TSCG : le retour des traîtres et des crétins

Petit éclairage sur le débat qui s’ouvre autour du Traité sur la Stabilité, la Coopération et la Gouvernance (TSCG) à travers le prisme de l’historique débat de 1905 qui avait divisé Jean Jaurès et Jules Guesde.

Le débat qui s’est ouvert aujourd’hui au Parlement et qui a débuté dimanche dans la rue s’annonce fratricide pour la gauche. Faut-il oui ou non continuer à donner des gages à une Union européenne libérale ? Un débat qui n’est rien d’autre que la résurgence sous une forme actuelle d’une vieille plaie de la famille socialiste. Car la question du vote ou non du TSCG n’est rien d’autre que la version 2012 du discours de la méthode socialiste qui avait opposé en 1905 Jean Jaurès et Jules Guesde sur la participation ou non des socialistes au gouvernement bourgeois de la IIIème République. Reprenons, pour éclairer ce débat, les catégories qu’avait établies Philippe Val en parlant, au sujet de l’opposition Jaurès-Guesde, d’un affrontement entre « traîtres et crétins ».

L’Etat est le lieu d’expression du rapport de force entre les classes.

Les « traîtres », menés tour à tour par Jean Jaurès, Léon Blum puis François Mitterrand, ont, tout au long de l’Histoire, donné des gages au système capitaliste en y participant. Une stratégie découlant d’un postulat jaurésien : l’Etat n’est pas une institution de la classe bourgeoise mais le lieu d’expression du rapport de force entre les classes. Chercher à améliorer la condition du prolétariat en influant de l’intérieur l’action de l’Etat au risque de perdre de vu l’idéal révolutionnaire, telle fut la feuille de route des « traîtres ».

De leur côté les « crétins » ne s’éloignèrent jamais de l’orthodoxie marxiste. Les Guesde, Marchais et autres Krivine gardèrent toujours à l’esprit l’objectif de renverser le système. La révolution et rien d’autre, au prix de laisser le capitalisme appauvrir le prolétariat jusqu’à explosion du système.

Tout comme en 1905 la question se posait de savoir si la République était un système structurellement capitaliste, la gauche se demande aujourd’hui si les institutions européennes sont viscéralement libérales. Au fil du temps la République s’est avérée être un système neutre pouvant être aussi bien au service de politiques de gauche que de droite. Apparemment l’exemple n’a pas fait jurisprudence et voilà le débat relancé.

Puritanisme des crétins, lucidité des traîtres.

Aujourd’hui c’est François Hollande qui incarne la figure du traître, Jean-Luc Mélenchon pour sa part se drape des habits du crétin.

En refusant le TSCG, les crétins n’ont pas compris que, pour faire avancer la cause du peuple, il est indispensable d’élever le rapport de force de l’Etat-nation, cette structure vue comme dépérissante et toujours haïe par le socialisme, à un Etat européen permettant de multiplier par 27 la force du Peuple. Ils passent à côté de ce dépassement de la Nation que leur chère Rosa Luxembourg appelait de tous ses vœux.

Les crétins n’ont pas non plus compris que l’Europe n’est libérale que parce que la majorité des chefs d’exécutif de l’UE le sont mais que les règles budgétaires s’orienteront vers une Europe sociale dès que les libéraux, s’écroulant sous leurs échecs feront place à une majorité socialiste.

Enfin, les crétins n’ont pas compris qu’en rejetant le TSCG, c’est à la construction européenne qu’ils disent non, faisant ainsi le jeu des forces conservatrices dont la seule ligne d’horizon est l’exaltation de l’identité nationale. L’argumentation que Jaurès avait opposée à Guesde reste brûlante de pertinence : « C’est le devoir du prolétariat que de marcher avec celle des factions bourgeoises qui ne veut pas revenir en arrière. » En un sens, les 80 000 manifestants de dimanche font preuve de conservatisme…

De leur côté, les traîtres, continuent à piétiner le puritanisme marxiste mais leur trahison est le voile d’une certaine lucidité.

Lucidité quant à l’importance de l’Union européenne, qui reste le seul outil pour le politique pour contraindre les « forces capitalistes » sorties depuis trente ans des frontières nationales. « Ne séparez jamais la grandeur de la France de la construction de l’Europe » une recommandation du Président Mitterrand qui résonne encore pour les traîtres comme une maxime infaillible.

Des possibilités de relance keynésienne. 

Lucidité des traitres quant à la stratégie à adopter face aux forces libérales européennes aujourd’hui majoritaires. Comme la République en son temps, l’Europe se construit par à-coups, parfois dans la crise mais toujours par la voie de la négociation. En acceptant le TSCG, les traitres ont en contre partie obtenu le MSE et l’émission d’eurobonds, autant d’outils permettant une politique de relance au niveau européen.

Enfin, lucidité des traîtres quant à la réalité du TSCG, qui, bien moins stricte que les crétins ne le pensent, introduit des règles budgétaires plus flexibles que celles de Maastricht en vigueur aujourd’hui. De 3 % du PIB toutes dépenses confondues, la limite d’endettement budgétaire passe à 0.5% pour les dépenses structurelles, c’est-à-dire les dépenses corrigées des dépenses provisoires dues à la conjoncture économique. En d’autres termes le TSCG ouvre la possibilité de relance keynésienne.

Alors traîtres ou crétins il faut choisir son camp mais posez-vous bien cette question : face à une maison en feu vaut-il mieux voter « contre le feu » ou « pour une lance à eau » ?

Romain Halbfisch

Pour ceux qui veulent pousser le sujet jusqu’au bout, le TSCG dans son intégralité, commenté : Le TSCG par Le Monde

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