Du sexe, du vulgaire et du sensationnel

A dix-sept jours du premier tour de la présidentielle française, l’humour gaulois s’invite tout de même dans une campagne jugée jusqu’à présent « ennuyeuse ».

Voici un très beau coup de pub pour le clan Mélenchon. Quoi qu’on en dise, « vulgaire », « choquante », « inappropriée » entre autres qualificatifs, la nouvelle « publicité » (comprendre  le principe « kantien » de publicité : au sens de rendre public) du Front de Gauche suscite l’intérêt. Pourquoi ? On y découvre cinq jeunes femmes, qu’on devine en tenue d’Eve, tenant une affiche sur laquelle est rédigé le « slogan » suivant : « Si tu veux voir nos nichons, vote Mélenchon ». Et cela ne s’arrête pas là : toujours sur le modèle disruptif / provocateur, subtilement, est décliné en bas à droite de l’affiche « Et si tu veux voir nos zizi, vote… ». Comprenez Sarkozy, bien entendu.

On doit ce trait d’humour à des militants du Front de Gauche qui ont détourné une affiche de l’association PETA (défense des animaux). Pas certain cependant que l’affiche soit placardée partout, à tous les coins de rue. Mais elle aura au moins eu le mérite d’en faire sourire quelques-uns, de ceux que les critiques sur le plan « morale politique » n’entament guère. Qu’on se le dise : dans cette affiche, tout y est. C’est l’archétype même d’une communication politique, jaugée à l’aune du buzz-roi.

Marketing politique

Depuis l’avènement du suffrage universel, les forces en compétition déploient des trésors d’énergie sans cesse croissants pour rallier le maximum de suffrages, en distribuant des tracts, collant des affiches, organisant des réunions publiques. A l’ancienne donc. Aujourd’hui, à l’ère des « médias de masse », les choses ont encore évolué. La télévision sert de support principal, d’où le bal des présidentiables sachant pourtant qu’ils n’ont aucune chance d’être élus, mais au moins peuvent être « visibles ». L’électeur moyen semble lui de moins en moins intéressé par le fond, mais surtout par la forme.

La télévision, dans son rapport ambiguë avec l’image, a permis cela. On s’intéresse moins au message politique véhiculé qu’à la personnalité perçue de l’homme ou la femme politique, devenu(e) en quelque sorte un « héros moderne », un « prophète » derrière qui un « peuple », un « groupe » s’identifie de manière plus ou moins complète. Démocratie romanesque ? Peut-être. Et si Marine Le Pen décollait dans les sondages parce qu’elle est avant tout plus photogénique et moins « repoussoir naturel » que son père ? Toutes les histoires ont pourtant besoin d’un « méchant ». Jean-Marie Le Pen l’incarnait, pour ses détracteurs, et sans doute avec de sa part une certaine volupté de ne pas susciter le pire pour des égos politiques, l’indifférence.

La Révolution française déjà avait pu voir naître des affiches, féroces pamphlets et caricatures, typographiés ou imprimés pour faire s’étendre rapidement les textes de la propagande révolutionnaire. Cette idée ancienne du marketing politique est toujours d’actualité, avec ce paradoxe : il est indissociable de la communication politique et pourtant peu s’en réclament. Vendre un candidat comme un baril de lessive reste une barrière que rares sont prêts à revendiquer.

Le nouveau « coup de pub » de Jean-Luc Mélenchon aura donc son lot de critiques, certaines justifiées, d’autres non. Mais il fera parler. Preuve en est, sur la Twittosphère, c’est le sujet privilégié du jour. Et tous comme les sympathisants frontistes, les « camarades » du Front de gauche le savent bien : des discussions houleuses autour d’un sujet polémique, c’est avant tout être au devant de la scène médiatique et, par ricochet, susciter une mobilisation, une cohésion autour du candidat chéri. Si pour ce faire Jean-Luc Mélenchon a sacrifié son « image d’un politique dénué de tout sens mercantile », le packaging est au moins cette fois… séduisant.

Jordan Allouche

Bonus : détournement parodique de l’affaire Bettencourt qui circule sur la Toile

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