Un sommet européen de croissance

François Hollande a annoncé lors d’une conférence de presse l’acceptation du nouveau Pacte budgétaire européen alliant « croissance et union bancaire ».

À l’issue de ce sommet européen, François Hollande a réussi une grande avancée dans la politique européenne qu’il entend aider à conduire. Par son action, il aurait permis d’adopter un pacte budgétaire comprenant un pacte de croissance de 120 milliards d’euros qui pourra peut-être faire d’une pierre deux coups : relancer la croissance des pays en difficulté et recapitaliser les banques grâce à une union bancaire. Le « tout-austérité » a ainsi été délaissé pour aboutir à ce nouveau compromis qui permettra aux pays les plus touchés par la crise (Espagne et Italie) de se réoxygéner financièrement et de rassurer les marchés financiers.

Un fédéralisme européen de croissance

Angela Merkel ne voulait entendre parler à aucun prix des Eurobonds mais l’idée d’une Union économique qui serait basée sur la croissance a véritablement fait son chemin hier. François Hollande a donc révélé le nouveau Pacte de croissance d’un montant de 120 milliards d’euros. Ce pacte consiste notamment en une augmentation de la capacité financière de la Banque Européenne d’Investissement, qui passerait ainsi de 10 à 60 milliards d’euros. Cette banque financera désormais des projets liés à l’innovation, aidera à la création et à la compétitivité des petites et moyennes entreprises, mais aussi la création et l’entretien d’infrastructures de transport et d’énergie.

De plus, ce pacte de croissance contient une recapitalisation des banques qui permettra aux pays les plus touchés par la crise monétaire de réinjecter des capitaux grâce au Mécanisme Européen de Stabilité (MES). Celui-ci a été adopté en février dernier afin de soutenir les pays les plus en difficulté grâce à une réserve d’urgence de 500 milliards d’euros qui rachèterait leur dette sur les marchés financiers et leur octroierait des prêts sous certaines conditions imposées. Celles-ci porteraient notamment sur des mesures d’austérité exceptionnelles qui assainiraient leurs comptes publics … mais qui seraient désastreuses pour leur population.

Le Mécanisme Européen de Stabilité peut dorénavant, grâce au nouveau pacte budgétaire, recapitaliser les banques afin de rassurer les marchés financiers et de permettre aux banques de se renflouer et de pouvoir réinjecter cet argent dans le circuit économique, ce qui accentue plus que jamais le fédéralisme économique. Les banques pourront ainsi redevenir des éléments-clés de l’activité économique en soutenant financièrement la création d’entreprises et la consommation des ménages, ce qui relancerait la croissance.

La coalition Hollande-Monti-Rajoy fait plier Merkel ?

L’Italie et l’Espagne font face à une crise financière sans précédent dans leurs pays respectifs. Ce sont les deux pays les plus asphyxiés par la crise après la Grèce et ils doivent, tout comme elle, imposer une cure d’austérité très importante à leur population et emprunter à des taux d’intérêts exorbitants. Mario Monti, Président du Conseil italien, et Mariano Rajoy, Premier ministre espagnol, ont ainsi soumis leur signature à de nouvelles mesures d’urgence en accord avec l’intérêt de leur pays.

Ils ont ainsi fait pression sur les 25 autres pays de l’Union européenne qui avaient déjà donné leur accord pour ce nouveau pacte budgétaire européen. Mario Monti et Mariano Rajoy ont donc exigé que les pays les plus en difficulté bénéficient d’une recapitalisation immédiate de leurs banques afin de relancer leur croissance et d’éviter une politique d’austérité encore plus contraignante pour leur population et qui enfoncerait encore plus leur pays dans une récession abusive.

François Hollande, qui, depuis son élection, doit affronter seul Angela Merkel avec son projet de croissance dans la zone euro, peut maintenant composer avec deux alliés de poids dans le rapport de force qu’il entretiendrait avec Angela Merkel. L’Italie, troisième économie de la zone euro, et l’Espagne, quatrième économie de la zone euro, rejoignent désormais Hollande dans son ambition de relancer la croissance européenne. Ils peuvent maintenant prêter main forte à la France qui possédera davantage de soutien pour peser politiquement face à l’Allemagne, première économie de la zone euro, et lui imposer une autre idée de la croissance.

Le chemin vers la croissance reste inachevé

Mais Angela Merkel n’a pas encore abandonné la partie. Sa politique de tout-austérité reste encore appliquée et le projet des Eurobonds est refusé catégoriquement par celle-ci. Or, ces Eurobonds permettraient à tous les pays en difficulté financière d’emprunter à des taux d’intérêts faibles. Les tractations sur la nécessité des Eurobonds seront certainement présentes et intenses durant les prochains mois mais, avec les trois pays les plus importants de la zone euro derrière l’Allemagne associés dans ce nouveau pacte budgétaire européen, de nouveaux espoirs peuvent être permis à l’avenir afin de remettre en cause le tout-austérité à la sauce allemande.

Nordine Khouane

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Étudiant en Master Science Politique à Lille 2. Je suis partisan d'une actualité réflexive où les faits donnent place à des pistes d'analyse variées et sans langue de bois.
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