Ce qu’il y a de Royal en Hollande

Ce qu’il y a de Royal en Hollande

Il y a cinq ans elle était la candidate des socialistes à l’élection présidentielle. Réunissant 47 % des voix au second tour, elle avait proclamait du haut de la rue de Solférino que « quelque chose s’est levé qui ne s’éteindra pas ». Cinq ans après Ségolène Royal connaît un ultime désaveu aux primaires socialistes avec seulement 9 % des suffrages. Pourtant des élements de sa « prophétie » du 6 mai 2007 semblent s’être vérifiés.

En passant à la loupe les cent propositions du pacte présidentiel de François Hollande, force est de constater que son ombre plane encore sur les idées socialistes. Ainsi dans les soixante propositions de François Hollande, vingt-deux s’inspirent directement du projet présidentiel de son ex-femme. Mises de côté les propositions conséquentes de mesures mises en place ensuite sous le mandat de Nicolas Sarkozy 40 % du projet est influencé directement ou indirectement par la présidente de Poitou-Charentes.

Force est de constater aussi que certaines de ces propositions sont des constantes socialistes issues de la doctrine sociale-démocrate ou de l’histoire du Parti socialiste. On peut citer à ce titre la taxe Tobin, l’égalité de taxation salaire-capital ou encore la police de proximité.

D’autres cependant sont des idées attribuables à l’apport « idéologique » de Ségolène Royal à la doctrine du parti. La marque Ségolène Royal, c’est la réconciliation de la gauche avec la sécurité et l’intégration de la dimension écologique au système économique. Une emprunte qui a laissé des traces à l’image des propositions de créer des centres éducatifs fermés pour mineurs délinquants, du chantier national pour l’isolation des logements ou encore de signer un protocole de réciprocité sociale et environnementale au niveau européen.

Cette concordance des programmes est d’autant plus marquante que parmi les propositions communes aux deux candidats certaines ont été des propositions phares de la campagne de François Hollande. C’est le cas de la Banque Publique d’Investissement nommé en 2007 « Fond Public Régional », du droit de vote des étrangers aux élections locales ou de la fiscalité punitive contre les entreprises redistribuant d’abord leurs bénéfices aux actionnaires.

Dès lors il est légitime de se demander pourquoi, avec tant de similitude sur le plan des propositions François Hollande emporte davantage l’adhésion des Français que Ségolène Royal.

Sûrement parce que l’actuel favori des sondages a choisi de se présenter devant les Français plus en nuances. Dès lors, les mêmes idées peuvent plaire davantage aux électeurs dans la bouche d’un candidat mesuré qu’avec le ton professoral de Ségolène Royal. En fait la méthode Hollande serait de mettre de l’eau dans le vin de Ségolène : le doublement de l’allocation de rentrée scolaire devient ainsi une « augmentation de 25 % » et l’augmentation du SMIC à 1.500 euros se transforme en « coup de pousse au SMIC. »

Ségolène Royal n’a-t-elle pas également été victime de son statut de « précurseur » au sein du Ps ? Cinq ans après, certaines idées qui sonnaient comme insensées sont désormais considérés crédibles dans le contexte politique actuel. Ce cheminement des idées a aujourd’hui d’abord des conséquences à l’intérieur du Parti socialiste. Alors qu’en 2007 la volonté de la candidate de mettre fin au cumul des mandats lui avait attiré les foudres de nombres d’élus socialistes, aujourd’hui cette réforme est acceptée par tous.

Enfin il y a le contexte de l’anti-sarkozysme qui légitime en 2012 des propositions discréditées au cours de la campagne de 2007. Il en va de l’augmentation des postes dans l’Education nationale et dans la Police, propositions populaires au vu des coupes drastiques dans le service public au cours du quinquennat passé. De même pour la diminution du rôle du nucléaire qui parait essentielle au lendemain du drame de Fukushima.

Quoi qu’il en soit, celle qui vise désormais le perchoir de l’Assemblée n’atteindra sûrement jamais l’Elysée, mais il pourrait en être autrement de ses idées. Car en politique si certains prennent la voie du pouvoir, d’autres prennent celle de l’influence…

Romain Halbfisch

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Quand un athlète Alsacien, perdu dans la brousse Sud Africaine pour cause de troisième année de science po se met à divaguer sur la politique!
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10 réponses à “Ce qu’il y a de Royal en Hollande” Subscribe

  1. jean valjean 26 avril 2012 à 12 h 04 min #

    Si François Hollande a fait le maximum pour qu’elle n’apparaisse pas dans sa campagne, c’est qu’il y a une raison ! Ses idées et sa manière de les exprimer étaient parus creuses et démagogiques ce qui avait tué tout espoir de crédibilité de sa posture présidentielle

    Je dis ça je dis rien :)

  2. jean valjean 27 avril 2012 à 19 h 15 min #

    Que pense l’auteur de l’article de l’avis qui vient d’être publié dans The Economist ? :

    « la France a un besoin criant de réforme ».

