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INGRID BETANCOURT, LA TRAGEDIE ET
LA TRAGEDIENNE - 13
juillet 2008 -
Les FARC de Colombie sont une organisation
de guérilla proclamant son désir de renverser
le gouvernement en place dans ce pays pour y substituer un
régime marxiste-léniniste. A d’autres époques,
les soutiens se seraient empressés autour de leur
lutte révolutionnaire dont les intentions pures auraient été célébrées
pour leur générosité et leur défense
des opprimés.
Mais leurs dirigeants ont fait le choix de capturer des
otages visibles, et se sont attiré l’attention
des médias du monde entier, naturellement favorables à ces
victimes. La puissante image ainsi développée
s’est retournée contre les FARC, qui ont été au
plus vite catalogués parmi les mafieux auxquels est
reproché leur financement par le trafic de stupéfiants.
La cause marxiste-léniniste a ainsi discrètement évité l’association à une
faction impopulaire.
La plus médiatisée de leurs otages, Madame
Betancourt, vient miraculeusement de recouvrer la liberté grâce à une
intervention militaire aussi audacieuse que subtile. Ainsi
prend heureusement fin une tragédie qui aura indigné à juste
titre la terre entière.
Et ainsi voyons-nous débarquer une personne inattendue.
Il y a quelques mois, une vidéo nous la montrait mourante,
et ses proches de certifier qu’il fallait en obtenir
tout de suite la libération quel que soit l’effort à consentir,
puisqu’elle n’avait plus devant elle que quelques
mois d’existence. Ne pas revoir la liberté avant
de mourir, c’eut été d’une cruauté insoutenable.
Tellement inacceptable que nous étions nombreux à souhaiter
apprendre que ses geôliers la libéraient spontanément
juste avant qu’elle ne quitte cette vie.
Nous nous attendions alors à voir sortir de l’avion
une prisonnière affaiblie, immédiatement à diriger
vers une unité de soins palliatifs. Nous accueillons
avec joie une jeune femme pétulante, dont la détention était
adoucie par les nouvelles permanentes convoyées à son
sujet par les radios auxquelles ses gardiens lui laissaient
libre accès. Il nous est expliqué que la vidéo
inquiétante présentait une image délibérément
dramatisée afin de mieux mobiliser les sympathies.
Il faut se réjouir que ça ait fonctionné,
l’interprétation ayant été parfaite,
et la cause ayant mérité tous les soutiens.
La France entend distinguer les "mérites exceptionnels" des
personnes qui l’ont notablement servie, en les faisant "chevalier
de la Légion d’honneur" : un prix Nobel,
un responsable créateur de milliers d’emploi,
un serviteur historique de la nation, un militaire couvert
de citations et de cicatrices gagnées au combat, un
industriel dont l’activité en a fait le premier
contribuable du pays, un artiste que son talent a rendu mondialement
célèbre : ils en profitent régulièrement,
la République leur disant "merci". Madame
Betancourt y est nommée. Bravo !
Mais où se trouvent au service de la France les mérites
exceptionnels d’une jeune femme qui conduit une campagne
politique dans un autre pays, y est capturée, et tenue
otage pendant une longue période ? Il est vrai que
la même décoration a bien été attribuée
il y a quelques années à deux aviateurs dont
l’unique et singulier mérite avait été de
s’être posés en parachute derrière
les lignes yougoslaves ennemies après que leur avion
y ait été abattu, puis d’avoir été exfiltrés
au terme d’une opération militaire professionnelle
et heureuse.
Certains dirigeants d’autres pays réclament
aussi pour Madame Betancourt le prix Nobel de la Paix. Il
nous sera expliqué, lors de la remise, par où la
Paix mondiale a été si bien servie par cette
longue et douloureuse captivité.
Serions-nous rentrés dans une ère où la
visibilité médiatique aurait obtenu préséance
sur les mérites concrets et démontrés
?
JP, l’avocat du diable.
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Sources : Politique.com, JP
"L'avocat du Diable"
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