L’UMP touche le Front ?

Sur le fil. C’est désormais officiel : Jean-François Copé garde sa place à la tête de l’UMP. Après 24h de grand cafouillage sur la scène politique, la désormais célèbre COCOE (Commission interne chargée de vérifier les élections) a tranché en faveur du maire de Meaux (Seine-et-Marne) qui, d’une courte tête (50,03% des voix), s’impose face à François Fillon. Une victoire déjà cruciale pour l’homme aux 98 bulletins de plus, en position désormais idéale pour briguer la Présidence de la République en 2017. Bien entendu, il faudra passer par la case « primaires », exercice qui avait séduit la classe politique en 2011 sous la houlette du Parti socialiste, et rien ne serait encore tout à fait joué. Mais Jean-François Copé le sait : avec cette victoire, il prend désormais un bel avantage sur ses adversaires. A lui maintenant de jouer. Mais sur quelle ligne politique ?

A droite toute ?

Quand on évoque la victoire de Jean-François Copé hier soir, lundi 19 novembre 2012, comment ne pas évoquer celle de la motion de « La Droite forte » de Guillaume Peltier et Geoffroy Didier ? Selon tous les résultats partiels, la motion la plus « sarkozyste » de toutes celles en lice, allant jusqu’à reprendre le leitmotiv de campagne de l’ancien Président (NDLA : « La France forte ») serait loin devant toutes les autres avec un score oscillant autour des 27,5% des suffrages. S’agissant des grandes propositions de la motion gagnante, on retrouve quelques-uns des grands combats sarkozystes dont Guillaume Peltier et Camille Bedin sont des fidèles : suppression des logements sociaux, fin définitive des 35 heures, retraite à 65 ans… Les chantiers « classiques » d’une droite « classique ».

Oui, mais voilà : comment expliquer, alors, la démission de Yannick Favennec, député UMP de la Mayenne, et désormais ancien Président de la fédération UMP dans ce département ? Il l’explique lui-même  sur son compte Twitter :

La raison est simple : L’UMP, depuis la campagne présidentielle déjà, glisserait lentement vers des thèses de plus en plus à droite.

Exemple ? Le bureau politique de l’UMP, déjà dirigé par Jean-François Copé, a décidé à l’unanimité, mercredi 19 septembre 2012 dernier, de lancer une pétition pour que les Français fassent « connaître directement leur opposition » au droit de vote des étrangers non-communautaires aux élections locales. Le parti a également décidé de  diffuser 2 millions de tracts bleu-blanc-rouge, non sans rappeler la chromatique du Front National, avec pour slogan « Non au droit de vote des étrangers« .

Nous sommes d’accord : ce n’est pas l’opposition à ce projet de loi, promesse de campagne de François Hollande, qui fait de l’UMP une sorte de « FN 2.0 ». Mais c’est la récurrence des sujets autour de la délinquance, de l’insécurité  et de l’immigration, déjà présents lors de la campagne de Nicolas Sarkozy, qui pousse au doute.

Borderline ?

Au sujet de l’immigration, voilà ce que dit Jean-François Copé dans son « Manifeste pour une droite décomplexée » que certains journalistes politiques, comme Aymeric Caron, ont qualifié de « drague éhontée au Front National » : « en trois mois, la gauche à remis en cause les piliers de notre immigration choisie ». Le président de l’UMP n’oublie pas non plus de critiquer vivement la politique menée par Manuel Valls, favorisant la régularisation des sans-papiers. Jean-François Copé ne supporte pas l’idée selon laquelle la France serait une « terre d’accueil », comme elle l’avait été partiellement sous Lionel Jospin et bien avant, ce qui avait d’ailleurs permis à son grand-père, Roumain d’origine, de s’installer en métropole. L’un des sujets phares… du Front national depuis ses débuts.

Comment également ne pas évoquer la polémique, dont Jean-François Copé a été l’instigateur durant la campagne pour la présidence de l’UMP ? En meeting  à Draguignan (Var), le secrétaire général de l’UMP n’avait pas hésité à raconter l’histoire d’un enfant qui s’est fait arracher des mains un pain au chocolat au seul motif que c’était le ramadan. « Il est des quartiers où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, pères ou mères de famille rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan« , avait-il affirmé, déclenchant un scandale dans la presse.

Et comment ne pas non plus parler du passé politique de Guillaume Peltier, à la tête de la motion gagnante « la Droite Forte », qui a fait en partie ses armes au Front national ?

Guillaume Peletier « Au front » lors d’une Université d’été à Neuvy-sur-Barangeon

Des thèmes récurrents « dangereux », une ligne politique encore floue, des sorties médiatiques douteuses…. Il n’en fallait pas plus pour que certains « twittos » s’emparent de leur outil fétiche pour exprimer leur opposition à ce qui pourrait être la nouvelle ligne politique de l’UMP dans une logique de « drague » des électeurs frontistes.

 

Une droite « décomplexée » qui rime avec « extrême-droite » pour certains…. Ces points de vue qui soulèvent des questions qui dépassent même nos frontières puisque, ce matin, le premier quotidien espagnol, plutôt à gauche il est vrai, El País, revient sur la victoire du nouveau président de l’UMP, qualifié de « xénophobe » sur la page d’accueil de son site, et de « populiste » dans le titre de l’article.

En résumé, même si nous sommes encore dans le flou de ce que sera l’UMP post-Nicolas Sarkozy, puisqu’il fallait attendre la proclamation définitive des résultats pour le savoir, la Droite de Jean-François Copé soulève les doutes. A gauche, bien entendu, auprès de certains militants de droite aussi, dont certains parlent d’une « Droite décomposée », mais aussi à l’extrême-droite. « Jean-François Copé va devoir maintenant se confronter à sa propre ambiguïté » à l’égard du Front national, a estimé ce matin, mardi 20 novembre 2012, la présidente du Front national, Marine Le Pen.

« On ne peut pas d’un côté dire la même chose que nous et de l’autre coté continuer, main dans la main avec la gauche, à nous diaboliser », a-t-elle poursuivi sur France Info. « Je pense que la majorité des gens qui ont voté pour Jean-François Copé attendent qu’il mette fin à cette ambiguïté », a-t-elle insisté.

La droite décomplexée, la droite décomplexée…. Attention à ce qu’elle ne devienne pas la droite des complexés  :*)

Jordan Allouche

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Autoproclamé "meilleur d'entre nous". Et si j'étais jaloux de M.Juppé ?

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