Tensions européennes chez les Verts !

Samedi dernier, le conseil fédéral d’Europe Écologie-Les Verts s’est prononcé contre la ratification du pacte budgétaire européen que François Hollande soumettra au Parlement en octobre. Ce vote a suscité des remous au sein d’EELV et du gouvernement.

Le coup de tonnerre de samedi dernier a donc laissé place à une totale incompréhension au gouvernement comme à EELV. Le Conseil fédéral a ainsi donné son verdict en votant contre le pacte budgétaire européen à 77 voix contre 24, dont 8 votes blancs. Les Verts ont ainsi rendu un avis tranché sur l’avenir de l’Europe tel qu’exposé dans le futur traité européen. Ils se manifestent ainsi contre la réduction des déficits à 3% du PIB prônée par le nouveau traité. Cependant, ce vote inattendu a provoqué un petit vent de panique au sein de la majorité présidentielle et des Verts.

Cacophonie à EELV

En effet, les Verts sont membres de la majorité présidentielle de par la présence de deux de leurs représentants au sein du gouvernement : Cécile Duflot, ministre du Logement, et Pascal Canfin, ministre délégué au Développement. Or, la majorité parlementaire incarnée par le PS va voter pour le nouveau traité européen, et donc les Verts devraient logiquement se plier à la discipline gouvernementale. Cependant, le vote négatif du Traité européen par l’organe exécutif même du parti écologiste signifie très clairement que la position européenne du parti est en opposition avec ledit traité.

Les Verts sont donc dans une position inconfortable car en tant que membres du gouvernement, ils ne peuvent se permettre d’affirmer ainsi leur opposition au traité européen. De plus, l’accord électoral entre les Verts et le PS durant la campagne présidentielle a permis aux Verts d’obtenir pour la première fois un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, ainsi qu’une place au sein du Gouvernement. C’est pourquoi les Verts, par souci de solidarité gouvernementale et morale, ne pouvaient se permettre de se positionner contre le Traité européen.

Certains élus écologistes affichent parfaitement cette contradiction. Jean-Vincent Placé, président du groupe écologiste au Sénat, s’est quant à lui prononcé contre le Traité européen pour cause de trop grande rigueur budgétaire. Eva Joly a exhorté les parlementaires écologistes à voter contre le traité, de même que le député Denis Baupin pour cause d’obstacle à la transition écologique. D’un autre côté, Pascal Canfin, ministre délégué au développement, est lui favorable au traité. Or, aucun d’entre eux n’envisage une démission écologiste du gouvernement.

Dissensions internes à EELV

Les divergences de vue ont ensuite entraîné un conflit politique au sein d’EELV. Daniel Cohn-Bendit a d’ores et déjà suspendu provisoirement son adhésion à EELV car il ne peut accepter que sa mouvance d’Europe Écologie, ralliée aux Verts, ne soit associée à la négation du traité européen. Il souhaite ainsi attendre qu’une position pro-européenne se dégage du parti écologiste à l’avenir afin de pouvoir discuter d’un retour. Cohn-Bendit a également fustigé la stratégie politique d’EELV en soulignant qu’un parti membre de la majorité présidentielle ne peut se prononcer contre le traité. Il insiste également sur la cohérence du parti en affirmant que lorsque celui-ci se prononce contre le Traité européen, les membres du parti au sein de la majorité présidentielle doivent démissionner.

Cependant, comme Duflot et Canfin excluent toute démission, Cohn-Bendit a estimé que les Verts voulaient « le beurre, l’argent du beurre et les beaux yeux de la fermière ». Il a également fustigé Jean-Vincent Placé : « Si l’écologie, c’est celle de Jean-Vincent Placé, je n’en veux pas ! Si c’est une écologie cynique, je n’en veux pas! ». L’intéressé a rétorqué en affirmant que « personne n’est irremplaçable ». Eva Joly a quant à elle critiqué Cohn-Bendit en rappelant qu’il n’était pas « cohérent avec lui-même » car « au mois de février 2012, il était contre le traité ».

Jean-Vincent Placé et Eva Joly ont également affirmé qu’une position contre le Traité européen était compatible avec l’exercice du gouvernement, contrairement à Cohn-Bendit. Avec ce type d’opposition, nul doute qu’une recomposition politique d’EELV sera à l’étude dans les prochaines semaines et se fera probablement sans la sensibilité « Europe Écologie ».

La majorité présidentielle fragilisée ? 

Avec la fronde politique d’EELV, la majorité présidentielle se trouve maintenant empêtrée dans une crise de gouvernance ajoutée à la crise économique et sociale qui mine le pays. Le gouvernement Ayrault va maintenant se voir accusé d’un manque d’autorité sur la présence écologiste au sein du gouvernement. En effet, il serait invraisemblable de voir les écologistes voter pour le Traité budgétaire européen alors que son conseil fédéral, garant de la ligne idéologique du parti, s’est manifesté démocratiquement contre.

De son côté, Jean-Marc Ayrault a conforté Duflot et Canfin dans leurs fonctions afin d’aplanir les tensions. Pour ce qui est du vote du traité budgétaire européen, Ayrault a tranché : « ce sera à chacun et chacune d’entre vous de choisir en conscience ». Cette déclaration sonne comme un aveu d’impuissance pour la majorité présidentielle car elle ne peut à elle seule forcer des députés externes au parti à se plier à des consignes de vote.

Cependant, Ayrault ne peut remanier son gouvernement en excluant les écologistes par souci d’unité, déterminant dans la continuité des succès électoraux du PS. De plus, Ayrault ne veut pas rajouter un problème de plus alors que le projet de loi de finance pour 2013 sera présenté vendredi et que d’autres plans sociaux se profilent à l’horizon (notamment celui de Sanofi). Il n’empêche que ce manque de cohésion parlementaire se répercute au niveau gouvernemental sur le terrain des idées alors qu’une majorité présidentielle doit avoir une ligne de conduite claire et non divergeante.

Nordine Khouane

Liens utiles :

Déclaration et Motion de EELV à propos du TSCG

Le Blog de Daniel Cohn-Bendit (où vous retrouverez ses positions concernant le traité européen)

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.

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