Une Assemblée nationale à double tranchant

Le socialisme français fête sa victoire depuis hier soir. Cette vague rose, qui s’apparente d’ailleurs à un véritable tsunami électoral, n’est que l’expression populaire d’un quasi-plébiscite. Mais au delà de la fin d’une période électorale pour le début d’une autre, ces législatives démontrent l’existence conjuguée de deux tares de notre système politique récent : le pari risqué du Parti socialiste (PS) et la facette souhaitée « représentative » de l’Assemblée nationale.

Désormais la gauche a tous les pouvoirs en France. Des conseils régionaux aux communes, en passant par le Sénat (victoire historique par ailleurs) et l’Exécutif. Cette situation n’est d’ailleurs pas sans contradiction, quand on sait que le PS a toujours critiqué la possible apparition d’un parti « monopolistique » sous la Vème République, symptôme de la rationalisation du parlementarisme, favorisant inévitablement l’instauration de larges majorités.

Mais les mines décomposées de certains ténors du parti au pouvoir furent néanmoins extrêmement révélatrices. En effet, nous sommes très loin du premier mandat de Jacques Chirac (RPR), où les échecs politiques étaient mis sur le compte de l’opposition parlementaire et d’une cohabitation infernale. Désormais, le Président français n’a plus le droit à l’erreur, un large pouvoir est assimilé à un champ d’action sans limite, et le moindre échec sera une accusation de plus, dont le PS ne pourra se dédouaner. François Hollande bénéficie alors d’une « autoroute politique » destinée à assumer son programme ambitieux : un constat est alors clair, la gauche joue l’ensemble de sa crédibilité sur ce mandat. Un bilan peu glorieux pourrait annoncer éventuellement la mort d’un parti, pourtant ovationné cinq années plus tôt.

L’autre dossier repose dans la crise de « représentativité » que cette énième campagne législative a remise au goût du jour. Les scores de deux partis politiques ont entraîné certaines interrogations. C’est le cas notamment des Verts-EELV, dont le score important (17 députés, soit la création d’un véritable groupe parlementaire) en a choqué plus d’un, aux vues de leur score à la présidentielle, à peine plus élevé que 2%. Ce calcul politicien, hérité d’un accord PS-EELV en un sens bien peu républicain, est une fracture de plus entre cette institution et le Peuple, plutôt opposé d’une manière générale à ces connivences, tout y entendant pas grand chose.

L’autre surprise, repose sur l’entrée de nouveaux députés du Front national, dont les réussites médiatisées cachent néanmoins une véritable frustration au sein de l’électorat frontiste, nostalgique des 35 députés que l’extrême-droite avait obtenu lors de la proportionnelle de 1986. Le FN, qui est devenu en quelques années l’une des principales forces d’opposition, souffre des effets d’un scrutin uninominal à deux tours, dont la complexité empêche à ce parti de recevoir le nombre de députés qui devrait leur être du. A l’heure où le mouvement « Rassemblement Bleu Marine » est arrivé troisième le 6 mai dernier, avec près de 18% des voix (et plus de 13% au premier tour des législatives), on peut aisément juger que cette situation est scandaleuse.

Reste à savoir, si François Hollande tiendra réellement sa promesse d’instaurer la proportionnelle à la prochaine échéance législative …

Nathan Cahn

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Etudiant Parisien en droit et en journalisme. Partial mais juste La vingtaine Elève de l'ESJ Paris et de la Sorbonne Paris I (L2 Droit) Armé d'ambitions Aime le Whisky

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