    « La dette publique est élevée et en hausse, l’Etat n’a pas connu d’excédent budgétaire depuis plus de 35 ans, les banques sont sous-capitalisées, le chômage est persistant et corrosif et, à 56% du PIB, l’Etat français est le plus gros de tous les pays européens », résume The Economist.

    « Le programme de M. Hollande est une bien piètre réponse à tout cela », écrit l’hebdomadaire. Il cite en exemples les voisins de la France qui ont eux « mené de véritables réformes » et accusant le candidat de parler « beaucoup de justice sociale et pratiquement pas de la nécessité de créer des richesses ».

    • brassus 28 avril 2012 à 13 h 36 min #

      The Economiste serait plus crédible si l’Angleterre et son 1er ministre était un modèle.

    • romain 3 mai 2012 à 19 h 40 min #

      Bien content que the economist critique le programme de François Hollande, ça prouve que c’est un projet socialiste!

  3. Japp 28 avril 2012 à 10 h 24 min #

    @jean valjean… d’après vos propos, votre pseudo est une insulte à Victor Hugo !

  4. jean valjean 28 avril 2012 à 12 h 26 min #

    Je ne trouve pas…

    Il dénonçait lui-même : « L’avenir, fantôme aux mains vides, qui promet tout et qui n’a rien ! »

  5. rbella24 28 avril 2012 à 12 h 40 min #

    réactions de @jean Valjean plus que stupides et ne méritent pas de réponse.

  6. vazyv 28 avril 2012 à 14 h 24 min #

    Beaucoup comprennent aujourd’hui, notamment dans les médias, quelle fut leur erreur d’enfoncer Royal en 2007; très visionnaire sur beaucoup de plans(n’oublions pas qu’elle parlait de croissance verte dejà sous Mitterand et Jospin); à l’epoque tous la considéraient comme « l’inspecteur des platanes »; elle parlait de démocratie participative, meme ironie; aujourd’hui beaucoup de ses idées sont maintenat des socles communs; son seul tort: avoir eu raison trop tôt, notamment sur l’echec de 2002; elle a compris le vote fn et aujourd’hui le parti l’appelle pour aller parler à cet electorat de gens en desarroi; je l’ai toujors dit : cette femme a dejà changé la face politique du pays et tout le monde regrettera d’avoir perdu des années à ne pas lui avoir fait confiance; nous aurions bien mieux supporté la crise, le tournant economique vert serait dejà pris et nous serions dejà les leaders, l’education ,l’ordre juste, tout serait en place et ferait dejà tache d’huile; Hollande bien evidemment sait tout celà et votre article est parfaitement juste: il a mis de l’eau dans le vin de Royal pour pouvoir le faire boire à tous; et ça marchera; n’est-il pas favorable à son rassemblement arc-en ciel, alors qu’en 2007,quand elle avait appelé Bayrou, elle se faisait traiter de femme de droitepar ceux qui n’avaienr rien compris? ? ne faisait-elle pas chanter la marseillaise au grand dam des solfériniens qui ont toujours 20 ans de retard? n’a-t-elle pas eu un vrai programme de gauche avec tout ce qu’a repris Hollande? si les français et les médias avaient seulement pris connaissance de ce qu’elle proposait ,nous auriosn gagné 5 ans fatidiques

  7. Omega 28 avril 2012 à 14 h 30 min #

    Royal a voulu sortir le PS de la naphtaline, de son nombrilisme, de son sexisme, et de ses guéguerres internes recuites. Trop tôt. A la fois pour le PS et pour les citoyens éberlués de voir une femme visionnaire à la tête de l’Etat, Machisme crypto-gaulois. Elle a néanmoins ouvert des portes. L’Histoire retiendra sa percée pour dépoussiérer la politique.

  8. jean valjean 1 mai 2012 à 12 h 59 min #

    MDR, trouver des qualités de Chef d’Etat à posteriori à Marie-Ségolène relève de la gageure.

    Femme visionnaire, qui change la vie politique française, tellement laudateur que les remarques en perdent tout début de crédibilité.

    Le jour où toutes les entreprises innovantes auront installé leur siège social/ centres de décision à l’étranger pour cause de lois, textes stupides et un regard sur l’entrepreneuriat qui remonte au 19e dans sa jalousie de ceux qui réussissent, il sera trop tard pour pleurer.

    La France va bientôt entrer dans un cercle vicieux > plus d’impôts > moins d’emplois > plus d’impôts > encore moins d’emplois. C’est bien on sera au niveau des Wallons, après 50 ans de pouvoir socialiste on voit dans quelle merde ils sont.

    Faut vraiment pas aimer son pays et ses enfants pour soutenir la brelle du Poitou. Je comprends bien pourquoi Hollande a tout fait pour éviter de la voir apparaître près de lui dans ses meetings, c’est ZE REPOUSSOIR.

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