Pères, espèce en voie de disparition

Personne ne l’a raté. Pendant 4 jours, Serge Charnay, un homme désespéré, s’est retranché en haut d’une grue du port de Nantes. Sous bonne garde policière, il n’a pu exprimer son souhait qu’au travers de banderoles et conversations téléphoniques. Voulait-il protéger son emploi ? Eviter un autre plan social ? Rien de tout cela. Simplement voir son fils, prenant des risques inconsidérés. Un fils qu’il n’a pas vu depuis près de 3 ans.

Injustice et discrimination

A défaut d’user des moyens diplomatiques courants, il a permis d’attirer les projecteurs vers la situation des pères en détresse. Coupés de tout contact avec leurs enfants après un divorce conflictuel, ils sont souvent laissés pour compte, sans réel soutien ni solution. Mais cette fois-ci est différente. Prise de conscience de Jean-Marc Ayrault, sans doute touché que cet événement se déroule dans sa ville, le Premier ministre a demandé à Christiane Taubira, ministre de la Justice, et Dominique Bertinotti, ministre délégué à la famille, de recevoir cette semaine les différentes associations de défense des droits des pères, telles que « S.O.S Papa ».

Il fallait agir. Serge Charnay faisait des émules. Mais surtout parce que personne, jusqu’à présent, ne s’était occupé de cet épineux problème, pourtant un mal qui touche notre société depuis quelques décennies. Selon le ministère de la Justice, en 2009, seuls 8% des pères obtenaient la « résidence » de l’enfant, contre 74,6% des mères et 16,9% en garde alternée. Pourquoi un tel décalage ? La justice est-elle juste ?

Les pères semblent dire le contraire. Selon Gérard Révérend, président de l’association « les papas = les mamans », « le taux de discrimination à l’encontre des pères est très élevé, sans que cela ne dérange personne ». Face à des tribunaux rigides, ils n’ont souvent que peu de recours pour exprimer leur envie de s’engager dans la vie de leur progéniture. « On renvoie les femmes à leur supposée fonction naturelle« , s’insurge-t-il, ajoutant que la  « réaction du milieu judiciaire dans son ensemble renforce ce modèle de Vichy ». Des mots durs pour une réalité implacable.

D’après de nombreux témoignages de pères, il est constaté que les tribunaux ont tendance à accorder aux femmes une plus grande propension à s’occuper des enfants. Mais est-ce toujours le cas ? On aurait pu dire « oui, certainement » il y a 50 ans. Mais la lutte pour l’égalité homme/femme a payé, et elles sont aujourd’hui presqu’aussi actives que les hommes.

Il est pourtant « difficile de faire accepter à un certain nombre de féministes, qui se battent pourtant pour la parité, que l’égalité doit exister dans les deux sens. Elles ont l’impression qu’on veut leur retirer des droits, alors que c’est tout le contraire », selon Gérard Révérend. Dans la société actuelle, les femmes sont actives. Pourquoi alors ne demander qu’aux pères s’ils peuvent être présents ? Les traditions et idées reçues ont la vie dure …

Des remèdes ?

Pour dénouer ce problème sociétal, il faut d’abord prendre en compte l’équilibre de l’enfant. Son développement est effectivement facilité dans son plus jeune âge s’il reste avec sa mère. Mais qu’en est-il après ? La plupart du temps, aucune réévaluation des cas. C’est déjà un premier point que la garde des Sceaux pourrait étudier : la révision des décisions judiciaires en matière familiale à mesure que l’enfant grandit.

La garde alternée a également été brandie en solution miracle par nombre d’associations de soutien et de défense des pères. Un week-end sur deux et la moitié des vacances, est-ce la bonne solution ? Dominique Bertinotti l’exclut clairement. Elle préfère « renforcer le système de médiation familiale », ce qui permettrait de solutionner le problème d’équilibre de l’enfant. Un arrangement à l’amiable, alors que « seuls 4 à 8% des divorces ont fait l’objet d’une médiation » ? Pourquoi pas.

Il semble qu’aucune solution miracle n’existe. Quand le fruit d’un tout doit se partager en deux, la situation est toujours délicate. Et pourtant. Il faudra sans doute mettre de côté les égos de chacun et prendre davantage en compte la situation de l’enfant. Le législateur doit désormais intégrer le rôle des pères, souvent aussi présents et impliqués dans le développement de leur enfant. Il ne s’agit pas là de remettre en cause le rôle des mères ou de faire de l’antiféminisme primaire. Il s’agit de faire en sorte que notre société, de plus en plus divisée, s’unisse pour apporter une solution viable à ce problème récurrent.

CGD

 

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Etudiant. Ne pratique pas la langue de bois, et n’aime pas qu’on la pratique. Passionné de politique, aime en étudier la face cachée. Sans concession et en toute objectivité.

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