De quoi Romney est-il le nom ?

Candidat du parti républicain à la présidentielle américaine de 2012, Mitt Romney n’en est pas moins un candidat atypique. Tiraillé par ses convictions et par sa politique électoraliste, sa crédibilité politique en est évidemment amoindrie, en raison notamment de ses revirements politiques trop fréquents pour être tolérés.

Son ADN idéologique reste néanmoins similaire à la ligne politique habituelle des habitués du parti. Une baisse des impôts, radicale, tendant vers un ultra-libéralisme économique, argument récurent de cette ultra-bourgeoisie, dont la vision du partage avoisine celle de Bernard Arnault. Ce postulat impliquant que les riches ne doivent pas (de manière excessive) participer à l’effort national, fera sûrement rougir de plaisir les camés de Harlem et les vétérans amputés, dont la mise à la rue n’enclenche qu’un discours boboïsant de George Clooney et de Sean Penn, chaque année à la remise des oscars. La diminution immédiate des fonds destinés aux pouvoirs publics est également proposée (à l’exception du secteur de la défense). Pour les républicains, rien de plus évident, les massacres de masse des jeunes au Pakistan par les drones de l’US Army restent plus primordiaux pour le redressement du pays, que les subvention accordées aux enseignants et aux chirurgiens du service public.

Mais là où les choses se corsent, c’est que ce cher Romney est une véritable girouette politique, un retourneur de veste professionnel, à faire pâlir d’envie Eric Besson. En effet, ce cher mormon fut l’investigateur au milieu des années 2000, d’une couverture maladie plus ou moins universelle dans l’Etat du Massachusetts, Etat où il était à l’époque gouverneur. Une avancée non négligeable, pour ce républicain au cœur de l’ancien fief des Kennedy. Mais promesses électoralistes obligent, cet habitué de la flexibilité politique a pris clairement position pendant la campagne pour l’instauration d’un vaste marché libre en matière de santé, une manne sociale réservée à une élite, dont les mutuelles se font d’ailleurs de plus en plus rares. Dénigrer son plus grand succès en quelques mois n’est pas impossible pour ce challenger de la White House, dont les voix comptent plus que les idées.

Il en est de même pour le sujet migratoire. Très réticent à l’idée de voir la puissance démographique des WASP être submergée par l’arrivée (certes massive) des peuples d’Amérique du sud, Romney s’est toujours montré très ferme quant au verrouillage des frontières de son pays. Or, à quelques semaines du grand final, ses conseillers se sont alarmés de l’importance du poids électoral des mexicains aux Etats-Unis, la plupart étant favorables à la ré-élection de Barack Obama, plus laxiste sur cette question. Qu’à cela ne tienne ! Notre cher mormon s’est retrouvé récemment du jour au lendemain, attristé par le sort de nos amis chicanos, dont il a fini par promettre des titres de séjour garantis. Et hop là, une nouvelle veste !

Cette même logique fut également suivie à l’égard de l’enjeu de l’IVG. Ce mormon ultra chrétien avait défrayé la chronique dans le passé, en se positionnant pour le droit à l’avortement. Il était d’ailleurs devenu un espoir pour toutes ces femmes, dégoûtées par l’intransigeance de l’église quant aux questions de société. Mais ce chantre du pragmatisme religieux a rapidement fini par opérer un bouleversement politique à quelques semaines du début de la campagne, signe annonciateur d’un candidat lancé dans la course aux voix du Tea Party et de la frange religieuse de la population.

Cerise sur le gâteau, sa volonté de réindustraliser le pays est également sujette à l’effroi. Il faut souligner que sa société d’investissement « Brain Capital » fut à l’origine de délocalisations massives après le rachat de plusieurs entreprises, vers le Mexique et la Chine. L’équipe de Barack Obama ne s’est d’ailleurs pas gênée pour rappeler l’existence de ses comptes bancaires en Suisse et dans plusieurs paradis fiscaux (Iles Caïmans et Bermudes). Un symbole de taille pour ce milliardaire, qui estime que 47 % des américains sont des branleurs …

Bref, ce fossoyeur des acquis sociaux et cet ultra-libéral démesuré ne doit pas être pris à la légère. Car comme nous le rappelle les deux mandats passés de George W Bush, le pire ennemi de l’Amérique, ce n’est pas l’Iran, c’est elle-même.

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

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