Pourquoi Nicolas Sarkozy n’est jamais parti

Les récentes déclarations d’Alain Juppé ont fait l’effet d’une bombe. C’était mercredi 13 février dernier, au micro de la chaine parlementaire. Quand le journaliste lui demande « Entre lui et vous, qui a le plus de chance d’être le prochain président de la République ? », Juppé refuse de répondre et ne répond qu’à la question suivante : « Et qui a le plus envie ? » Là, Juppé dit : « C’est sans doute lui. » Une journaliste le relance : « Il en a envie ? » Et c’est alors que le maire de Bordeaux lâche : « Je crois sentir ça, oui. » C’est le premier homme politique à évoquer publiquement un possible retour depuis la défaite en mai 2012. L’occasion pour nous de se demander : va-t-il revenir ? Et surtout le peut-il ? Dans quelles conditions ?

Qu’Alain Juppé le dise et que cela se remarque ne change rien à l’affaire : Nicolas Sarkozy n’a pas besoin de revenir parce qu’il n’est jamais parti. Mieux encore, il n’a pas besoin d’être présent pour être omniprésent. Le fantôme Sarkozy hante le paysage politique depuis son dernier discours, hautement symbolique, à la Mutualité, le 6 mai dernier. Il est un peu plus de 21h, quand le président sortant-sorti assume « toute la responsabilité de cette défaite ». Sait-il à ce moment-là que, neuf mois plus tard, son nom serait encore sur toutes les lèvres ? Non décidemment, Nicolas Sarkozy n’est pas parti.

Nicolas Sarkozy n’est jamais parti parce que, dans le cœur de l’électorat UMP, l’ancien président est encore présent. Candidat, puis président, il représentait parfaitement la « nouvelle droite ». Non pas celle du monde rural, à l’image du Corrézien Jacques Chirac, mais celle de la ville, de Neuilly, de Paris. Celle qui s’exprime, celle qu’on montre, celle qui pèse. Nicolas Sarkozy incarnait une nouvelle forme de pouvoir : plus moderne, plus médiatique, plus controversée aussi. Le « Sarkozysme » n’était pas seulement un suffixe adjugé à un nom, c’était une façon de gouverner. Qu’elle plaise ou non, elle aura eu le mérite d’exister et de se démarquer.

Nicolas Sarkozy n’est jamais parti parce que Jean-François Copé et François Fillon ne sont jamais venus. Ils se sont méprisés, détestés, se sont rongés jusqu’à l’os. Ils ont montré aux yeux du monde que leur politique était politicienne. La droite est, depuis, vide de sens, errante, sans but ni dessein, obsédée par la seule reconquête du pouvoir pour le pouvoir. Pire encore, Hollande et Ayrault ont beau être impopulaires, il n’est même pas certain que l’UMP en bénéficie lors des élections européennes et municipales de l’an prochain. L’UMP a peur de se lancer dans la bataille de Paris. L’UMP a peur de proposer une « tête d’affiche » pour affronter Anne Hidalgo, l’adoubée de Bertrand Delanoë. L’UMP a peur d’une nouvelle confrontation entre Copéistes et Fillonnistes. L’UMP a peur. De tout. Elle a déjà perdu.

Nicolas Sarkozy n’est jamais parti parce que la promesse d’une primaire ouverte en 2013 à Paris et en 2016 au niveau national a tué le culte du chef. Fini le leadership. Terminé la figure de l’hyper-président, responsable de tout, patron de clan, chef de rang. Une preuve supplémentaire de l’incapacité pour quelqu’un de l’opposition, ni de faire l’unanimité, ni, plus grave, de s’imposer. Qu’il se nomme Copé (peut-on être plus discrédité quand on est plus rejeté que Marine Le Pen ?), Fillon (se plait-il à être « le grand perdant » ?), ou autre, Nicolas Sarkozy demeure le seul à incarner la droite.

Nicolas Sarkozy n’est jamais parti parce qu’il était le seul à faire face au FN. Jamais un homme politique n’avait autant débattu face à Jean-Marie le Pen. Il affrontait « la bête », alors que Copé et Fillon se contentent de la contenir. Voire de la nourrir. Qui ne se souvient pas des  « pains au chocolat » de Jean-François Copé ?

Nicolas Sarkozy n’est jamais parti, parce que la sphère médiatique ne l’a pas oublié. Une déclaration de Carla Bruni-Sarkozy dans Paris-Match et c’est l’effervescence. Un petit mot d’Alain Juppé à son sujet ? Et c’est une affaire d’état. La presse n’a pas mis l’ancien président au rayon des « oubliés ». Au contraire, elle s’en sert. Car elle le sait très bien : Nicolas Sarkozy continue « de faire vendre », même si le principal intéressé reste cloitré derrière un mur de silence.

Nicolas Sarkozy n’est jamais parti parce que lorsque Gérard Depardieu, incarnation ventripotente du gavage des riches sous son quinquennat, parle, c’est le meilleur VRP des années Sarkozy qui s’exprime.

S’arrête là l’anaphore. Mais pas l’ambition d’un homme qui n’a jamais raccroché. Comment le peut-il, à 58 ans, même pas l’âge de la retraite ? S’il enchaîne les conférences aux quatre coins du monde, pour des cachets plus que confortables (entre 100 000 et 180 000 dollars pour celle donnée à Abu Dhabi), l’argent seul suffit-il ? Probablement pas. Reste à savoir maintenant si Nicolas Sarkozy est prêt à remettre « ça » sur la table. Lui qui, selon son épouse, est très heureux dans un rôle qu’il ne connaissait que très peu : celui d’un père de famille présent quasiment au quotidien. Mais en coulisse, l’ancien chef d’Etat reçoit et détonne. Va-t-il revenir ? Pour l’instant en tout cas, c’est le seul capable de rivaliser en 2017 avec François Hollande.

Jordan Allouche

 

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Autoproclamé "meilleur d'entre nous". Et si j'étais jaloux de M.Juppé ?

Une réponse à “Pourquoi Nicolas Sarkozy n’est jamais parti” Subscribe

  1. Hlimi 1 mars 2013 at 8 h 28 min #

    L’analyse politique de ce jeune journaliste est bonne mais assez  » tradition française  »
    Une démarche plus percutante serait souhaitable  » pour le meilleur  » des journalistes de Politique.com  » .
    Je suis patient et j’attends le prochain article.

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