Mogadiscio, le piège somalien

On apprenait ce lundi 14 janvier 2013 au matin l’échec de l’exfiltration de l’agent [1] Denis Allex détenu dans la ville de Mogadiscio depuis 2009 par la milice islamiste Al-Shabbaab. Une cinquantaine de commandos du service Action (SAC) de la DGSE avaient été envoyés au sud de Mogadiscio (à proximité de Bulomarer) pour le libérer dans la nuit de vendredi à samedi mais l’effet de surprise escompté n’a pas eu lieu. Alors que les Shebab ont annoncé détenir encore vivant Denis Allex, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a déclaré qu’un des commandos était décédé au cours de l’opération et qu’un autre était porté disparu. Une information confirmé par le porte-parole des opérations militaires, Cheikh Abdiasis Abou Mousab, qui ajoute que « le deuxième commando a succombé à ses blessures par balles » [2].

10 ans après « Black Hawk Down », les forces spéciales françaises prises au piège

La nuit du vendredi 10 décembre 2013, plusieurs hélicoptères déposent les commandos du SAC à environ 3 kilomètres de lieu présumé de détention de l’otage Denis Allex dans la ville de Mogadiscio. Ils comptent sur l’effet de surprise pour libérer rapidement leur agent mais leur présence dans les champs environnants est remarquée par des civils qui préviennent des membres de la milice Al-Shabbaab [3] (Dès lors, « les combattants moudjahidines étaient déjà au courant de l’attaque et nous étions prêts à nous défendre, grâce à Dieu ») [4]. La résistance s’organise et les commandos français devront affronter une centaine de soldats Shebab lourdement armés pendant près de 45 minutes avant de battre en retraite avec deux hommes tués au combat. [5]

Cet échec rappelle évidemment le résultat, 10 ans auparavant, de l’opération « Black Hawk Down » mené par les forces spéciales américaines au sein de la ville de Mogadiscio face à la SNA [6] du général Mohamed Farrah Aidid. Cette opération, également appelée « The Battle of the Black Sea » par les soldats américains consistait à capturer deux adjoints du général Mohamed Farrah Aidid –rendu responsable de la guerre civile qui agitait la Somalie – près du marché de Bakara, dans le quartier est de la ville de Mogadiscio. La Task Force Ranger qui regroupe des soldats de la Delta Force, des rangers, et des SEALS (Team 6) [7] est envoyée pour effectuer la mission et réussit dans un premier temps à capturer les adjoints de Aidid mais fait rapidement face à des tirs nourris de la part de la milice SNA.

Pire, deux hélicoptères en appui (super 6-1 et super 6-4) sont en suite touchés par des tirs de roquettes, ce qui oblige la Task Force Ranger à se déplacer en milieu hostile pour venir à leur secours. La géographie urbaine de la ville de Mogadiscio rend difficile toute déploiement rapide des forces américaines. 18 soldats américains seront tués, 84 blessés et 1 capturé. L’opération est un désastre et le commandement américain doit faire appel à des troupes pakistanaises et malaisiennes sous mandat de l’ONU pour pouvoir rapatrier la totalité de ses hommes. Cet épisode rappelle à quel point la ville de Mogadiscio peut se révéler être un piège dangereux pour les militaires étrangers.

Les conséquences médiatiques

Après les images diffusées à la télévision des corps de soldats américains traînés par des voitures dans les rues de Mogadiscio, l’opinion publique américaine en sera traumatisée et le retrait des forces américaines en Somalie s’effectuera quelques mois plus tard en mars 1994. Le même scénario pourrait se profiler pour l’État français avec la volonté affirmée de la milice Al-Shabbaab de diffuser des images des corps des deux commandos morts au combat [8].

Edouard d’Espalungue

Notes-

[1] DGSE- Direction Générale de la Sécurité Extérieure, services secrets français

[2]« Somalie : les Shebab annoncent la mort du second soldat français », Alexandre LE MER, RMC.FR

[3] « Somalie : les islamistes alertés du raid français, huit victimes civiles, AFP in ElWatan.com »

[4]D’après le Cheikh Mohammed Ibrahim, un chef islamiste local

[5] D’après un employé somalien d’une ONG locale « Ces gens étaient fous. On nous a dit qu’ils étaient une quarantaine face à plus de cent combattants shebab lourdement armés. Leur mission était impossible et très peu professionnelle ». In ElWatan.com

[6] Somali National Alliance

[7] La Team 6 s’est également illustré lors du Raid d’Abbottabad le 2 mai 2011 -opération Neptune Spear- qui aboutit à l’élimination de Ben Laden.

[8] « Nous allons montrer les corps des deux français » a déclaré le Cheikh Abdiasis Abou Mousab, in « Somalie : les Shebab annoncent la mort du second soldat français », Alexandre LE MER, RMC.FR

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