Moscou et Pékin, toujours plus résignés sur la Syrie ?

La Russie et la Chine ont opposé leur veto samedi à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui condamnait la répression en Syrie. Après onze mois de silence sur le dossier, durant lesquels la répression aurait fait au moins six mille morts, Moscou et Pékin ne comptent pas changer leur position. En effet, un veto des deux pays avait bloqué une précédente résolution en octobre 2011. Ce second veto est d’autant plus grave aux yeux de la communauté internationale qu’il intervient seulement quelques heures après un bombardement meurtrier à Homs.

Les réactions de la classe politique ne se sont donc pas fait attendre : le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, par ailleurs en visite dans la région, a déploré que le rôle de l’ONU se soit « amoindri », quant à la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, elle a déclaré que le veto russo-chinois revient à « endosser la responsabilité des horreurs qui se produisent en Syrie », ajoutant : « Sans une action commune, avec la communauté internationale, je crains que la fin de partie ne soit la guerre civile ».

Le président français Nicolas Sarkozy a, pour sa part « déploré vivement » ce double veto et a ré-affirmé que « la tragédie syrienne doit cesser ». Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères a émis des regrets, condamnant Moscou et Pékin qui selon lui, « portent une terrible responsabilité ». Enfin, le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a accusé la Russie et la Chine d’avoir « abandonné » le peuple syrien et « encouragé le régime brutal de Bachar el-Assad à commettre davantage de tueries comme cela a été fait à Homs ».

Le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la majorité des courants de l’opposition a aussi déploré vivement le veto et « considère cette décision irresponsable comme un permis donné au régime syrien de tuer dans l’impunité ».

Les 13 autres membres du Conseil ont voté en faveur du texte, qui condamnait les « violations flagrantes » des Droits de l’Homme par le régime d’el-Assad et qui disait désirer voir fleurir une transition démocratique aussi rapide que possible, suivant le plan de la Ligue arabe du 22 janvier.

« Le rapport de force » international reste une des raisons pour lesquelles les deux pays auraient opposé leur veto ; en effet, la Russie et la Chine verraient l’Occident perdre son influence dominante mondiale et tentent ainsi de se repositionner en acteurs majeurs du jeu international. Le refus d’ingérence est une autre explication. Enfin, ces deux pays bénéficient d’une absence d’opinion publique totale sur la politique étrangère lointaine. Comme l’explique Rue89 : « Le prix à payer pour Pékin et Moscou ne sera pas tant en interne -seuls les opposants convaincus et politisés seront choqués- que dans les opinions publiques occidentales et arabes, abreuvées d’images des massacres de Syrie, et qui ne comprendront pas que ces deux grands pays se rangent du côté du bourreau. La Chine et la Russie peuvent vivre avec cette impopularité-là ».

Ilana Ferhadian

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Etudiante en journalisme, se spécialisant dans les questions internationales. Intraitable, polémiste quand ça lui prend et d'une subjectivité monstrueuse.

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