A chaque candidat… son électorat ?

A chaque candidat… son électorat ?

Un point sur les forces et faiblesses des quatre principaux candidats à l’élection présidentielle 2012, à moins de cent jours du scrutin, s’appuyant sur les sondages CSA et Opinion Way parus au cours du moins de janvier 2012.

Nicolas Sarkozy, un fond de commerce composé de retraités ?

Nous avons pu lire ici ou là que le chef de l’Etat était en plein doute, doute amplement partagé par les membres de sa majorité, au point même que l’état-major de campagne de l’intéressé-même lui avait demandé de s’exprimer sur les penchants quasi-suicidaires que d’aucuns lui prêtaient. Diverses illustrations au travers de différents sondages de ce mois-ci des instituts spécialisés CSA et Opinion Way : Nicolas Sarkozy ne recueillerait que 17% des intentions de vote de la tranche d’âge qui est présentée comme lui étant « la plus défavorable », les 35-49 ans.

Mais le doute commence à gagner aussi la seule tranche d’âge qui évalue en majorité son action positivement (à hauteur de 51%), les « plus de 65 ans », même si on estime que six personnes « âgées » sur dix voteraient  pour lui plutôt que pour son rival socialiste au second tour de mai. Une bonne raison à cela, le fait que l’orchestration des plans de rigueur et la réforme des retraites ont porté les efforts à accomplir sur le dos des catégories de population moins chenues. Même les 50-64 ans n’estimeraient qu’à un petit tiers (29%) que son action est positive. Et on ne voit guère comment la communication de Nicolas Sarkozy, en ces périodes budgétaires troublées auxquelles se conjugue une volonté d’affichage d’une « posture de raison », pourrait offrir des arguments nouveaux qui soient en mesure de rétablir toute autre dynamique.

François Hollande ne séduirait pas que les fonctionnaires et les jeunes…

C’est une des relatives surprises des sondages conduits sur le mois de janvier, le vote des actifs, un des bastions électoraux 2007 de Nicolas Sarkozy serait sur le point de rejoindre son pire ennemi. En effet, François Hollande devance Nicolas Sarkozy de près de 9% des intentions de votes des salariés du privé (29% contre 20%), tout en conservant les faveurs des votes des salariés du public, lesquels se déclarent prêts à voter à 40% environ au premier tour pour le candidat socialiste.

Pour simplifier, le candidat issu des primaires PS regrouperait derrière son nom au premier tour entre 27 et 31% de la population active tandis que son rival UMP n’en attirerait lui qu’un cinquième (20% pour les nuls en maths ;-), à peine plus que Marine Le Pen et ses 19% ou même François Bayrou (13%). Le fossé se creuserait encore davantage au second tour, avec près de 60% des actifs favorables au vote François Hollande. Seuls les actifs « à leur compte » continueraient à privilégier en majorité l’hypothèse Sarkozy.

Enfin, en terme de « ressenti d’opinion », François Hollande disposerait d’un crédit positif à faire les réformes nécessaires à la bonne marche du pays pour un actif sur deux, Nicolas Sarkozy ne recueillant lui la même impression que pour un actif sur trois.

Marine Le Pen convaincrait les classes populaires, notamment ouvrières

Sur le terrain contesté du vote des classes populaires (article de Romain Halbfisch à ce sujet, dont les conclusions divergent de celles du présent billet), Marine Le Pen, auto-proclamée représentante des « sans-grades, oubliés et invisibles de la société », ratisserait plutôt large. En faisant la claque à la sortie des usines armée de propositions (populistes ?) d’une progression de 200 euros « net » des salaires inférieurs à 1,4 fois le SMIC, la candidate frontiste obtiendrait entre 29 et 31% des intentions de vote des ouvriers, face à un réservoir de 18% pour Nicolas Sarkozy (forte baisse par rapport à 2007 et le concept de « la France qui se lève tôt ») et de 25% à 33% pour François Hollande (conforme aux projections habituelles, qui le crédite d’un plus grand soutien populaire que son ex-femme en 2007).

Marine Le Pen n’obtiendrait en revanche que 8% des intentions de vote des 65 ans et plus, ce qui ne lassera pas d’étonner de nombreux observateurs, dont l’auteur de ces lignes). Moins surprenant, le faible taux de confiance obtenu par la candidate du Front national au sein des « cadres et professions intellectuelles » (moins d’un dixième des sondés en auraient une « bonne opinion »).

L’autre surprise des sondages étudiés sur le mois de janvier 2012 sur le segment des « classes populaires » est constituée par le très faible score de Jean-Luc Mélanchon chez les ouvriers, crédité seulement de 5% d’intentions de vote, deux fois moins que dans les classes dites « intermédiaires ». Étonnant au vu du positionnement du concerné et de ses propos flattant spécifiquement cette frange de l’électorat.

Les cadres séduits par François Bayrou ?

S’il est devancé dans la catégorie socio-professionelle (CSP) des « cadres et professions intellectuelles » tant par François Hollande que par Nicolas Sarkozy, l’agriculteur-agrégé y obtient pourtant son meilleur score (un cinquième des sondés souhaiteraient lui accorder leurs suffrages au premier tour, en progression constante). De manière générale, les classes dites « supérieures » (CSP+) lui accordent un taux de confiance supérieur – tout proche de la barre des 60% – à celui conféré par d’autres CSP (moins de 50% chez les employés/ ouvriers). En revanche, le centriste a du mal à connaître le même succès tant auprès des chômeurs que des jeunes. Il sait désormais où porter le fer…

Jeremy Hureaux

En complément : vidéo à propos du degré de crédit que l’on peut accorder aux sondages et leur méthodologie.

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Passionné de la vie publique et ses méandres, coordinateur du site Politique.com Twitter : @politique
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