Des démondialisations

Démondialisation Démondialisation

Arnaud Montebourg ferait de moins en moins cavalier seul ? Une large partie de la classe politique semble en tous cas s’accorder sur un point : la mondialisation n’est pas efficiente. Mais cette unanimité sémantique cache des réalités bien différentes et il ne faudrait pas crier trop vite à la fin de la dichotomie classique Droite-Gauche.

La lutte qui s’ouvre aujourd’hui contre la mondialisation libérale, système en place, réunit le Front national, le Modem, la droite souverainiste (gaulliste) et les socialistes. Ne concluons cependant pas hâtivement à un rapprochement des partis, qui divergent entre eux quant à l’analyse et aux conclusions tirées de ce constat. Ce paradoxe d’une logique commune et pourtant « opposée » qui peut paraitre troublant doit être éclairci à la lumière de l’Histoire.

La IIIème République : précédent historique d’une lutte commune mais divergente.

En 1870, tandis que la IIIème République vient d’être proclamée, un front de contestation contre cette République estimée « bourgeoise » voit le jour. Il est composé d’un côté des monarchistes voulant la chute du régime républicain pour un retour à un système monarchique. A l’autre bout de l’échiquier politique les socialistes (NDLR : qui ne correspondent pas tout à fait à la définition d’aujourd’hui) souhaitent également la fin du régime, eux pour mettre en place un nouveau modèle, celui de la dictature du prolétariat. Si ces deux mouvements veulent la chute de la République bourgeoise, ils n’en restent cependant pas moins opposés. La réussite de l’un ou de l’autre aurait entraîné un destin radicalement différent pour la France, ne gommant ainsi pas le clivage politique gauche/droite correspondant aujourd’hui encore au clivage réformateur/conservateur.

Conservateurs et socialistes, un même constat, un objectif opposé.

La démondialisation pronée par Marine Lepen, par des « gaullistes souverainistes » tels Nicolas-Dupont Aignan, voulant sortir de l’euro mais aussi par un François Bayrou lui nouveau chantre du « Made in France » est conservatrice. Leur volonté de démondialiser s’explique par une doctrine commune aux conservateurs : l’Etat-Nation est l’échelon idéal de l’organisation politique. Les conservateurs furent un temps acquis à la mondialisation. Les nationalistes y voyant un moyen d’accroître leur pouvoir économique et les souverainistes rêvant par là d’étendre les prérogatives nationales en imposant les volontés de la France à l’Europe. Finalement déçus, ils en reviennent à l’exaltation du concept d’Etat-Nation.

L’objet de leur démondialisation est un repli définitif sur l’échelon national, une déconstruction du système pour revenir au temps des frontières douanières et de l’Etat tout puissant. Ceux là sont des nostalgiques de la « grandeur gaulliste » pour certains, du pouvoir bourgeois français sur des classes populaires vierges de toute immigration (appelé « nationalisme intégral ») pour d’autres. Sus au libéralisme international, vive le capitalisme nationaliste !

Ne pas confondre avec la démondialisation socialiste dont le projet est tout autre. Au cœur de la doctrine socialiste se trouve l’internationalisme : un dépassement de l’Etat-Nation par une solidarité internationale.

C’est ce désir d’internationalisme qui a poussé les socialistes à accepter la mondialisation libérale. Leur dessein étant d’encourager les libéraux à mondialiser les echanges et, dès que possible socialiser les echanges internationaux, réalisant ainsi l’international socialiste. Oui mais voilà, 50 ans après et en pleine inertie la mondialisation libérale devient une machine inarrétable et dont les méfaits sont de plus en plus lourds pour les classes populaires françaises et… internationales.

La démondialisation socialiste marque donc une rupture de stratégie. L’heure n’est plus à la conciliation molle avec le système mais à une active socialisation des échanges. L’objet de la démondialisation est ici un retour aux frontières, salvateur mais surtout provisoire. Car pour les socialistes l’Etat-Nation n’est qu’une étape, une organisation politique provisoire sensée être un tremplin vers un Etat mondial. Les socialistes veulent donc revenir sur l’echelon national pour soumettre l’économie à de nouvelles règles sociales et encourager les autres pays à prendre mieux en compte la condition des travailleurs. Ce repli n’est qu’une étape vers l’internationalisme, une nouvelle mondialisation où les echanges internationaux se feront en respectant les classes populaires. Les propositions formulées par Arnaud Montebourg vont dans ce sens. Parmi celle-ci, imposer des règles sociales et environnementales aux échanges pour ne plus cautionner l’exploitation de l’ouvrier et de la planète qui serait faite par des puissances comme la Chine et pour les inciter à davantage respecter le « travailleur ». Egalement l’idée de garder l’Europe comme échelon, Europe qui, éclairée à la lumière du socialisme serait une étape vers le dépassement de l’Etat.

En ce qui concerne la démondialisation, le fossé est donc si grand entre d’un côté souverainisme et nationalisme integral et de l’autre internationalisme, qu’il est aussi illusoire de crier au dépassement du clivage gauche/droite que d’imaginer de Gaulle, Maurras et Marx sceller un accord de gouvernement !

Romain Halbfisch

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Quand un athlète Alsacien, perdu dans la brousse Sud Africaine pour cause de troisième année de science po se met à divaguer sur la politique!

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