublier qu’elle a parfaitement su gérer le désistement de DSK après son scandale, en enfilant le bleu de chauffe et en se présentant aux primaires « contre son gré ».

Discipline gouvernementale ou réservoir d’idées ?

Préalablement à son départ, Martine Aubry a notamment insisté sur la logique-phare du PS qui a permis leur victoire présidentielle : l’unité du parti. Elle a ensuite répété qu’il devait poursuivre sa rénovation, et notamment son intégration européenne. Aubry signifie par là qu’il faut se ranger derrière la bannière du fédéralisme européen, et donc que tous acceptent sans exception le nouveau Pacte budgétaire européen qui sera soumis au Parlement en octobre. Cependant, toutes les tendances présentes au PS ne sont pas d’accord avec le principe de la Règle d’or budgétaire qui pourrait voir le jour.

En effet, l’aile gauche du PS (symbolisée par Benoît Hamon, ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire, Jérôme Guedj, député de l’Essonne, et Marie Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris) est contre la perte de la souveraineté budgétaire de la France. Effectivement, avec l’adoption de la Règle d’or budgétaire dans la Constitution, la France sera soumise au respect des normes budgétaires de l’Union européenne. Si elle ne les respecte pas, elle subira des sanctions économiques de la part de l’U.E.

Le vote positif du nouveau traité européen auquel est soumis l’ensemble du PS n’est donc pas du tout du goût de son aile gauche. Celle-ci veut donc que le PS reste une table de propositions autour de laquelle certaines questions importantes doivent être débattues, et non un simple lieu d’exécution des directives de l’Élysée. C’est pourquoi, la « gauche » du PS veut qu’une motion parallèle à celle de la motion gouvernementale soit présentée lors du congrès de Toulouse, le 26 octobre prochain. Cette motion désignera ainsi un candidat au poste de Premier secrétaire afin de barrer la route à la motion gouvernementale Aubry-Ayrault.

Le PS est donc soumis à un dilemme. En effet, si Aubry a exhorté le parti à faire le choix de la discipline européenne, elle a également insisté sur la rénovation du parti. Or, cette rénovation passe par des propositions au sein même du parti, ce qui nécessite une distance avec l’Élysée. En effet, le gouvernement restera trop occupé à appliquer le programme présidentiel de Hollande pour faire de nouvelles propositions, donc seul le parti est en mesure de pouvoir mettre en place de nouvelles idées. Cependant, l’indépendance d’esprit n’est pas liée à la discipline, c’est pourquoi le casse-tête idéologique de la direction du PS reste entier.

Le réservoir d’idées : un combat perdu d’avance ?

En effet, avec l’élection de François Hollande, l’objectif de l’ensemble du PS est de lui permettre de réaliser un second quinquennat. L’ensemble du parti ne peut donc pas se permettre d’installer un candidat au poste de Premier secrétaire, tels que Harlem Désir ou Jean-Christophe Cambadélis, qui devienne susceptible d’entrer en contradiction d’idées avec l’Élysée. Ainsi, le candidat de la motion gouvernementale Aubry-Ayrault va concentrer tous les soutiens du PS afin de devenir le Premier secrétaire. L’aile gauche du parti risque donc d’être très isolée lors du congrès de Toulouse, le 26 octobre prochain.

Nordine Khouane

Crédit photo : « Centre France »

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.

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