Le Tibet à l’agonie

Le Tibet est toujours coupé du monde du fait de la présence chinoise. Les Droits de l’Homme y sont bafoués. La liberté de la presse n’y existe pas.  Ainsi, le 18 juin 2012, Yonten Gyatso, un moine tibétain, a été condamné à sept ans de prison pour avoir diffusé des informations concernant  la situation politique du Tibet. Tentons de comprendre dans quel contexte se déroulent de pareils événements.

Tibet… Pour nous, Occidentaux, ce mot est doux. Lorsqu’on l’évoque, nous voyons des monts enneigés, des lamas drapés de rouges et un guide suprême en exil depuis plus de soixante ans. Mais en fin de compte, nous en savons peu. En cherchant, on se souvient de son invasion par l’Armée populaire de Chine  en 1950, de la fuite du Dalaï-Lama à Dharamsala (Inde) en 1959. La dernière fois que la situation du Tibet a été remarquée date sûrement des JO de Pékin. Mais la notion-même de « Tibet » reste floue pour beaucoup d’entre nous.

Car le Tibet, c’est bien plus que tout cela. C’est un cas complexe où se confrontent des intérêts divergents. Ainsi, l’histoire officielle chinoise et celle des réfugiés tibétains s’opposent presque en tous points. La vérité se trouve surement dans un entre-deux difficile à trouver. Les torts sont également à partager entre les deux camps…

Le premier point de divergence réside dans le statut officiel du Tibet. La Chine estime que le Tibet est et a été une province chinoise. Une version contestée par le gouvernement tibétain en exil : le Tibet a certes toujours été proche voire dépendant de son puissant voisin, mais, avant 1950, son indépendance est incontestable. Pour preuve, le Dalaï-Lama avance la preuve que jamais le Tibet n’a versé d’impôt à Pékin avant 1950, à la différence des autres provinces chinoises.

Il est ainsi délicat de se prononcer sur le statut du Tibet. Cependant, il est impossible de contester l’existence d’une véritable culture tibétaine qui reconnait le Dalaï-Lama comme son guide spirituel et temporel. Et depuis son exil en 1959, le XIV Dalaï Lama, Tenzin Gyatso, homme pacifique et tolérant, ne cesse de se battre pour ce qu’il juge être son pays. Pour tout un peuple, il représente un espoir. Il est, pour beaucoup, la représentation vivante d’une culture que le Parti communiste chinois (PCC) tente d’éradiquer depuis un demi-siècle. Ainsi, Elisabeth Badinter disait : «  L’agonie du Tibet, ce n’est pas seulement des hommes assassinés, des nonnes et des prêtres torturés, des millions de gens déportés dans des camps de rééducation, c’est aussi un véritable génocide culturel, linguistique et religieux poursuivi par les autorités chinoises pour rayer ce pays et cette civilisation de la carte du monde. » (Préface de Tibet, mort ou vif de Pierre-Antoine Donnet)

Et la Chine poursuit ce but par une sinisation du Tibet afin de le faire entrer dans la « grande famille chinoise ». C’est une sinisation par peuplement, par bâillonnement de toute voix s’opposant aux directions du PCC, par le désenclavement du Tibet,  par l’indifférence de Pékin pour le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala… Il existe ainsi, d’après les propos de Jean-Luc Domenach,  une véritable « colonisation » du Tibet par l’ethnie majoritaire chinoise, les Hans. Pour la Chine, il s’agit ici d’un envoi de travailleurs pour la « modernisation et le développement » de la région autonome du Tibet. En 2000, les Hans représentaient, environ, 6% de la population de la « région autonome du Tibet », un chiffre en constante augmentation. Mais là encore, les chiffres changent selon le point de vue. Ainsi, le gouvernement en exil estime que le nombre de victimes du « génocide tibétain », sous l’occupation chinoise, est de 1.2 millions ; victimes de la domination chinoise que ce soit lors de l’intervention  militaire chinoise en 1950-1951, de révoltes (1956-1959), d’une famine (1960), de la répression chinoise lors de la révolution culturelle (1966-1975), des troubles de 1987 à 1993 et de mars 2008, des émeutes de Luho et de Serta (Sichuan) en janvier 2012 et, depuis 2011, d’une série d’immolation. Quant au PCC, il conteste l’existence même de ces victimes.

Le déni est une caractéristique de la politique chinoise au Tibet. La Chine garde secrets ses actes dans le Pays des neiges. La liberté de la presse est ainsi bafouée. Toute personne qui prendrait le risque de dévoiler les actes chinois est soumise à de graves sanctions. Les reporters indépendants ne sont pas admis et les rares autorisés à rentrer sur le territoire tibétain sont étroitement encadrés. Quant aux citoyens tibétains eux-mêmes, ils prennent le risque de se voir accusés de divulguer des « secrets d’Etat ».  Le moine Yonten Gyatso s’y est livré et a subit les foudres de la colère chinoise. Ce dernier a, entre autres, présenté le cas de Tenzin Wangmo, qui s’est immolé par le feu en 2011.

Il ne faut pas oublier que le peuple tibétain est par essence pacifiste, du fait de sa religion. Certains se sont résolus à la violence mais ils sont restés impuissants face à la domination chinoise. Cependant ce peuple n’est pas sans ressources. Les tournées internationales du Dalaï-Lama et des autres défenseurs de cette culture si particulière, les multiples immolations qui s’enchaînent depuis maintenant deux ans sont autant de témoignages qui nous indiquent que le Tibet vit encore et qu’il se débat. Son seul espoir est d’obtenir le soutien officiel de puissants alliés qui pourraient influencer la politique chinoise. Mais qui oserait s’opposer à la redoutable Chine… Beaucoup redoutent de déplaire à un partenaire économique et commercial aussi important ou de s’attirer les foudres d’une puissance militaire qui se renforce de jour en jour. Le seul salut du Tibet est donc de rassembler l’opinion publique internationale pour influencer les différents gouvernements. Et comment débuter cela si ce n’est en mettant fin à l’ignorance qui entoure ce pays ? « La bataille contre l’ignorance se gagne tous les jours, et elle finit par ouvrir sur des perspectives insoupçonnées. » (Tenzin Gyatso, XIV dalaï lama).

Elizabeth Rotival

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2 réponses à “Le Tibet à l’agonie” Subscribe

  1. DJ 8 octobre 2012 at 12 h 44 min #

    Article d’un grand intérêt.
    La soif de maîtrise de l’or bleu à tout prix n’est sans doute pas non plus étrangère à l’action chinoise au Tibet (mise en place de grands barrages).
    La sensibilisation de l’opinion publique ne portera ses fruits qu’à la condition que nos gouvernants deviennent enfin engagés et responsables (on n’apprend pas à un gouvernant occidental à dire « non » à un chinois).

  2. AHUB 8 octobre 2012 at 13 h 54 min #

    A ce titre, l’organisation de JO à Pékin avait, à l’époque, mis en exergue de nombreuses divergences sur la scène internationale ; le débat sur les droits de l’homme au Tibet battait son plein. Les « pro-JO » n’avaient pas manqué de rappeler que cette manifestation conduirait à des changements notables en faveur de la population tibétaine. Y en a t il eus ? Je n’en ai pas l’impression…

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